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Sociologie militaire

Deux soldats

Collection de l’auteur

Elmer Sinclair (à droite, à côté de Teddy Quesnil, en décembre 1940) a servi pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée. Il était responsable des radios du PPCLI à la bataille de Kapyong.

Le son d’un autre tambour : la culture autochtone et les forces armées canadiennes, 1939-2002

par John MacFarlane et John Moses1

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« Si la cadence d’un homme est différente de celle de ses camarades, c’est peut-être qu’il marche au son d’un autre tambour. Qu’on le laisse suivre la musique qu’il entend, qu’elle soit lointaine ou ait un rythme mesuré. »

Henry David Thoreau2

Que l’on puisse marcher au son d’un autre tambour est une idée presque totalement étrangère aux militaires. L’efficacité de l’entraînement et des opérations dépend en grande partie de l’observation des règlements. Cependant, dans certains cas, il y a lieu de laisser des individus ou les membres d’un groupe culturel suivre un rythme différent3.

Au début du XXe siècle, les forces canadiennes ont surtout appliqué à l’égard des autochtones des politiques de ségrégation et d’assimilation. Depuis une trentaine d’années, elles essaient de recruter des autochtones et de les encourager à faire carrière sur la base de compromis réciproques4. Le Programme d’enrôlement des autochtones du Nord a été créé en 1971 et a pris de l’expansion dans les dix dernières années pour devenir le Programme d’enrôlement des autochtones des Forces canadiennes. Il est conçu pour aider ceux qui ont des valeurs traditionnelles à s’adapter au mode de vie des forces armées. Dans le cadre des cours préparatoires au recrutement offerts à Yellowknife et à Farnham, les autochtones participent à des sessions de sensibilisation aux concepts interculturels et militaires. Les recruteurs suivent aussi « des séances de sensibilisation à la culture qui leur permettent d’entretenir de meilleurs rapports avec les candidats autochtones et de mieux comprendre leurs besoins5. »

Le succès de ces programmes, actuels ou à venir, dépend surtout des leçons apprises jusqu’ici. Le présent article expose les impressions d’anciens combattants autochtones, qui, entre 1939 et 2002, se sont adaptés à la culture militaire canadienne tout en préservant une partie de leur culture6. Il s’appuie essentiellement sur la compilation des témoignages recueillis lors de 60 entrevues menées avec des autochtones de tout le Canada7. Celles-ci ont été regroupées en trois sections de 20 entrevues représentant trois époques : la Seconde Guerre mondiale, la période s’étendant de 1946 à 1968 et la période qui a suivi l’unification des services. Quatre thèmes ont été retenus : motifs de l’engagement, discrimination raciale dans les forces et dans la société canadiennes, caractéristiques et expériences particulières ayant facilité l’assimilation et la participation, incidence de l’expérience dans les forces sur la vie après la démobilisation.

Le présent article ne relatera pas l’histoire des autochtones dans les forces armées, dont les grandes lignes ont fait l’objet d’excellentes études, portant notamment sur les discussions entre les principaux décisionnaires et sur les autochtones qui ont été décorés pour leur bravoure ou qui ont atteint un grade supérieur8. Nous espérons que cette étude complétera ces ouvrages en présentant les impressions de trois générations de militaires autochtones. Aucun des 60 sujets interviewés n’a reçu la Victoria Cross ou n’a dirigé les forces. Néanmoins, leur attitude est représentative de celle des communautés autochtones à l’égard des forces canadiennes. Il est important de comprendre cette attitude, car nombre de jeunes se sont engagés sous l’influence de leur famille et de leur communauté.

La Seconde Guerre mondiale : 1939-1945

L’expérience de nombreux autochtones qui s’étaient engagés lors de la Première Guerre mondiale a beaucoup influencé la réaction de leurs descendants en 1939. Entre 1914 et 1918, quelque 4 000 Indiens visés par un traité ont répondu à l’appel, malgré de nombreux obstacles. Entre autres, Ottawa avait fini par adopter une politique interdisant de recruter les volontaires autochtones parce que « les Allemands pourraient refuser de les traiter conformément aux principes de la guerre civilisée9. » Toutefois, nombre d’entre eux s’étaient déjà engagés, car la Milice, qui rassemblait l’effectif des unités du Corps expéditionnaire canadien, n’était pas au courant de cette interdiction ou choisissait d’y passer outre. Les autochtones s’engageaient pour les mêmes raisons que leurs compatriotes : patriotisme, aventure ou simplement garantie d’un salaire; en outre, certaines bandes, surtout celles des régions éloignées, avaient encore un ethos de guerrier10. Une fois outre-mer, certains ont eu du mal à s’adapter à certaines pratiques, telles que la distinction entre les officiers et les autres gradés11. En revanche, à l’instar des autres hommes originaires d’un milieu rural, ils avaient un atout : ils maniaient habilement le fusil et connaissaient bien la nature12. À leur retour, les anciens combattants autochtones ont milité pour l’amélioration de la Loi sur les Indiens, mais ils ont été déçus. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, les Indiens de plein droit avaient peu de droits civils, politiques et reconnus par la loi13.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, environ 3 000 Indiens vivant dans des réserves se sont portés volontaires14. Compte tenu de leur statut social, ce nombre est remarquable, mais il est inférieur à celui des volontaires de 191415. En 1940, la position des Alliés en Europe n’était pas brillante, et les politiques d’Ottawa, notamment la décision d’enrôler les Indiens de plein droit en vertu de la Loi sur la défense nationale, ne facilitaient pas le recrutement16. D’après l’historien N. F. Dreisziger, en 1939, le Canada « n’avait pas une administration suffisante pour faire participer à la guerre la portion de la population qui n’était pas d’origine anglaise ou française17 ». La plupart des autochtones ont servi dans l’infanterie, où l’on exigeait un niveau d’études moins élevé et où les tâches leur convenaient mieux. Au reste, l’armée de l’air et la marine n’étaient guère enclines à recruter des non-Caucasiens. Néanmoins, la proportion de recrues autochtones était proche de celle des autres Canadiens18.

