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Affaires Publiques
Photo du MND KA2003-A158D par le caporal Brian Walsh,
Groupe-bataillon du 3 RCR
Septembre 2003. Le soldat Liam McGylnn de la Compagnie Charlie, du Groupe-bataillon du 3 RCR, patrouille dans les rues de Paghman, en Afghanistan, dans le cadre de l’opération Athena, la participation du Canada à la Force internationale d’assistance à la sécurité.
Le maintien de la paix et l’opinion publique
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Introduction
Le « maintien de la paix » est une composante essentielle de l’identité canadienne. Il reflète les valeurs, les convictions et les intérêts profonds du pays. Au reste, c’est un Canadien, Lester B. Pearson, qui, lors de la crise de Suez en 1956, a suggéré de créer une force d’intervention des Nations Unies, qui a donné naissance au maintien de la paix. Au départ, cette activité comportait surtout des missions de surveillance et d’observation visant à résoudre les conflits localisés avant qu’ils ne dégénèrent en affrontements entre les superpuissances. Cependant, ces dernières années, notamment depuis la fin de la guerre froide, les conflits intra-étatiques sont devenus de plus en plus problématiques, et la communauté internationale a dû assumer de nouvelles responsabilités pour maintenir la paix.
Si les Canadiens tiennent autant à ce que leur pays joue un rôle important sur la scène internationale, c’est surtout en raison de leur glorieux passé en matière de maintien de la paix. En fait, ils sont nombreux à penser qu’il s’agit de la meilleure contribution de leur pays. Cependant, ce point de vue ne se traduit pas nécessairement par un soutien indéfectible à toutes les opérations de maintien de la paix, quelle que soit leur nature. Ainsi, peu de temps avant le déploiement des forces canadiennes en Afghanistan (opération Athéna) en juin 2003, sous l’égide de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), une étude a montré que seulement 43 % du public approuvait cette opération1. Bien que la popularité de l’opération ait crû au cours de la première année, des sondages récents indiquent un renversement de la tendance.
Même si d’autres facteurs entrent en jeu, tels que la crise en Irak, les études faisant état d’un appui massif à la promotion de la paix mondiale et un soutien faible ou modéré aux opérations visant à restaurer la stabilité en Afghanistan montrent que le public est coupé de la réalité. Cela pourrait s’expliquer par une conception anachronique selon laquelle le maintien de la paix consisterait simplement à envoyer des Casques bleus onusiens surveiller des zones tampons. Or l’époque du déploiement d’observateurs impassibles coiffés de casques bleus le long d’une ligne de cessez-le-feu est en grande partie révolue.
Photo du MDN IS2002-2010a par le caporal-chef Frank Hudec, équipe de cameras de combat des Forces canadiennes
Le Monument canadien dédié au maintien de la paix, rue Sussex, à Ottawa, vu du nord-est.
Cet article se divise en quatre parties : un bref historique de l’évolution du maintien de la paix; une analyse de récents sondages d’opinion montrant qu’il existe bien un fossé entre la réalité et l’idée que se fait le public du rôle de l’armée canadienne à l’étranger; les raisons qui expliquent cet état de fait; et la façon de combler le fossé conceptuel.
L’évolution du maintien de la paix
« Nous devons tenter non seulement de mettre fin à la guerre mais d’établir la paix [...]. Mon gouvernement serait heureux de recommander la participation canadienne à une force des Nations Unies, une force de police et de paix vraiment internationale. »
Lester B. Pearson, le 2 novembre 1956
En 1947, les Nations Unies ont approuvé la décision de scinder la Palestine en créant l’État d’Israël et en laissant le reste du territoire aux Palestiniens. Ni ces derniers ni les États arabes n’ont accepté cette entente, et les hostilités ont éclaté en 1948. Peu après, les Nations Unies ont déployé leurs premiers observateurs, l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST), afin de stabiliser la situation et de superviser la trêve provisoire. C’est ce qui a été à l’origine du maintien de la paix. Dans les années suivantes, des membres des Nations Unies ont été envoyés dans d’autres pays, principalement en tant qu’observateurs et superviseurs2.
Pendant la crise de Suez, en 1956, année où la Grande-Bretagne, la France et Israël ont tenté d’empêcher l’Égypte de prendre le contrôle du canal de Suez, les Nations Unies ont déployé des observateurs non armés, qui étaient toutefois peu nombreux et ne disposaient pas des ressources nécessaires pour séparer les antagonistes. Une question essentiellement régionale menaçait une fois de plus de précipiter les principales puissances militaires dans la guerre. Lester B. Pearson, alors ministre des Affaires étrangères, a fait évoluer le maintien de la paix en recommandant aux Nations Unies de créer une force importante de maintien de la paix afin d’empêcher le déclenchement des hostilités dans la région de Suez. Le général canadien E. L. M. Burns, qui avait commandé l’ONUST en Palestine, a été nommé commandant de cette force, qui est restée en place jusqu’à la reprise des hostilités, en 1967. Contrairement à ce que prétendent certains Canadiens, Pearson n’a pas « inventé » le maintien de la paix, mais le déploiement d’une force de maintien de la paix a effectivement marqué la naissance d’un nouveau type d’opérations. Il ne s’agissait plus d’envoyer quelques observateurs mais des forces d’envergure.
Le monde a crédité Pearson de ses démarches diplomatiques pour résorber ce conflit, notamment en lui décernant le Prix Nobel de la paix en 1957. Le maintien de la paix s’est quant à lui inscrit pour toujours dans l’identité et le patrimoine du Canada, qui a continué de mener dans le monde des missions d’observation et de surveillance. Depuis 1947, plus de 125 000 militaires canadiens ont participé à des opérations internationales.
Lors de la guerre froide, les Casques bleus ont concouru à apaiser les tensions et à désamorcer les conflits. Étant donné que, généralement, les parties concernées convenaient de cesser temporairement de combattre, l’intervention internationale était presque toujours bien accueillie, et des soldats de la paix se déployaient pour superviser le cessez-le-feu. Sur les 15 opérations menées par les Nations Unies entre 1947 et 1986, la plupart étaient des missions d’observation exécutées par un personnel militaire non armé qui remettait des rapports sur le cessez-le-feu, mais ne s’interposait pas entre les antagonistes3. En 1988, les forces onusiennes de maintien de la paix ont reçu le Prix Nobel de la paix pour le succès de leurs opérations durant la guerre froide. Le communiqué de presse annonçait : « Les forces de maintien de la paix des Nations Unies ont aidé, dans des circonstances extrêmement difficiles, à réduire les tensions là où un armistice a été signé mais où il reste à conclure un traité de paix4. »
Les besoins opérationnels du maintien de la paix ont beaucoup changé et augmenté depuis lors. Plus précisément, après la chute du mur de Berlin, en 1989, et la dissolution de l’URSS, en 1991, les conflits intra-étatiques sont devenus des problèmes plus graves que les guerres traditionnelles entre États. De la Somalie au Rwanda, en passant par l’ex-Yougoslavie, ces conflits internes ne comportent généralement pas de zone tampon, font intervenir des acteurs non étatiques et résultent de problèmes ethniques, religieux ou tribaux. Les gouvernements de la plupart de ces États ne parviennent pas à asseoir leur pouvoir. Pour leur part, les États en déroute ou défaillants sèment les graines de la menace à l’échelle régionale et mondiale et provoquent des catastrophes humanitaires. À cause de l’impuissance de leurs gouvernements, ces pays sont un terrain propice au crime organisé et un refuge pour les terroristes. Selon un rapport des Nations Unies, au cours des années 1990, 3,6 millions de personnes sont mortes lors de quelque 53 conflits internes, contre 220 000 dans des conflits entre États5. Bref, les soldats de la paix, au casque bleu et au rôle symbolique et rassurant, ont généralement été réduits à l’impuissance dans ce nouveau contexte.
À l’instar de ses alliés, le Canada a eu du mal à s’adapter à cette réalité. Selon John English, de l’université de Waterloo, malgré la controverse soulevée par le titre du rapport de la Commission d’enquête sur le déploiement des Forces canadiennes en Somalie, Un héritage déshonoré : les leçons de l’affaire somalienne, peu de personnes ont contesté les conclusions de ce rapport : « À l’époque où on a planifié le déploiement en Somalie, aucun nouveau principe directeur n’avait été élaboré ou appliqué en matière de maintien de la paix afin de refléter la nature changeante des missions de maintien de la paix6. » Le lieutenant général (retraité) Roméo Dallaire, qui commandait les forces onusiennes au Rwanda en 1993 et en 1994, affirme qu’en ces temps nouveaux nous aurions dû « rejeter les anciennes méthodes en matière d’élaboration des politiques, de leadership, de doctrine, de formation, de perfectionnement des officiers et de rapports entre civils et militaires. C’était une époque où nous faisions des essais et des erreurs, comme nos prédécesseurs lorsqu’ils ont conçu le maintien de la paix des Nations Unies, dans les années 1950 et 19607. » Les forces de maintien de la paix avaient reçu en 1988 le plus grand témoignage de reconnaissance du monde. Dix ans plus tard, après une série d’échecs, en Somalie et au Rwanda notamment, les principes fondamentaux du maintien de la paix ont été réexaminés. En outre, les Nations Unies ont cessé d’avoir le monopole de cette activité : la direction de plusieurs opérations a été confiée à d’autres alliances et coalitions, telles que l’OTAN.
Photo du MDN AP2002-5631 par le caporal Lou Penney, GT 3 PPCLI
Un soldat canadien de la compagnie Charlie, affectée auprès du 3e Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, établit un périmètre de sécurité autour d’un hélicoptère Chinook avant le retour à Kandahar, en Afghanistan.
Le maintien de la paix ne consiste plus simplement à déployer des observateurs impassibles le long d’une ligne de démarcation. Il commence souvent avant la déclaration d’un cessez-le-feu dans des régions où il n’y a pas ou peu de paix à maintenir. C’est pourquoi l’on qualifie parfois de « guerre à trois volets » les opérations de paix, qui se déroulentdésormais dans un contexte complexe et anarchique. Lors d’une intervention typique, les forces peuvent être amenées à combattre des milices bien armées dans un secteur, à mener des opérations de stabilisation dans un deuxième secteur et des opérations de secours humanitaire dans un troisième, passant instantanément d’un rôle à un autre. Parmi les activités nouvelles figurent le désarmement, le déminage, l’instruction des militaires étrangers, etc. Pour remplir ces fonctions et répondre à ces besoins, il faut des règles d’engagement plus fermes et des forces armées vives, aptes au combat et de plus en plus spécialisées.
Photo du MDN IHD00-683a par le caporal Tammy Kazakoff
Novembre 1999. Le soldat Troy Forrester, membre du groupement tactique du 1er Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry suit la ligne de mire de sa mitrailleuse légère C-9. Ce groupement tactique a été déployé dans le cadre de l’opération Kinetic, la participation canadienne à la KFOR, la force de maintien de la paix de l’OTAN au Kosovo.
Selon l’Association canadienne pour les Nations Unies, « le maintien de la paix a évolué à un point tel que ce que l’on demande de faire aux soldats de la paix transcende leur rôle classique, les rendant pratiquement méconnaissables aux yeux de leurs fondateurs8. » Selon le général Dallaire, nous devons désormais « amener le maintien de la paix à mieux résoudre les conflits et stabiliser le monde en mettant fin à l’anarchie, au règne des seigneurs de guerre et à la violence ethnique [...]. Il faut que le maintien de la paix devienne multidisciplinaire : la diplomatie, le travail humanitaire et les opérations de stabilisation doivent être parfaitement à l’unisson9. » Comme le dit succinctement John English : « Le soldat de la paix qui se trouvait dans le Sinaï en 1960 remplissait des tâches plus simples, en des temps moins compliqués10. »
Après le 11 septembre, une nouvelle dimension est apparue. Plus de 8 000 militaires canadiens ont été déployés pour lutter contre le terrorisme. Au plus fort de ses activités, notre groupe opérationnel naval comprenait 6 navires de guerre et environ 1 500 marins. La force aérienne continue d’acheminer du matériel militaire, de l’aide humanitaire et des milliers de personnes vers les zones d’opérations. En 2002, plus de 800 soldats canadiens se sont joints à un groupement tactique aux côtés des forces américaines, à Kandahar et dans ses environs. Au début d’août 2003, le Canada a réalisé deux rotations de plus de 2 000 militaires au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité à Kaboul, opération avalisée par les Nations Unies mais dirigée par l’OTAN. Il a ensuite effectué deux autres rotations dans cette région jusqu’en août 2005, avec un effectif réduit, et il envisage de faire partie des équipes de reconstruction provinciales.