Henry Beaudry, un Ojibway de la réserve de Sweetgrass, en Saskatchewan, se remémore la question que lui a posée un garde allemand en novembre 1944 : « Pourquoi venez-vous combattre contre nous? » Ce garde, qui avait visité la Saskatchewan dans les années 1930, ne comprenait pas que les Indiens nord-américains, « les meilleurs guerriers du monde », se battent aux côtés des Canadiens, descendants des Européens « qui vous ont pris votre pays ». Beaudry, qui prétendait ne pas parler anglais, n’a pas répondu19.

Des autochtones

Collection de l’auteur

La troisième personne en partant du bas est Jean-Baptiste Lainé, un Huron de Loretteville (Québec), qui n’a pas eu de mal à s’adapter pendant son entraînement à Wainright, en septembre 1943. Il s’est rendu outre-mer avec le Corps des transmissions.

D’autres estiment que leur communauté, leur famille et surtout leur père ont joué un grand rôle dans leur décision de s’engager entre 1939 et 1945. Venant presque tous de familles où le père ou de nombreux autres parents avaient été militaires, ils se sentaient encouragés. Neuf sujets disent qu’ils ont surtout suivi l’exemple des membres de leur famille ou de leur communauté20. Trois d’entre eux soulignent qu’ils allaient se battre pour une grande cause et trois étaient conscrits. Quant à Russell Modeste, de la tribu de Cowichan, près de Duncan, en Colombie-Britannique, il s’est engagé par compassion pour les employés du pensionnat où il avait fait ses études qui avaient perdu des proches21.

Un autochtone

Photo du MDN HS040062d02 par le caporal Shawn M. Kent, Services d’imagerie de la formation, Halifax

L’adjudant-maître Guy Mandeville, sergent-major de l’Unité du service postal des Forces canadiennes de Halifax, dans la tenue traditionnelle des métis.

Deux anciens combattants seulement déclarent avoir été victimes de racisme pendant la guerre et avoir dû travailler plus fort pour faire leurs preuves. La grande majorité, soit 14 hommes, affirment que leurs « frères » ont traité les autochtones en égaux durant leurs longues épreuves. « Nous comptions les uns sur les autres », remarquent plusieurs d’entre eux. Il suffisait que chacun fasse bien son travail. Cependant, un seul pense que cet esprit d’égalité régnait dans la vie civile, après leur retour au Canada22. Howard Anderson remarque que « le plus dur, c’était le retour. Là, il y avait des problèmes; ce n’était plus la même chose. Pourtant, dans l’armée, nous étions tous les mêmes23. » Selon Sam Sinclair, après la guerre, « nos communautés savaient qu’on ne les traitait pas équitablement, mais personne ne protestait24. » Cette remarque rappelle les manifestations et les protestations actuelles. Quant à Russell Modeste, il a atterri en prison à son retour, car il était en possession d’un bon d’alcool, alors que la vente de spiritueux, rationnés à l’époque, était interdite aux Indiens. Ce bon était remis aux soldats qui rentraient, mais « le magistrat m’a dit : “Une fois arrivé dans les eaux territoriales du Canada, tu n’es qu’un Indien comme les autres! Tu n’as aucun privilège particulier et tu dois obéir à la loi.” [...] C’est le genre de commentaire qu’on n’oublie pas25. »

Plusieurs des anciens combattants pensent que certains acquis culturels leur ont été utiles outre-mer, notamment le fait de s’être servis d’un fusil pour chasser. Le père de Elmer Sinclair lui avait appris à tirer en regardant le canon de son arme et en gardant les yeux ouverts. Or l’instructeur insistait pour que Sinclair ferme l’œil qui ne regardait pas dans le viseur : « Je n’y arrivais pas. Au champ de tir, je gardais les deux yeux ouverts. Je n’ai jamais réussi à tirer en fermant un œil26. » Cela ne l’a pas empêché de devenir tireur d’élite. Pendant la libération de la Hollande, on encourageait les soldats à entretenir de bons rapports avec la population locale. La famille qui logeait Lawrence Martin, de Nipigon, en Ontario, s’intéressait vivement à la culture autochtone. Martin est resté en contact avec elle après la guerre et il est récemment retourné en Hollande avec un groupe autochtone pour célébrer la cérémonie du calumet27.

Après la guerre, Sydney Gordon a découvert qu’une distance surprenante séparait sa réserve de Punnichy, en Saskatchewan, des champs de bataille européens. Avant d’aller se battre en Italie, en 1943, il hésitait à s’engager. Après le départ de Halifax, un de ses amis l’a réveillé en disant : « “Viens sur le pont. Je veux te montrer d’où nous venons.” On était en haute mer, et je regardais autour de moi, mais je ne savais pas du tout où on était. On ne voyait plus la terre. Ça m’a beaucoup impressionné28. » Évoquant le débarquement en Normandie le 6 juin 1944, George Myram, de Edwin, au Manitoba, se souvient « des morts, des blessés, des hommes qui souffraient. Je crois que ça a été le jour le plus long de ma vie29 ». Charles Bird, qui était aussi à Juno Beach le jour du débarquement, déclare que cette expérience a été pire qu’il l’imaginait, bien qu’il ait entendu les récits de son père sur la bataille de la crête de Vimy30. Irène Hoff, une infirmière de la bande abénaquise d’Odanak, au Québec, a elle aussi eu du mal à s’adapter et conserve de douloureux souvenirs31. Toutefois, comme quatre autres, elle est restée dans l’armée et, à l’instar de la plupart des sujets interrogés, elle ne regrette pas son expérience32. Ils ont presque tous reçu un accueil chaleureux à leur retour. Quatre d’entre eux estiment que leur famille, leur communauté et leur pays leur ont témoigné plus de respect. Appréciés par leurs compagnons, qui les avaient traités sur un pied d’égalité, ils avaient plus d’assurance. Trois autres jugent que l’éducation et la formation qu’ils ont reçues leur ont été très utiles dans leur carrière33.

La Corée et les premières missions de maintien de la paix : 1946-1967

Après la Seconde Guerre mondiale, comme après la Première, en rentrant dans leurs foyers, beaucoup d’autochtones ont incité leur communauté à revendiquer un statut plus juste et des droits reconnus par la loi. Les débats parlementaires de 1946-1947 au sujet de la Loi sur les Indiens marquent un moment important dans ce domaine34. Bien que les Indiens visés par un traité n’aient eu le droit de vote qu’en 1960, ils ont répondu à l’appel quand a éclaté la guerre de Corée, en 195035. Beaucoup ont fait carrière dans l’armée et ont participé aux premières missions de maintien de la paix.

Parmi les autochtones qui ont servi pendant cette période, les 11 qui se sont engagés l’ont fait pour des raisons presque identiques à celles des combattants de la Seconde Guerre mondiale, soit le désir de suivre les autres et de défendre une cause juste36. Pour Robert Carrière, de Winnipeg, il était plus important de combattre les forces communistes en Corée que de perpétuer l’hostilité envers l’armée qu’éprouvaient certains membres de sa famille depuis que leur grand-père s’était battu pour Louis Riel37. La plupart des autres étaient fortement influencés par leur famille. C’est le cas de Harvey Horlock, de Toronto, dont l’oncle, Tommy Holmes, avait été décoré de la Victoria Cross pendant la Première Guerre mondiale. « L’armée m’attirait comme un aimant, car la plupart de mes proches étaient militaires38. » Louis Schmidt, de Vancouver, a vu ses frères, son père et ses sœurs s’engager dans l’armée de terre, mais il a choisi la marine. « Il fallait beaucoup marcher dans l’armée. Je me suis dit que, dans la marine, je verrais plus de choses intéressantes39. »

Pour certains, qui voulaient aussi se battre et suivre l’exemple de leur famille, le catalyseur a été un événement précis. Fred Young, de Winnipeg, avait été impressionné par l’armée pendant les inondations de la ville, en 1950. « Ce qui m’avait marqué, c’était la façon dont ils secouraient les gens par les fenêtres du deuxième étage. C’était exemplaire40. » D’après Bill Lafferty, de Fort Simpson, dans les Territoires du Nord-Ouest, c’est la présence des forces armées dans sa localité qui l’a décidé à s’engager. Il avait 11 ans quand les Américains sont arrivés en 1942, ont construit l’aéroport, qui est toujours ouvert, et ont projeté des films. « Je me souviens avoir vu un documentaire, vers 1943, sur le bombardement de Pearl Harbor. [L]a présence militaire, le Corps royal du génie canadien et le Corps royal canadien des transmissions, qui ont pris la place de l’armée américaine après la guerre [...], tout cela m’a incité à devenir soldat41. » Il se rappelle aussi le choc culturel qu’il a ressenti quand, « pour la première fois de ma vie, j’ai vu des Indiens au cinéma [...] sur lesquels les Blancs tiraient des flèches enflammées42. »

Russ Moses s’est engagé dans la Marine royale du Canada en 1950. S’il a ressenti un choc culturel, c’est moins parce qu’il était autochtone que parce que le milieu était « plus britannique que canadien43 ». Beaucoup de Canadiens non autochtones ont fait la même observation. Moses aurait été plus à l’aise dans l’armée de l’air, qui imposait une discipline « beaucoup moins stricte » et qui était « moins stratifiée » comparativement à la marine, où « les officiers et le reste de l’équipage étaient nettement séparés. » Comme les anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, 14 sujets estiment ne pas avoir été traités différemment en raison de leur origine ethnique44. Un seul a eu du mal à s’adapter. Joe John Sanipass, originaire de Big Cove, au Nouveau-Brunswick, une collectivité relativement isolée, n’était pas habitué à la discipline de fer, aux inspections matinales et au soin méticuleux de la tenue, de sorte que, en partant pour l’Allemagne, au son d’airs inconnus joués à la cornemuse, il se sentait encore plus dépaysé. Après avoir fait la connaissance d’un « groupe d’autochtones de la Saskatchewan [...], il s’est intégré45 » et n’a plus eu autant de mal à fraterniser avec les Blancs.

Quand les combattants ont quitté les forces armées, l’adaptation a été plus difficile46. La famille de Victor Flett n’a pas reçu la terre qu’on lui avait promise47. L’agent des Affaires indiennes poussait Stephen Simon à signer un formulaire de renonciation à ses droits : « Je recevrais alors de l’argent du ministère fédéral des Affaires indiennes. Je ne savais pas quoi faire. Il n’y avait pas d’Indiens à qui demander conseil48. » Il s’est alors tourné vers son commandant, qui a déchiré le formulaire en lui conseillant : « “Ne vends pas ton statut”, et je ne l’ai jamais fait49. »

Lorsque les autochtones étaient dans les forces, le nouvel environnement dans lequel ils se trouvaient a facilité leur adaptation. Selon Bill Lafferty, les « très longues journées ensoleillées en été [...], les nuits longues et noires comme de l’encre50 » en hiver et la vie dans des climats auxquels il n’était pas habitué lui ont permis de fonctionner presque n’importe où, et il s’est adapté sans difficulté au désert du Sinaï.