À de nombreux égards, compte tenu du contexte opérationnel d’un État en déroute et de la panoplie d’outils de gestion des conflits, dont le combat, la consolidation de la paix après les conflits, l’aide humanitaire et les opérations de stabilisation, l’Afghanistan constitue actuellement l’opération de paix par excellence. Les opérations de paix exigent, outre l’intervention conjointe des trois services, une approche concertée des ministères. En Afghanistan, cette stratégie est baptisée « approche des 3 D », car elle conjugue la diplomatie, le développement et la défense. Les diplomates canadiens aident les Afghans à rebâtir les institutions de leur pays; les travailleurs de l’aide canadienne mènent de nombreuses entreprises d’aide humanitaire et de développement à long terme; et les forces canadiennes contribuent à instaurer la stabilité nécessaire à la réussite des deux autres groupes. Outre leur collaboration avec d’autres ministères, les forces canadiennes travaillent également aux côtés des médias, d’organismes non gouvernementaux, d’entrepreneurs et d’autres civils. En résumé, le champ de bataille du XXIe siècle n’est plus le domaine exclusif des soldats, et il est essentiel d’améliorer la coopération entre les militaires et les civils.
Dans un discours prononcé au Royal Canadian Military Institute de Toronto en septembre 2004, l’honorable Bill Graham, ministre de la Défense nationale, a déclaré à propos de la sécurité : « Dans une zone grise entre la guerre et la paix, il est devenu de plus en plus difficile de faire la différence entre les amis et les ennemis, surtout lorsque les terroristes et les futurs auteurs d’attentats-suicides se cachent parmi les civils11. » Il a ajouté : « En tant que nation, nous pouvons et devons être très fiers du rôle joué par notre pays dans la conception et l’application de cette forme classique de maintien de la paix. Toutefois, en tant que nation, nous devons aussi être prêts à assumer un rôle de chef de file dans le genre d’opérations de paix qui est devenu plus fréquent au cours des dix dernières années12. » Il a exprimé le même point de vue au Rotary Club de Toronto en janvier 2005, affirmant que les opérations sont aujourd’hui plus complexes, plus dangereuses et plus exigeantes : « Elles se déroulent souvent dans des régions où les tensions demeurent fortes et où il n’y a pas beaucoup de paix à maintenir [...]. Pour mener à bien les “opérations de paix” actuelles ou les “guerres sur trois fronts”, il faut que [...] les hommes et les femmes qui portent l’uniforme soient prêts à affronter tous les types de situations, depuis le combat jusqu’à l’édification et à l’imposition de la paix, en passant par l’aide humanitaire13. »
L’opinion publique : le maitien de la paix contre le rétablissement de la paix
Le maintien de la paix a évolué, mais l’opinion publique accuse peut-être un peu de retard. L’opinion publique représente la pensée d’un peuple à un moment donné. D’un point de vue individuel, l’opinion dépend dans une large mesure des intérêts personnels, à savoir des conséquences d’une situation sur l’individu. Des évènements d’une ampleur inhabituelle, tels ceux du 11 septembre, peuvent influencer de façon spectaculaire l’opinion sur des questions spécifiques, mais ce changement est généralement passager14. Ces dernières années, trois grandes tendances en matière de défense et de sécurité ont caractérisé la scène publique : un soutien appuyé et constant aux forces armées depuis 1999; une inquiétude croissante à l’égard des nouveaux dangers et de la sécurité mondiale depuis le 11 septembre; et une préoccupation croissante pour les capacités de défense du pays15.
Si les sondages indiquent que l’opinion publique soutient les forces armées, d’autres études révèlent que les Canadiens sont généralement peu au courant des opérations auxquelles participe leur pays. Dans le cadre d’un sondage demandant de citer deux opérations militaires internationales ou missions de maintien de la paix auxquelles le Canada avait pris part depuis 1990, 41 % des personnes interrogées ont fourni deux réponses correctes, 29 % n’en ont donné qu’une seule et 31 % n’ont donné aucune bonne réponse. Parmi les réponses exactes figurent la Bosnie ou la Yougoslavie (40 %), l’Afghanistan (28 %), la guerre du Golfe (14 %), le Kosovo (11 %), la Somalie (8 %), le Rwanda (5 %), Haïti (1 %) et le Congo (1 %)16. Selon une autre étude, menée en automne 2003 par GPC International, seulement 44 % des Canadiens étaient bien informés des activités du Canada en Afghanistan17. Plus d’un an et demi plus tard, une étude menée par Ipsos-Reid faisait le même constat : 67 % des répondants ont avoué être très peu informés, voire pas du tout, des opérations canadiennes en Afghanistan18.
En dépit de leur manque de connaissances, la plupart des répondants citent le maintien de la paix19 lorsqu’on leur demande quelle est la contribution canadienne la plus positive dans le monde. Près de neuf Canadiens sur dix déclarent que promouvoir la paix mondiale est l’objectif le plus important de la politique étrangère du pays20. De même, selon un sondage effectué par GPC International à l’automne 2003 sur les priorités des Canadiens, 81 % des répondants se prononçaient en faveur de la participation à des opérations internationales de maintien de la paix21. Selon d’autres études, les Canadiens pensent qu’ils ont le devoir moral d’aider les pays touchés par la guerre, les catastrophes naturelles ou la pauvreté22. De plus, selon une étude récente de Pollara Inc., la majorité pense que le gouvernement fédéral devrait accroître le budget de la défense nationale, et environ deux personnes sur cinq se disent en faveur d’une augmentation du budget consacré au maintien de la paix (41 %) et à l’aide extérieure (38 %)23.
Si le soutien à l’internationalisme et à l’instauration de la paix mondiale est inébranlable, il l’est beaucoup moins en ce qui concerne les opérations en Afghanistan. En juin 2003, avant le premier déploiement des forces canadiennes dans le cadre de la Force internationale d’assistance à la sécurité, un sondage de Ekos Research Associates Inc. a montré que seulement 43 % du public approuvait cette opération24. Grâce à une couverture médiatique positive et aux mesures prises à l’époque par le gouvernement pour sensibiliser la population aux efforts déployés en Afghanistan, le soutien du public a augmenté. Un sondage de Communication Canada, réalisé par GPC International à la fin de 2003, après le déploiement des troupes, a fait état d’un soutien plutôt solide à l’intervention du Canada en Afghanistan25. Néanmoins, si 81 % des répondants estimaient que l’une des priorités du Canada était de participer à des opérations de maintien de la paix, seulement 70 % jugeaient important que le Canada joue un rôle dans le maintien de la paix et de la stabilité en Afghanistan26.