« Lire une carte n’a jamais été mon fort51 », admet Russell Piché, de Calgary. En Corée, quand on lui a demandé de situer un point sur la carte, « j’ai eu un mal fou. » Quelqu’un a alors déclaré que Piché, qui est Métis, ne devait être qu’à moitié perdu, car, la veille au soir, des membres du groupe avaient affirmé que, « avec une carte et une boussole, un Indien nord-américain s’oriente mieux dans la brousse qu’un Caucasien52. »

Quand on demande à ces combattants en quoi leur expérience leur a été utile, leurs réponses rejoignent celles des combattants de la Seconde Guerre mondiale. Bien que le souvenir des horreurs de la guerre tourmente encore Michael Sanipass, il reconnaît que cette expérience a été positive et l’a aidé par la suite. « Je voulais savoir ce qu’était la vie [...]. Je pense l’avoir découvert. J’ai eu beaucoup d’expériences, mais je ne veux plus jamais repasser par là53! » Wes Whitford estime que l’armée l’a rendu plus sûr de lui, ce qui l’a aidé à trouver de meilleurs emplois, malgré les préjugés de la société canadienne. « La discipline ne me dérangeait pas [...]. Je pense que ça m’a donné plus d’assurance. Ça me plaisait54. »

D’autres recrues, dont beaucoup sont très actives dans le milieu des anciens combattants55, disent aussi que, grâce surtout à la discipline, elles ont été plus respectées et ont pris de l’assurance56. Élevé dans un territoire de piégeage, Joe Meconse a eu du mal à s’adapter à Winnipeg; cependant, l’armée l’a préparé à sa carrière d’agent de correction en lui apprenant à observer « la discipline, à être juste mais ferme. [...] Ce que je peux dire sur l’armée, [...] c’est que j’y ai appris à survivre. J’ai compris ce qu’était la vie. Mon séjour dans l’armée m’a aidé à m’épanouir. [...] C’est là que j’ai découvert cette partie de mon être qui est le vrai moi57. » Mary Wuttunee pense aussi avoir acquis plus d’assurance lorsqu’elle était dans l’armée de l’air. « Jamais on ne m’a dit : “Mary, tu ne peux pas te servir [de cette machine]”. On me disait : “Viens, je vais te montrer comment t’en servir58”. »

Une femme soldat
En 1992 et 1993, Corena Letendre Saulteaux, de Fairford (Manitoba), est allée travailler dans un orphelinat au Cambodge. « C’était vraiment intéressant parce que, lorsque je suis partie, ma fille n’avait pas encore un an. »

La période suivant l’unification des services : 1968-2002

Depuis 1968, les autochtones ont davantage tendance à s’affirmer et à militer, et le gouvernement accorde plus d’attention aux questions qui les concernent, à leurs revendications territoriales, par exemple59. Les forces canadiennes s’emploient à recruter davantage d’autochtones, sur la base de compromis mutuels60. Une fois par mois, les membres du Groupe consultatif des Autochtones de la Défense se réunissent pour émettre des recommandations sur les questions relatives au milieu de travail, telles que « les obstacles au recrutement et à l’entraînement ainsi que l’avancement des membres des peuples autochtones au ministère de la Défense nationale61 ». Le Programme d’enrôlement des autochtones du Nord, qui est devenu récemment le Programme d’enrôlement des autochtones des Forces canadiennes, offre « la possibilité d’explorer les [...] perspectives de carrière avant de s’engager formellement dans les Forces canadiennes62 ». En outre, depuis 1991, le programme Bold Eagle vise à donner une plus grande assurance aux jeunes des Premières nations en leur offrant un entraînement au sein de la milice, dans un contexte adapté à leur culture. Enfin, le programme de formation militaire, Sergeant Tommy Prince, est conçu pour attirer un plus grand nombre d’autochtones dans l’infanterie et dans les groupes professionnels auxquels les prédisposent leurs traditions, leur culture et souvent leur mode de vie63. Une publication récente des Forces canadiennes souligne « la difficulté de concilier les exigences de la culture militaire et la diversité culturelle de la société que représentent les forces armées et d’où elles tirent leurs membres64. L’auteur montre ensuite à quel point la culture militaire, qui repose beaucoup plus sur l’affirmation de soi, le leadership et la hiérarchie, diffère de la culture autochtone. Cela pourrait expliquer pourquoi il est si difficile d’attirer les Indiens de plein droit dans les forces65.

Le programme des Rangers du Nord est particulièrement digne d’intérêt. De 1942 à 1945, les Rangers de la Milice de la côte du Pacifique ont été chargés de la surveillance du littoral, car on craignait alors un débarquement japonais. Un programme semblable, mis sur pied en 1947, visait cette fois la surveillance du Nord canadien, tandis que s’amorçait la guerre froide. Depuis la fin des années 1960, ce programme a pris de l’expansion. Les Rangers basés dans les hameaux qui parsèment la côte du passage du Nord-Ouest connaissent intimement la culture locale et le milieu naturel. Ces connaissances demeurent la composante fondamentale d’un système d’alerte rapide en cas d’incursion non autorisée dans cette région. En tant que réservistes, les Rangers participent à des exercices et à un entraînement annuels et bénéficient de l’appui de la orce régulière. Ils sont chargés de l’alerte rapide, de la surveillance territoriale, de la recherche, et du sauvetage terrestre et des missions de reconnaissance. L’effectif du programme des Rangers doit passer de 3 500 à 4 800 personnes d’ici à 2008. Il se compose en grande partie d’autochtones qui élisent leurs sous-officiers et demandent généralement à des sages de leur communauté de leur fournir des conseils d’ordre spirituel ou psychologique66.

En devenant Ranger, Abraham Metatawabin, de Fort Albany, en Ontario, a mis en pratique beaucoup de choses que son père, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, lui avait apprises67. Selon Alec Tuckatuck, un Inuit de Kuujjuarapik, au Québec, la présence dans sa localité des contingents des forces canadiennes et américaines chargés d’établir le réseau DEW a fortement influencé sa décision de s’engager. Quand il avait six ans, vers le milieu des années 1950, « des Blancs sont arrivés en grand nombre. Nous étions une très petite collectivité [...] à l’époque nous étions encore nomades, mais le gouvernement a encouragé les gens à s’établir par ici. Nous avons commencé à manger des choses différentes : oranges, raisins, pommes. [...] Nous allions à leur réfectoire, et ils remplissaient nos sacs de toutes sortes de fruits. [...] Des avions énormes arrivaient [...] chargés d’objets nouveaux [téléviseurs, motoneiges, camions], et la communauté a dû abandonner [son mode de vie traditionnel] pour adopter celui de la collectivité68. »

À l’époque, la famille et la communauté avaient encore une influence, quoique moins forte qu’avant, sur la décision de s’engager dans les forces. Certaines des personnes interrogées étaient étroitement liées avec le milieu militaire, comme John McLeod, dont la mère a reçu la Croix du Souvenir en 1972. Il y en avait cependant tout autant qui n’avaient pas de parents dans les forces armées69. En outre, si certains attribuent leur engagement à la grande fierté collective engendrée par une longue association avec les forces armées, surtout parmi les Rangers qui jouissent d’un certain prestige en raison de leur formation spécialisée et de leurs responsabilités dans la communauté, il y en a autant qui pensent que la collectivité n’a eu aucune influence sur leur décision70. Beaucoup cherchaient l’aventure, mais ce sont les possibilités d’emploi qui attiraient la majorité71.