Une comparaison récente des éditions 2002 et 2004 de Focus Canada (études faites par Environics Research Group Limited) indique que les opérations en Afghanistan sont de nouveau moins bien acceptées. En 2002 et 2004 respectivement, les pourcentages étaient les suivants : très en faveur de ces opérations, 38 % et 26 %; modérément en faveur, 37 % et 35 %; modérément contre, 11 % et 15 %; fortement contre, 12 % et 20 %27. Si la crise en Irak contribue sans doute à affaiblir le soutien du public, les études révélant un ferme soutien à la promotion de la paix mondiale et un soutien faible ou modéré au rétablissement de la stabilité en Afghanistan montrent que le public est coupé de la réalité.
Les sondages Focus Canada de 2002 et 2004 et l’étude sur l’attitude du public à l’égard des forces armées réalisée en 2005 par Ekos Research Associates Inc. fournissent peut-être une explication. Ils confirment qu’une majorité de Canadiens préfèrent voir leur pays assumer un rôle classique de maintien de la paix. Le sondage Focus Canada posait la question suivante : « Certaines personnes disent que les forces canadiennes devraient jouer un rôle classique de maintien de la paix, consistant à tenter de séparer deux parties belligérantes. D’autres pensent qu’elles devraient rétablir la paix, auquel cas elles pourraient devoir combattre aux côtés d’autres troupes onusiennes afin d’imposer la paix dans une région contestée. Quelle position se rapproche le plus de la vôtre? » En 2002, 52 % des 2 021 adultes interrogés préféraient un rôle classique de maintien de la paix28. En 2004, la proportion était de 59 %29. Enfin, une étude faite par Ekos Research Associates Inc. en 2005, révèle que 57 % des personnes interrogées optent pour le maintien de la paix classique et 41 %, pour le rétablissement de la paix30.
J’en conclus que certains Canadiens n’approuvent pas l’opération en Afghanistan parce qu’elle ne concorde pas avec leur conception du maintien de la paix. Ils préfèrent le rôle plus classique et moins dangereux qui consiste à maintenir deux parties belligérantes sous l’égide des Nations Unies. Comme presque toutes les opérations de ce type appartiennent au passé, il est évident que ce point de vue ne correspond pas à la réalité actuelle.
Pourquoi y a-t-il un fossé conceptuel?
Ce qui révèle clairement le décalage, c’est le soutien indéfectible à la promotion de la paix et le soutien modéré ou fluctuant aux activités non classiques de maintien de la paix menées par le Canada, par exemple, pour rétablir la paix et la sécurité en Afghanistan.
Pourquoi ce fossé conceptuel? Selon Carol Off, animatrice de Counterspin, une émission sur les affaires publiques diffusée sur la chaîne anglaise de Radio-Canada, et auteure de The Ghosts of Medak Pocket: The Story of Canada’s Secret War, les Canadiens sont « hypersensibles » lorsqu’il est question de la guerre et préfèrent penser que leurs forces armées sont des soldats de la paix et non des guerriers31. Selon elle, malgré tout ce que le pays a réalisé et les souffrances qu’il a endurées lors des guerres mondiales, les Canadiens ont toujours beaucoup de mal à appréhender la notion de conflit : « Dans la société actuelle, nous voulons considérer nos forces comme des soldats de la paix inoffensifs, distribuant des vivres et protégeant la paix. [...] [Or] les forces canadiennes ont participé à des guerres et à des conflits terribles et sanglants dans le monde entier, au nom du maintien de la paix. Les soldats canadiens essuient le feu ennemi et rendent coup pour coup. Ils sont souvent agressifs et livrent souvent des combats32. »
Le choc subi par la population après la mort du caporal Jamie Brendan Murphy, tué en Afghanistan lors d’un attentat-suicide en janvier 2004, reflète cette « incompréhension persistante », pour citer Rob Huebert, de l’université de Calgary. « Pour ce qui est de la population canadienne, et même de nos dirigeants, savons-nous que nous demandons désormais à nos militaires de mener des actions plus dangereuses, qui comportent des risques plus importants? Je n’en suis pas persuadé33. » Certains pensent que, comme autrefois, après les conflits, les forces canadiennes se rendent dans « une région [...] où les divers combattants, épuisés, veulent trouver une solution et accueillent avec joie notre intervention. Nous devons aujourd’hui reconnaître que, depuis la fin de la guerre froide, ce genre d’opération n’existe pratiquement plus34. » John English va plus loin : « Les opérations canadiennes de maintien de la paix ne sont plus ce qu’elles étaient; en fait, elles ne l’ont jamais été35. » Selon lui, le Monument au maintien de la paix à Ottawa évoque l’image des soldats de la paix qui subsiste dans la mémoire collective : le soldat professionnel résolu séparant « des forces irrationnelles de destruction, un peu comme le ferait un arbitre costaud lors d’un combat de boxe entre deux poids coq. [...] [Cependant] le rêve de Suez, celui de soldats onusiens participant à une mission d’observation pacifique et dont la présence a évité un conflit, s’est brisé dans les années 1990 [...]. Entre la conception idéalisée du public et la réalité du maintien de la paix, il existe un écart important36. »
Malgré la réalité, certains groupes d’intérêts prônent le retour au maintien de la paix traditionnel. Stephen Staples, directeur du projet sur l’état de la sécurité commerciale de l’Institut Polaris et auteur du rapport Breaking Rank: A Citizens’ Review of Canada’s Military Spending, estime que les forces canadiennes devraient rejouer un rôle international positif en menant des missions non combattantes sous l’égide des Nations Unies : « Les soldats de la paix canadiens, légèrement armés et coiffés du casque bleu des Nations Unies ont marqué ces opérations dans le monde [...]. Ces soldats neutres ont travaillé avec deux parties jadis belligérantes afin de mettre un terme définitif au conflit37. » Il affirme également que les missions onusiennes de maintien de la paix sont désormais un mythe : « Ces missions menées sous le commandement de l’OTAN ou des États-Unis se sont faites au détriment des missions classiques de maintien de la paix des Nations Unies, si bien que, à la fin de 2001, seulement 219 soldats, soit moins de 6 % des Canadiens déployés, participaient à des missions de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies38. »
Jack Granatstein, un historien canadien, s’est livré à une joute éditoriale dans le National Post avec Alexa McDonough, critique des affaires étrangères pour le Nouveau Parti Démocratique. Il soutient que les missions de maintien de la paix des Nations Unies sont désormais extrêmement rares. Cependant, il parvient à une conclusion différente de celle de Staples, pour la raison suivante : « Les Nations Unies ont montré, lors d’une succession de missions, telles que la Somalie ou le Rwanda, que le maintien de la paix était un échec retentissant; le Conseil de sécurité a donc confié les tâches difficiles aux coalitions adéquates ou, comme pour Kaboul aujourd’hui, à l’OTAN. [...] Depuis la fin de la guerre froide, lorsque le Canada participe à des opérations de maintien de la paix, pour reprendre les termes de Madame McDonough, il s’agit en fait de maintien de la paix ou d’imposition de la paix, qui sont des synonymes pour désigner la guerre39. » Dans le même éditorial, Granatstein écrit que le commandant du groupe bataillon du Royal Canadian Regiment, qui a participé à la rotation zéro de l’opération Athéna en Afghanistan, est écœuré par l’utilisation abusive de maintien de la paix et lui attribue la déclaration suivante : « Mon Dieu! je déteste qu’on nous appelle soldats de la paix. Nous haïssons, nous abhorrons cette expression. D’un seul coup le maintien de la paix peut dégénérer en conflit généralisé40. »
Même si la perception du public évolue petit à petit, selon Carol Off, le déploiement en Afghanistan pourrait faire partie d’un processus de maturation qui obligera les Canadiens à se rendre compte que l’armée ne joue plus le même rôle qu’auparavant, et qui déterminera leurs attentes à l’égard de l’armée et du rôle du Canada dans le monde. Carol Off poursuit : « Si le public canadien se délecte de ce que font à ses yeux les soldats de la paix, nos forces armées qualifient rarement leurs activités de maintien de la paix; ils parlent d’“opérations autres que la guerre”. Dans quelle mesure le public comprend-il l’évolution du maintien de la paix? Serait-il en faveur de cette évolution? Le moment n’est-il pas venu d’en débattre41? »
Comment combler le fossé conceptuel
Étant donné que le budget de 2005 a été présenté le 23 février et que l’examen de la politique internationale est maintenant une réalité, le temps est venu de débattre du rôle international du Canada et de nous demander ce que nous attendons de notre armée et ce dont elle a besoin. Pourquoi est- il important de combler le fossé entre les idéaux de la population et la réalité des opérations? Tout d’abord, si les gens ne sont pas au courant des problèmes ou ne les comprennent pas, il est peu probable qu’ils s’en inquiéteront et encore moins qu’ils auront un avis éclairé. Ensuite, on peut s’interroger sur le soutien dont jouirait l’internationalisme canadien si le public avait une vision plus réaliste de la sécurité. Qui plus est, comme le ministère de la Défense et les Forces canadiennes sont des institutions publiques, ils sont largement tributaires du soutien de la population, surtout financièrement. Si celle-ci a des idées dépassées ou se méprend sur le rôle des forces armées sur notre territoire et dans le reste du monde, cela peut compromettre ce soutien. Ainsi, certains ne veulent pas une armée polyvalente et apte au combat parce que « les Canadiens sont simplement des soldats de la paix »; d’autres n’approuvent pas certaines opérations internationales parce que ce ne sont pas des « missions classiques de maintien de la paix ». Je vais à présent proposer quelques stratégies susceptibles de combler ce fossé conceptuel, notamment l’adoption d’un système de communication efficace, un débat public et des activités éducatives.
L’une des solutions miracles les plus populaires est de nature terminologique. Les Canadiens classent souvent les opérations outre-mer dans la catégorie « maintien de la paix », même s’il s’agit de combats, comme lors de la guerre du Kosovo, en 1999. Certains soldats abhorrent cette expression, d’autres débattent de sa définition et les universitaires détruisent les mythes. Le lexique des opérations comprend donc de nouveaux termes. Ainsi, sous la rubrique « opérations de paix », le rapport de la Commission d’enquête sur le déploiement des Forces canadiennes en Somalie décrit nombre d’opérations : maintien de la paix, diplomatie préventive, maintien de la paix classique, déploiement préventif, maintien de la paix de deuxième génération42. Afin d’éviter toute confusion, les porte-parole du ministère de la Défense et des forces canadiennes devraient toujours parler d’opérations de paix et de membres des forces canadiennes et non de maintien de la paix et de soldats de la paix.
Quelle que soit la terminologie, un débat centré sur la sémantique ne captera pas l’attention du public et ne lui fera pas mieux comprendre le nouveau contexte de sécurité. De plus, la terminologie traditionnelle est profondément ancrée chez les Canadiens et continuera d’être utilisée dans les discours publics et dans les médias comme « cadre » pour les opérations des forces canadiennes à l’étranger43. Pour combler le fossé entre les idéaux de la population et la réalité, il faut communiquer efficacement. Dans un article intitulé « What Works for the Military Can Work for Business (and Vice Versa) », le major Ron Sconyers, de l’armée de l’air américaine, écrit que la concurrence pour attirer l’attention du public est si rude et la durée d’attention, si courte qu’« il faut cibler la communication afin de capter l’imagination du public et l’informer rapidement mais clairement des problèmes complexes [...]. Notre travail ne consiste pas à intimider le public à coups de renseignements mais à le séduire44. »
Photo du MND IS2002-9012 par Jacek Szymanski,
DGAP/Caméra de combat J5AP
Le Monument canadien dédié au maintien de la paix, rue Sussex, à Ottawa, vu du sud, avec la basilique Notre-Dame à l’arrière plan.
Séduit-on le public en déclarant avec dédain que le maintien de la paix n’existe pas ou que nous ne sommes pas des soldats de la paix? Ces affirmations sont aussi trompeuses. Dire que le maintien de la paix sous sa forme classique est rare est peut-être une lapalissade, mais les missions ont toujours le même but : promouvoir la paix et la sécurité. Par conséquent, les communiqués du ministère de la Défense et des Forces canadiennes doivent refléter les valeurs fondamentales et les intérêts nationaux qui sous-tendent toujours les opérations de paix actuelles. Premièrement, selon le Centre Pearson pour le maintien de la paix, l’engagement du Canada à l’égard du maintien de la paix repose sur nos valeurs et nos nobles traditions de respect pour la vie humaine : « En tant que nation jouissant d’une paix et d’une sécurité relatives, les Canadiens pensent qu’ils ont le devoir moral d’aider les autres45. » Deuxièmement, les opérations internationales sont liées à nos intérêts en matière de sécurité. En intervenant, par exemple, lorsque des États sont en déroute ou défaillants, les forces éliminent des refuges et des sources de soutien pour les terroristes et gardent le territoire canadien à l’abri des menaces. Troisièmement, les opérations internationales sont liées à nos intérêts économiques : « Les nations en paix sont d’excellents partenaires commerciaux. Elles ne déstabilisent pas leurs voisins, n’ont pas de flux de réfugiés, ne dégradent pas l’environnement ou ne deviennent pas le refuge d’organisations criminelles46. » Enfin, les opérations de paix servent nos intérêts politiques, depuis la sécurité collective et le multilatéralisme jusqu’au renforcement de l’influence et de la position du Canada sur la scène internationale47. Si l’on explique la raison de l’opération en Afghanistan, les Canadiens comprendront que, bien que ce ne soit pas une mission classique de maintien de la paix, toute mesure visant à mettre fin au conflit et à rétablir la stabilité à l’étranger sert vraiment les intérêts du Canada et reste conforme à ses valeurs.