Un autochtone
Alec K. Tuckatuck, de Kuujjuaraapik (Québec), pendant un exercice d’entraînement en 2000.

Bien qu’ils constituent encore une minorité, ceux qui ont noté de la discrimination raciale sont en nombre croissant72. Plusieurs disent qu’on a tenté de les dissuader de s’engager73. Pourtant, une fois de plus, la majorité se sentait plus à l’aise dans les forces que dans la société. Ed Borchert, qui a servi 30 ans dans la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, a vu « l’endroit et l’envers du décor74 » en tant que sergent-major de compagnie puis en tant que major. Selon lui, dans les forces, « ça ne faisait aucune différence qu’on soit autochtone, noir ou d’une couleur quelconque. La seule chose qui comptait, c’était qu’on fasse ce qu’on était chargé de faire. » Par ailleurs, il a milité aux côtés des anciens combattants métis pour que le gouvernement reconnaisse « certaines des injustices dont nos soldats ont été victimes après leur démobilisation75 ». Peter MacGregor, de Kahnawake, n’a jamais noté de discrimination contre les autochtones. Quand un collègue lui posait des questions, il le mettait « au courant76 », mais il sentait des tensions marquées entre francophones et anglophones. Quant à Jocelyn Paul, de Wendake, au Québec, il se sentait mal à l’aise les premiers mois au 22e Royal Régiment, pendant la crise d’Oka, mais il ajoute que les gens « ont vite compris que je faisais mon travail77 » et précise qu’il s’entendait très bien avec ses collègues.

Selon Earl Charters, de Coldwater, en Colombie-Britannique, un excellent danseur du cerceau, c’est ce don qui a facilité sa participation au service. « Le cerceau, dit-il, représente un esprit ou un groupe d’esprits, et la danse du cerceau représente l’harmonieuse coexistence des esprits qui dansent ensemble au rythme du tambour pow wow. Le battement de tambour représente le cœur de la Terre - mère78. » Il a souvent été invité à donner des représentations au Canada et à l’étranger. Au lieu de camoufler leurs origines pour se faire accepter, comme certains le faisaient jadis, Charters et bien d’autres, comme Dusty Bouthillette, ont profité des nouveaux règlements qui permettent aux militaires autochtones de se laisser pousser les cheveux, en signe d’appartenance culturelle. « Si quelqu’un fait une remarque désobligeante sur mes cheveux, avant même que je puisse dire quoi que ce soit, il y a toujours cinq ou six personnes qui prennent ma défense. Tout cela a été vraiment positif. Après trois ans, mes tresses sont finalement assez longues. [...] Je tenais tellement à ressembler aux meilleurs danseurs du cerceau, qui portent toujours des tresses79. »

Les militaires autochtones prisent encore beaucoup les techniques de survie. Alec Tuckatuck estime que c’est le programme des Rangers canadiens qui a fait acquérir ces techniques dans les régions côtières du Nord80. Selon Vallée Saunders, de Kuujjuaq, au Québec, c’est grâce à leur entraînement que d’autres Rangers et lui ont pu secourir les victimes de l’avalanche qui a frappé Kangiqsualujjuaq le 1er janvier 1999. Dans cette agglomération québécoise de moins de 700 habitants, 9 personnes ont perdu la vie et 70 ont été blessées. Saunders a « averti ses Rangers de se tenir prêts81 » et 11 patrouilles de Nunavik sur 14 ont participé aux opérations de secours. Les habitants de Kangiqsualujjuaq, « tous complètement épuisés, étaient tellement contents de nous voir arriver, frais et dispos82 ».

Étant donné que la plupart des personnes interrogées se sont engagées surtout pour poursuivre une carrière, il n’est pas surprenant qu’elles estiment que leur éducation et leur formation ont été particulièrement utiles83. Parmi les autres avantages que leur ont procurés les forces canadiennes figurent souvent le prestige et la confiance en soi, qui ont rarement motivé la décision de s’engager. Gérard Joe, de Conne River, à Terre-Neuve, est convaincu que, si les jeunes avaient une idée de la satisfaction que peut procurer un emploi dans les forces, ils seraient plus nombreux à s’engager. C’est à l’armée qu’il estime s’être forgé une identité et avoir appris à travailler en équipe84. De même, Ukjese van Kampen, de Whitehorse, a découvert dans l’armée qui il était. « Quand j’étais petit, au Yukon, je ne savais pas très bien à quel groupe des Premières nations j’appartenais. Plus tard, j’ai eu honte d’avoir du sang blanc dans les veines et de ne pas être un Indien pur sang. [...] En joignant l’armée, j’ai fait partie d’une tribu, le Deuxième Bataillon du Royal Canadian Regiment. On portait un costume [l’uniforme], on avait des rites et on était fiers d’appartenir au régiment. J’avais un sentiment d’appartenance. Je faisais partie d’une tribu dont les membres ne se posaient pas de question sur leur identité85. »

Les mesures prises récemment par les forces canadiennes ont-elles attiré et retenu les autochtones? Les réponses à cette question sont affirmatives. Toutefois, deux sujets mentionnent certains problèmes et notent l’importance d’un meilleur soutien. Selon Victor Lyall, un Inuit du Labrador, « ceux qui viennent d’une petite collectivité sont parfois intimidés et ne disent rien86. » Bien qu’il ait apprécié les sessions préparatoires à l’enrôlement, il déplore que, après le cours, « on n’en a[it] jamais plus entendu parler. Une fois qu’on a eu signé les papiers et commencé l’entraînement, personne n’est venu voir comment ça allait87. » Frank Michon, stationné quelque temps à Alert, pense aussi qu’il faudrait un suivi. « Il y avait deux jeunes inuit qui travaillaient dans la cuisine [...]; c’était à l’époque où on encourageait les jeunes autochtones à s’engager. Ils s’y prenaient mal, mais ils faisaient de leur mieux88. » Cependant, beaucoup louent les efforts des forces canadiennes, surtout le programme des Rangers dans le Nord89. Howard Anderson, grand chef des anciens combattants de la Première nation de Saskatchewan, ajoute que les jeunes sortent du programme Bold Eagle « la tête haute et ils ne sont pas peu fiers90. »

Un autochtone

Photo du MDN ISD01-4149

Earl Charters à bord du NCSM Winnipeg pendant l’opération Augmentation dans le golfe Persique, en mai 2001.

Conclusion

Entre 1939 et 2002, l’idée que les autochtones se faisaient de leur participation aux forces armées s’est modifiée à bien des égards, mais, sur certains plans, elle n’a pas changé. Au début, en temps de guerre, on se portait volontaire pour faire comme ses amis ou pour défendre une cause importante. Depuis, c’est plutôt l’aventure et la formation professionnelle qui intéressent ceux qui s’engagent. Ce qui n’a pas changé, c’est l’influence profonde des membres de la collectivité sur la décision de s’engager. Personne ne fait allusion aux campagnes de recrutement; mais, à toutes les époques, la présence de militaires lors de défilés ou d’opérations de secours à la population ou encore la proximité d’une base ont toujours joué un rôle important.

De nos jours, les militaires sont beaucoup plus sensibilisés au racisme, quoique en réalité le problème ait été certainement plus répandu dans les premiers temps. Pendant tout le siècle dernier, les autochtones n’ont cessé de réclamer un traitement plus équitable à tous les échelons et de dire que cette inégalité nuisait à leur adaptation. Toutefois, ils continuent de penser que l’armée les traite mieux que la société civile.

Quand on demande aux recrues actuelles comment leur origine a facilité leur participation, elles font généralement état de leur culture et de leur fierté à l’égard de leur patrimoine. Certes, leurs prédécesseurs attribuaient aussi à leurs origines le fait d’avoir pu accéder à certains postes tels que tireur d’élite ou éclaireur et d’avoir brillé pendant les activités de survie, mais ils jugeaient plus important d’être traités équitablement que de faire valoir leur caractère distinct. Ce qui n’a pas changé, c’est le sentiment profond que leur culture représente un atout dans de nombreuses situations.

Pour conclure, on note une évolution dans les réponses à la question portant sur l’incidence qu’a eue le service militaire sur la vie des autochtones : jusqu’aux années 1950 et 1960, les sujets allèguent la discipline et l’aventure, qui, en temps de guerre, a été ponctuée par des épisodes souvent choquants et a donné lieu à des transformations personnelles profondes; après 1968, ils parlent plutôt de la formation et de l’éducation. Toutefois, à ces époques très différentes, chaque génération a exprimé le sentiment que le séjour dans l’armée avait valu la peine et avait été une source de satisfaction91.

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John MacFarlane, Ph. D., est historien auprès de la Direction – Histoire et Patrimoine. John Moses est historien au Musée canadien des civilisations.