Photo du MDN KA2004-A053D par le caporal-chef Brian Walsh
Des enfants entourent le capitaine de frégate Lalitha Rupesinghe, un anesthésiste visitant l’école de filles Zainab Cobera, à Kaboul.
Dans un certain sens, le fossé conceptuel s’apparente à un problème de marque. Les valeurs et les intérêts fondamentaux de la « marque » des forces canadiennes subsistent, mais l’image évoquée est dépassée. Le ministère de la Défense et les Forces canadiennes doivent donc renforcer ces valeurs tout en s’ingéniant à faire comprendre au public ce que signifie aujourd’hui le maintien de la paix, au sens d’opérations de paix. À cet égard, il serait très utile d’établir une communication visuelle en se servant de supports multimédias par exemple, mais le meilleur moyen d’éclairer le public reste le « face-à-face ». Selon le consultant Fraser Likely, la tendance actuelle est d’utiliser des outils de communication électroniques, surtout les sites Internet. Cela peut enrichir les connaissances, mais n’améliore guère la compréhension. Likely remarque : « Si nous souhaitons simplement afficher des renseignements, la solution électronique est la meilleure. Si nous voulons changer les gens, leurs attitudes, leurs opinions ou leurs comportements, nous devons d’abord les aider à mieux comprendre48. » Il note ensuite que, pour comprendre, il faut pouvoir poser des questions, donner un avis, recevoir une rétroaction, débattre des concepts et entendre divers points de vue. L’opinion publique peut donc se former en fonction d’intérêts personnels ou d’évènements particuliers, mais son principal catalyseur est le débat public : « C’est seulement de cette façon que l’opinion commence à se cristalliser et que les sondeurs peuvent la mesurer49. »
Il s’agit d’une entreprise à long terme. Un autre moyen efficace de combler le fossé conceptuel consiste à se concentrer sur le système éducatif. Les opinions des futures générations d’électeurs et des façonneurs d’opinions se forment pendant leur scolarité. Les méthodes d’élaboration des programmes, telles que le matériel didactique, les ressources éducatives en ligne et les activités communicatives, peuvent aider les jeunes à mieux connaître et à apprécier le rôle du Canada dans le monde, notamment en ce qui concerne la contribution des forces armées. En informant bien les jeunes, nous planterons les proverbiales semences afin de mieux informer le public.
Selon la politique officielle, le ministère de la Défense et les Forces canadiennes sont responsables des affaires publiques. Par conséquent, tous les membres des forces ont un rôle à jouer dans le processus éducatif. Afin de stimuler le débat, les hauts responsables du Ministère et des Forces doivent, par l’entremise des médias et de ceux qui façonnent l’opinion publique, continuer de canaliser l’information sur les déploiements à l’étranger et les capacités que requiert désormais la sécurité. Ils doivent aussi saisir toutes les occasions d’expliquer directement aux Canadiens les raisons pour lesquelles les forces sont envoyées dans des endroits tels que l’Afghanistan. En même temps, tout militaire, qu’il soit caporal ou colonel, surtout s’il revient d’une mission, peut se rendre dans le centre communautaire de sa région, à l’école de ses enfants ou ailleurs pour « raconter son histoire ». Enfin, le ministère de la Défense et les Forces doivent également utiliser toutes sortes d’outils multimédias pour diffuser cette histoire et consolider le nouveau type d’opérations de soutien de la paix.
Conclusion
Les forces des Nations Unies envoyées en Égypte en 1956 pour apaiser les hostilités ont marqué un tournant dans le maintien de la paix : l’observation a fait place à des opérations à grande échelle. De même, l’ère de l’après-guerre froide a marqué le début d’une nouvelle orientation. Les dividendes de la paix si ardemment désirés ne se sont pas concrétisés, et, dans les années 1990, le Canada et ses alliés ont eu beaucoup de mal à s’adapter au nouvel ordre mondial. Cependant, le Canada a continué de tirer parti de son expertise en maintien de la paix afin de s’adapter à cette réalité et, à présent, il apporte des contributions remarquables à la sécurité et à la stabilité mondiales dans des régions telles que l’Afghanistan. Le monde actuel demeure périlleux et imprévisible et il est truffé de menaces nouvelles et changeantes, comme le terrorisme international, la prolifération des armes de destruction massive et les dangers que représentent les États en déroute ou défaillants. Il est vital que les Canadiens comprennent comment doit réagir leur pays s’il veut continuer d’être un chef de file dans la promotion de la paix et de la sécurité. Il faut notamment comprendre que, dans un avenir proche, pour prévenir les conflits, la présence passive de soldats de la paix des Nations Unies coiffés de casques bleus ne suffira pas.
Par ailleurs, qu’il s’agisse de l’Égypte des années 1950, de l’ex-Yougoslavie des années 1990 ou de l’Afghanistan d’aujourd’hui, même si les opérations semblent radicalement différentes, les « points » historiques sont toujours liés par les objectifs sous-jacents, à savoir apporter la paix et la sécurité à un peuple déchiré par la guerre et par les conflits et protéger les intérêts canadiens. Le 50e anniversaire de la première force de maintien de la paix et du Prix Nobel de la paix remis à Pearson approchant à grands pas et l’examen de la politique internationale du Canada étant en cours, le moment est bien choisi pour célébrer un important aspect de notre histoire et de notre patrimoine et pour amener le public à mieux comprendre l’évolution des opérations de maintien ou de soutien de la paix depuis leur genèse.
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Lane Anker, conseiller en communication auprès du sous-ministre adjoint des Affaires publiques, termine ses études de troisième cycle en sciences politiques à l’université Carleton, à Ottawa.