Notes

  1. Nous tenons à remercier Brereton Greenhous, Ken Reynolds et Paul Lansey pour les conseils éclairés qu’ils nous ont prodigués lors de la rédaction du présent article.
  2. Henry David Thoreau, Walden, or Life in the Woods, Peter Pauper Press, Mount Vernon, 1956. [TCO]
  3. N. F. Dreisziger (éd.), Ethnic Armies: Polyethnic Armed Forces from the Time of the Habsburgs to the Age of the Superpowers, Wilfrid Laurier University Press, Waterloo, 1990.
  4. J. W. Berry, A Conceptual Framework for Achieving Diversity and Equity in the Canadian Forces, Cross-Cultural/Multicultural Associates Inc, Kingston, avril 1997, p. 2 et p. 9. Voir aussi ministère de la Défense nationale, Employment Equity: Managing Diversity, Building Partnership, Ottawa, 1995.
  5. <www.forces.gc.ca/site/newsroom/view_news_f.asp?id=383>. Voir aussi Henry McCue, Strengthening Relationships Between the Canadian Forces and Aboriginal People, ministère de la Défense nationale, Ottawa, 2000.
  6. Au sujet des droits individuels et des exigences culturelles des groupes, voir Joel Bakan, Just Words: Constitutional Rights and Social Wrongs, University of Toronto Press, Toronto, 1997, p. 118-133.
  7. Les entrevues se sont déroulées de juillet 2001 à juillet 2002, à la Direction – Histoire et Patrimoine du ministère de la Défense. Les centres d’accueil, les groupes d’anciens combattants et des particuliers ont aidé à joindre les personnes interrogées, qui, bien qu’elles n’aient pas forcément été les participants autochtones les plus actifs dans les forces canadiennes, sont reconnues dans leur collectivité. Certes, 60 entrevues ne constituent pas un nombre concluant, mais elles donnent une idée du sentiment dominant.
  8. Fred Gaffen, Forgotten Soldiers, Theytus Books, Penticton, 1985; Janice Summerby, Soldats autochtones, terres étrangères, Anciens combattants Canada, Ottawa, 1993; John Moses, « Participation des Autochtones au service militaire canadien : Contextes historique et contemporain », The Army Doctrine and Training Bulletin, vol. 3, no 3, automne 2000; Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, Imprimerie de la Reine, Ottawa, 1997; Olive Dickason, Canada’s First Nations, McClelland and Stewart Ltd, Toronto, 1992; Dave Hutchinson, Remembrances: Métis Veterans, Gabriel Dumont Institute, Regina, 1997; R. Scott Sheffield, The Red Man’s on the Warpath: The Image of the “Indian” and the Second World War, UBC Press, Vancouver, 2004.
  9. Archives nationales du Canada, RG24, vol. 1221, dossier HQ 593-1-7, dans Summerby, op. cit., p. 6. Beaucoup d’entre eux ont servi dans les 107e et 114e bataillons. [TCO]
  10. James Dempsey, « Persistence of a Warrior Ethic Among the Plains Indians », Alberta History, vol. 36, no 1, hiver 1988. Voir aussi Gaffen, op. cit., p. 15.
  11. Gaffen, op. cit., p. 15. Voir aussi L. James Dempsey, Warriors of the King: Prairie Indians in World War I, Canadian Plains Research Center, University of Regina, Regina, 1999.
  12. Duncan Campbell Scott, « The Canadian Indians and the Great World War », Canada in the Great World War, vol. III: Guarding the Channel Ports, United Publishers of Canada Ltd, Toronto, 1919, p. 285.
  13. Gaffen, op. cit., p. 35-37.
  14. Enrôlements des Indiens par province ou territoire (le total de la population autochtone est indiqué entre parenthèses) : N.-É. : 117 (2 364); N.-B. : 203 (2 047); Î.-P.-É. : 27 (266); Québec : 316 (15 182); Ont. : 1 324 (32 421); Man. : 175 (15 892); Sask. : 443 (14 158); Alb. : 144 (12 754); C.-B. : 334 (25 515); Yukon : 7 (1 531); T. N.-O. : 0 (3 816).
  15. Selon le recensement de 1911, 105 611 habitants, soit 1,5 % de la population (7 206 643), étaient indiens. En 1941, ce chiffre est passé à 160 937, soit 1,4 % de la population totale, qui s’élevait à 11 506 655. On comptait aussi 35 416 Métis. Selon le rapport annuel du ministère des Affaires indiennes de mars 1919, 35 % des Indiens ayant l’âge de servir se seraient présentés.
  16. Groupe consultatif des Autochtones, MG27IIIB14, documents du général Laflèche, lettre des Six-Nations détaillant leurs griefs. Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, vol. 12, chapitre 4.1.
  17. N. F. Dreisziger, « The Rise of a Bureaucracy for Multiculturalism: The Origins of the Nationalities Branch, 1939-1941 », dans N. Hillmer, B. Kordan et L. Luciuk (éd.), On Guard for Thee: War, Ethnicity, and the Canadian State, 1939-1945, Canadian Committee for the History on the Second World War, Ottawa, 1988, p. 1. Voir aussi Sheffield, op. cit. [TCO]
  18. Summerby, op. cit., p. 20; voir aussi le Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, vol. 12, chapitre 4.1. Une personne interrogée, David Moses, a servi dans les forces aériennes.
  19. Entrevue avec Henry Beaudry. [TCO]
  20. Onze sujets ont répondu que leur père ou de nombreux proches avaient servi dans les forces armées; quatre ont répondu que quelques proches avaient servi; et cinq n’établissaient aucun rapport avec leur famille. Onze avaient été encouragés, deux avaient été découragés et sept ont affirmé n’avoir subi aucune influence. Neuf ont dit avoir suivi les autres. Toutes les réponses étaient spontanées; aucune liste de possibilités n’était offerte.
  21. Entrevue avec Russell Modeste
  22. Six ont répondu qu’il y avait du racisme au Canada; cinq, qu’il y avait une certaine discrimination.
  23. Entrevue avec Howard Anderson. [TCO]
  24. Entrevue avec Sam Sinclair. [TCO]
  25. Entrevue avec Russell Modeste. [TCO]
  26. Entrevue avec Elmer Sinclair.
  27. Entrevue avec Lawrence Martin.
  28. Entrevue avec Sydney Gordon. Richard Parker aussi a combattu en Italie, comme le rapporte Thinking, Trafford, Vancouver, 2000. [TCO]
  29. Entrevue avec Georges Myram. [TCO]
  30. Entrevue avec Charles Bird.
  31. Entrevue avec Irène Hoff et Roger Ouimet.
  32. Seul Fernand Lainé a eu une expérience négative. Son frère J. B. Lainé et Stuart Beauvais étaient également conscrits.
  33. Les deux exceptions sont J. B. et Fernand Lainé. Outre ceux qui ont mentionné les marques d’un plus grand respect et l’éducation, un a parlé de la discipline, un autre a déclaré avoir acquis un meilleur sens des responsabilités et un a affirmé que sa vision du monde s’était transformée.