Notes
- Cette donnée provient d’un sondage réalisé par Ekos Research Associates Inc. du 9 au 12 juin 2003 auprès de 600 Canadiens. Voir Public Security Monitor 2003, 6e série, partie 1, juin 2003. Cette étude fournit des analyses systématiques de l’opinion des Canadiens au fil du temps. Chaque semaine, Ekos Research Associates Inc. a interrogé un échantillon aléatoire d’au moins 300 personnes.
- Pour l’historique des opérations de maintien de la paix des Nations Unies et les contributions du Canada, visitez l’adresse <www.dfait-maeci.gc.ca/peacekeeping/missions-fr.asp>.
- Commission d’enquête sur le déploiement des Forces canadiennes en Somalie, Un héritage déshonoré : les leçons de l’affaire somalienne, Ottawa, 1997. Cette déclaration est attribuée à Paul F. Diehl et a été tirée de International Peacekeeping, Johns Hopkins University Press, Baltimore, 1993, p. 6-7.
- Article tiré du site de la Fondation Nobel, à l’adresse <nobelprize.org/peace/laureates/1988/press.html>.
- Centre Pearson pour le maintien de la paix, Le Canada et les opérations de paix internationales : le Canada est-il toujours un défenseur du maintien de la paix?, avril 2003, p. 2. Le Centre a présenté ce rapport lors du dialogue sur la politique étrangère du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international. Les statistiques fournies dans ce rapport sont attribuées au Programme des Nations Unies pour le développement, Rapport mondial sur le développement humain 2002, chapitre premier : Situation et progrès du développement humain, New York, 2002, p. 16.
- Article rédigé par John English, intitulé « Canadian Peacekeeping is Not What It Used to Be », p. 7. Il s’agit de l’un des 14 articles écrits pour l’étude du Canadian Defence & Foreign Affairs Institute sur les possibilités en matière de politique étrangère, en prévision des examens des politiques étrangères et de défense. Le rapport final s’intitule In The National Interest: Canadian Foreign Policy in an Insecure World (Calgary, 2003).
- Le lieutenant général Roméo Dallaire a écrit le prologue du livre de Sean Maloney, Canada and UN Peacekeeping. Cold War by Other Means, 1945-1970, Vanwell Publishing Limited, St. Catharines, 2002, p. ix. [TCO]
- Voir la fiche d’information de l’Association canadienne pour les Nations Unies : L’ONU et le maintien de la paix à l’adresse <www.unac.org/fr/link_learn/fact_sheets/peacekeeping.asp>.
- Dallaire, op. cit., p. ix. [TCO]
- English, op. cit., p. 7-8. [TCO]
- Graham a participé à la conférence du 22 septembre 2004 au Royal Canadian Military Institute. Le Royal Canadian Military Institute, l’Institut canadien des études stratégiques et le Conseil Atlantique du Canada ont organisé une conférence sur le thème « Les opérations de maintien de la paix internationales efficaces : un nouveau monde. Quels rôles l’OTAN et le Canada sont-ils appelés à jouer? » [TCO]
- ibid. [TCO]
- Graham a prononcé un discours au Rotary Club de Toronto, le 21 janvier 2005. [TCO]
- Dennis L. Wilcox, Phillip H. Ault, Warren K. Agee et Glen T. Cameron, Public Relations: Strategies and Tactics, 5e édition, Addison-Wesley Educational Publishers, New York, 2003, p. 209.
- D’après l’enquête de référence annuelle du ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes, réalisée par Pollara Inc. en septembre 2002. Les résultats ont été repris dans le Plan stratégique de communication 2003-2004 du Ministère et des Forces canadiennes, mai 2003.
- Sondage Ipsos-Reid, Dominion Institute et Globe and Mail, réalisé entre le 10 et le 12 juin 2003 auprès d’un échantillon aléatoire de 1 055 adultes.
- GPC International, À l’écoute des Canadiens, 2003. Ce sondage, dirigé par Communication Canada (qui ne fait pas partie du Bureau du Conseil privé), mesure le point de vue des Canadiens sur les priorités en matière de politique publique et la réaction du gouvernement. Il a été réalisé entre le 12 septembre et le 9 octobre 2003. Les résultats se fondent sur plus de 6 300 entretiens et ont une marge d’erreur de ± 1,2 %. Toutes les données ont été pondérées pour refléter la démographie réelle du pays.
- Canadian Ipsos-Reid Express, Sondage du ministère de la Défense nationale, 2005. L’enquête a été menée entre le 8 et le 10 mars 2005 auprès de 964 personnes (1 000 personnes ont été sondées, mais la base inclut les personnes qui n’étaient pas employées par le ministère de la Défense nationale et les Forces canadiennes). À la question « Que savez-vous des opérations actuelles des forces canadiennes en Afghanistan? », 3 % ont répondu qu’ils étaient très bien informés; 30 %, moyennement informés; 55 %, très peu informés; 12 % pas du tout informés.
- Environics Research Group Limited, Focus Canada, 2002 et 2004. Les enquêtes se fondent sur les données du sondage d’opinion mené auprès d’échantillons aléatoires modifiés de 2 021 et de 2 020 adultes interrogés entre le 4 et le 24 mars 2002 et entre le 9 et le 28 juillet 2004, respectivement. Un échantillon strictement aléatoire de cette importance fournit une représentation exacte de la population et la marge d’erreur n’est que de 2 %, 19 fois sur 20. En 2002, trois Canadiens sur dix étaient d’avis que le maintien de la paix était la plus grande contribution du Canada au monde (un point de plus qu’en 2000); la deuxième contribution était l’aide extérieure (11 %, sept points de plus qu’en 2000). En 2004, le pourcentage de sondés citant le maintien de la paix a atteint 36 %, et le pourcentage ayant opté pour l’aide extérieure a également augmenté, passant de 11 % à 15 %.
- Environics Research Group Limited, Focus Canada, 2002 et 2004. En 2002, selon 88 % des sondés, le Canada devait tenir un rôle très important dans la promotion de la paix mondiale. En 2004, c’était toujours le rôle prioritaire pour 81 % des répondants.
- GPC International, À l’écoute des Canadiens, 2003.
- Une enquête réalisée en janvier 2002 par Environics Research Group Limited pour le Centre de recherche et d’information sur le Canada révèle que la proportion de personnes jugeant que le Canada devrait fournir une aide économique plus importante aux pays pauvres a augmenté de 10 points (passant de 29 % en mars 2001 à 39 % en janvier 2002). L’enquête a aussi démontré que le pourcentage de personnes estimant que le Canada devrait participer davantage aux missions de maintien de la paix a augmenté de 5 points (passant de 30 % en mars 2001 à 35 % en janvier 2002). Parallèlement, la proportion de personnes déclarant que le Canada devrait être aussi actif ou moins actif a chuté. Au total, seulement 12 % des répondants souhaitent que le Canada soit moins actif dans le maintien de la paix et seulement 10 % souhaitent qu’il soit moins actif dans les alliances militaires.