  34. Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, vol. 12, chapitres 4.1, 4.3, 4.5, 5.1 et 5.3. Voir aussi Gaffen, op. cit., p. 72 et p. 79.
  35. En 1951, 165 607 personnes déclaraient être indiennes, soit 1,2 % de la population. Voir Summerby, op. cit., p. 31-33.
  36. Cinq d’entre eux se sont engagés pour la cause, deux ont suivi des amis ou un parent, trois cherchaient un emploi et un était en quête d’aventure. Sur les neuf autres, quatre voulaient un emploi, trois cherchaient l’aventure et un s’est engagé pour la cause.
  37. Entrevue avec Robert Carrière.
  38. Entrevue avec Harvey Horlock. [TCO]
  39. Entrevue avec Louis Schmidt. [TCO]
  40. Entrevue avec Fred Young. [TCO]
  41. Entrevue avec Bill Lafferty. [TCO]
  42. ibid.
  43. Entrevue avec Russ Moses. [TCO]
  44. Parmi les anciens combattants de la guerre de Corée, aucun n’a répondu par l’affirmative, deux ont parlé d’un certain racisme et huit n’ont rapporté aucune forme de racisme. Quant aux autres, trois ont répondu par l’affirmative et six, par la négative.
  45. Entrevue avec Joe John Sanipass.
  46. Cinq des onze anciens combattants de la guerre de Corée avaient noté des signes évidents de racisme dans la société canadienne, deux ont observé une certaine forme de racisme et un n’a rien remarqué du tout. Sur les neuf autres personnes interrogées, les chiffres se répartissent respectivement comme suit : cinq, un et un.
  47. Entrevue avec Victor Flett.
  48. Entrevue avec Stephen Simon. [TCO]
  49. ibid.
  50. Entrevue avec Bill Lafferty. [TCO]
  51. Entrevue avec Russell Piché. [TCO]
  52. ibid. [TCO]
  53. Entrevue avec Michael Sanipass. [TCO]
  54. Entrevue avec Wes Whitford. [TCO]
  55. Entrevues avec Len Desjarlais, Bob Ducharme, Bob Rogers et Joe Mercredi.
  56. À la question « Qu’est-ce que l’armée vous a apporté? », trois personnes de chacun des deux groupes ont répondu : la discipline. Deux combattants de la guerre de Corée ont mentionné l’éducation, un a parlé du respect et un autre, de la confiance en soi. Un des autres anciens combattants a fait allusion à l’éducation, un, au respect, deux ont parlé de la confiance en soi et un autre a mentionné une meilleure compréhension du monde.
  57. Entrevue avec Joe Meconse. [TCO]
  58. Entrevue avec Mary Wuttunee. [TCO]
  59. Sally M. Weaver, Making Canadian Indian Policy: The Hidden Agenda, 1968-1970, University of Toronto Press, Toronto, 1981.
  60. Selon le recensement de 1996, 799 010 personnes se déclaraient autochtones, soit 2,8 % de la population, qui s’élevait à 28 528 125 habitants. Ce chiffre comprenait 529 040 Indiens vivant dans des réserves ou à l’extérieur; 204 115 Métis et 40 220 Inuit, dont 25 640 possédaient une double identité. En outre, 1 101 960 personnes se sont déclarées d’origine ou de descendance autochtone. Le pourcentage d’autochtones dans les forces armées était le suivant : 1,5 % de la Force régulière, 1 % de la Première réserve et 1,3 % du total, les Rangers n’étant pas compris. Selon le recensement de 2001, 976 305 personnes se déclaraient autochtones, soit 3,3 % de la population. Ce total comprenait 608 050 Indiens vivant dans une réserve ou à l’extérieur; 292 310 Métis et 45 070 Inuit (30 080 possédaient une double identité). De plus, 1 319 890 personnes se sont déclarées d’origine ou de descendance autochtone. Le pourcentage dans les forces était : 2,3 % de la Force régulière, 1,8 % de la Première réserve et 3,4 % du total, y compris les Rangers.
  61. D Strat HR News, vol. 2, 2003. La représentante du Groupe consultatif est Brenda Côté. Voir aussi K. MacLaurin et K. D. Davis, The Canadian Forces as a Career of Choice for Aboriginal Canadians: A Strategy for 2020, DSHRC Research Note 04/02, ministère de la Défense nationale, Ottawa, 2002. [TCO]
  62. <www.forces.gc.ca/site/newsroom/view_news_f.asp?id=383>
  63. Voir L. Beebe, « A Dream Come True », Sentinel, vol. 27, no 6, p. 22.
  64. McCue, op. cit., p. 32-33. [TCO]
  65. ibid., p. 28. Il y a davantage d’autochtones de plein droit au Canada, mais les forces comptent 130 autochtones de plein droit et 1 170 autochtones non inscrits.
  66. Il existe cinq groupes de patrouilles des Rangers canadiens (GPRC) : 1 GPRC (58 patrouilles dans le Grand Nord); 2 GPRC (19 patrouilles dans le Nord du Québec); 3 GPRC (9 patrouilles dans le Nord de l’Ontario); 4 GPRC (27 patrouilles sur le littoral du Pacifique); et 5 GPRC (28 patrouilles à Terre-Neuve–et–Labrador).
  67. Entrevue avec Abraham Metatawabin.
  68. Entrevue avec Alec Tuckatuck. [TCO]
  69. Six avaient de nombreux proches dans les forces armées, quatre y comptaient quelques membres de leur famille et dix n’en avaient aucun.
  70. Bien qu’un seul ait déclaré que sa collectivité avait tenté de le dissuader de s’engager, dix n’avaient senti aucune pression et neuf avaient reçu des encouragements.
  71. Sur les vingt répondants, douze ont dit s’être engagés pour l’obtention d’un emploi, cinq, pour l’aventure, deux, pour le prestige et un, pour la cause.
  72. Trois ont répondu par l’affirmative, cinq ont indiqué avoir été victimes de racisme et dix ont déclaré n’avoir observé aucune forme de racisme. Voir aussi le rapport de la Cross- Cultural/Multicultural Associates Inc, Canadian Forces Diversity Project: Baseline Study, février 1997, p. 2. Entrevue avec Mel Swann.
  73. Entrevues avec Alan Knockwood, de Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse, avec Coreena Letendre et avec Ernest Nadjiwan.
  74. Entrevue avec Ed Borchert. [TCO]
  75. ibid. [TCO]
  76. Entrevue avec Peter MacGregor.
  77. Entrevue avec Jocelyn Paul. [TCO]
  78. <www.navy.forces.gc.ca/mspa_navy_life/life_profiles_f.asp?x=1&id=1>
  79. Entrevue avec Earl Charters. [TCO]
  80. Entrevue avec Alec Tuckatuck.
  81. Entrevue avec Vallée Saunders. [TCO]
  82. ibid. [TCO]
  83. Six ont répondu que la formation et l’éducation leur avaient été très utiles; quatre ont évoqué un plus grand respect, trois, une plus grande confiance en soi et trois autres, la discipline.
  84. Entrevue avec Gérard Joe.
  85. Entrevue avec Ukjese van Kampen. [TCO]
  86. Entrevue avec Victor Lyall. [TCO]
  87. ibid. [TCO]
  88. Entrevue avec Frank Michon. [TCO]
  89. Entrevue avec Solomon Curley.
  90. Entrevue avec Howard Anderson. [TCO]
  91. Ceux qui ont accepté de participer aux entrevues ont sans doute une réaction plus positive que ceux qui ont refusé.