- Le sondage réalisé par Pollara Inc. pour l’Institut canadien des affaires internationales a été mené entre le 29 mars et le 4 avril 2004 auprès de 1 268 adultes. Les résultats sont jugés exacts avec une marge d’erreur de ± 2,7 %, 19 fois sur 20. Cinquante-cinq pour cent des répondants sont favorables à une augmentation du budget fédéral pour la lutte contre le terrorisme sur le territoire canadien et 54 % pensent qu’il faut augmenter le budget de la défense. Le sondage révèle un soutien massif aux déploiements des forces armées pour les missions de maintien de la paix, par exemple, en Haïti (79 %), en Bosnie (79 %) et en Afghanistan (77 %).
- Ekos Research Associates Inc., Public Security Monitor 2003, 6e série, partie 1, 2003. En réponse à la question « Êtes-vous pour ou contre la récente décision de renvoyer des troupes en Afghanistan? », le nombre de personnes qui se sont dites en faveur était de 55 % entre le 24 et le 27 février (30 % contre, 14 % sans opinion); 52 % entre le 3 et le 6 mars (31 % contre, 14 % sans opinion); 53 % entre le 7 et le 10 avril (18 % contre, 26 % sans opinion); et 43 % entre le 9 et le 12 juin (25 % contre, 30 % sans opinion).
- GPC International, À l’écoute des Canadiens, 2003. À la question « Dans quelle mesure approuvez-vous l’intervention du Canada en Afghanistan? », 57 % des personnes ont répondu qu’elles l’approuvaient, 25 % qu’elles l’approuvaient moyennement et 18 % qu’elles étaient contre.
- ibid.
- Environics Research Group Limited, Focus Canada, 2002 et 2004.
- Environics Research Group Limited, Focus Canada, 2002. Quarante-quatre pour cent des personnes sondées ont choisi le maintien de la paix, 4 % ont dit ne pas avoir d’opinion. [TCO]
- Environics Research Group Limited, Focus Canada, 2004. Trente-six pour cent des personnes sondées ont choisi le maintien de la paix.
- Ekos Research Associates Inc., Canadian Attitudes Toward the Canadian Forces, sondage réalisé entre le 9 et le 17 février 2005 auprès de 1 500 personnes. La question était « Les forces canadiennes doivent-elles assumer un rôle classique de maintien de la paix, qui consiste à tenter d’empêcher deux parties d’entrer en conflit? Ou doivent-elles tenter de rétablir la paix, ce qui pourrait les amener à combattre aux côtés des troupes des Nations Unies afin d’imposer la paix dans une zone en conflit? »
- Carol Off, Doing the Right Thing in An Age of Cynicism, Ross Ellis Memorial Lecture in Military and Strategic Studies, université de Calgary, le 1er mars 2002, p. 5.
- ibid., p. 15-16. [TCO]
- CBC TV, Canada Now, commentaires vidéo, le 28 janvier 2004. [TCO]
- ibid. [TCO]
- English, op. cit., p. 1. [TCO]
- ibid., p. 1 et p. 5. [TCO]
- Stephen Staples, Breaking Rank: A Citizens’ Review of Canada’s Military Spending, Institut Polaris, 2002, p. 2. [TCO]
- ibid. [TCO]
- Jack Granatstein a publié dans le National Post un éditorial sur le système de défense antimissile, « Layton joue la carte anti-yankee », le 27 janvier 2004. Madame Alexa McDonough a riposté dans un éditorial intitulé « Pour la défense de Jack », le 30 janvier, affirmant que le système de défense antimissile était « contraire à l’esprit canadien » parce qu’il s’opposait au « glorieux passé » du Canada en matière de maintien de la paix. Granatstein a répondu dans un article intitulé « Révisons notre “glorieux passé” », le 3 février. [TCO]
- ibid. L’auteur attribue cette citation au commandant du groupe bataillon du 3e Bataillon du Royal Canadian Regiment, lors de la rotation zéro de l’opération Athéna. [TCO]
- Carol Off, op. cit., p. 15-16. [TCO]
- Dans le rapport, l’expression opération classique de maintien de la paix désigne uniquement les opérations reposant sur le consentement des parties, l’impartialité et l’usage de la force en situation de légitime défense.
- Un cadre est une structure conceptuelle en fonction de laquelle on perçoit la réalité. Les opérations des forces canadiennes à l’étranger sont souvent associées au maintien de la paix. Cependant, cette conception reflète rarement la réalité des opérations de paix actuelles.
- Ron Sconyers, What Works for the Military Can Work for Business (and Vice Versa), Communication World, avril-mai 1998. [TCO]
- Centre Pearson pour le maintien de la paix, op. cit., p. 4. [TCO]
- ibid., p. i. [TCO]
- ibid. Comme l’ont récemment soutenu plusieurs autres experts, auteurs et institutions, selon le Centre Pearson pour le maintien de la paix, il y a un écart de plus en plus grand entre les objectifs de politique étrangère du Canada (et son discours) et les capacités financières et opérationnelles nécessaires à leur réalisation. Un tel état de fait a terni la réputation du Canada en ce qui concerne le maintien de la paix et a de plus en plus réduit ou marginalisé son influence et sa position sur la scène politique internationale. « Cela survient juste au moment où la dynamique de la paix subit de profonds changements qui ont des répercussions sur les intérêts vitaux du Canada [...]. L’aptitude du Canada à influencer les événements internationaux sera proportionnelle aux ressources politiques, financières et humaines qu’il est prêt à investir », p. 5. [TCO]
- Fraser Likely, The Latest Trends in Public Affairs, notes d’allocution de l’auteur lors de la Conférence 2004 des Affaires publiques du ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes, Ottawa, le 28 avril 2004. [TCO]
- Wilcox et al, op. cit., p. 210. [TCO]
Photo du MDN KA2005-R105-0013d par le caporal Dan Shouinard
Bien qu’ils soient totalement épuisés, les membres des forces canadiennes de Roto 2, à Kaboul, ont encore deux étapes à parcourir avant d’arriver au camp Mirage, en Asie du sud-est, d’où ils ’envoleront pour le Canada.


