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Gens d’ailleurs

Pentagone

Photo de Hank Shiffman

Le Pentagone et son voisinage. 

Le plan de commandement unifié des États-Unis

par le lieutenant-colonel Marcus Fielding, des forces terrestres australiennes

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« Il est indispensable que la population soit pleinement avisée si l’on attend d’elle qu’elle allie les énormes composantes industrielles et militaires de notre infrastructure de défense à nos principes et objectifs de paix pour garantir à la fois notre sécurité et notre liberté. »

– Dwight D. Eisenhower, président des États-Unis, 1960

Introduction

Les États-Unis sont le seul pays dont les opérations militaires à l’échelle planétaire relèvent de cinq commandements géographiquement distincts. Trois de ces commandements géographiques couvrent les régions situées respectivement à l’est, à l’ouest et au sud du territoire des États-Unis. Le quatrième commandement géographique est responsable de tout le continent nord-américain aux fins de défense du territoire et d’appui à la population civile. Le cinquième comprend la région de l’Asie du Sud-Ouest, riche en ressources énergétiques.

Le commandement responsable du continent nord-américain mis à part, les quatre autres commandements géographiques comptent actuellement près de 450 000 soldats, marins, aviateurs et marines, sur place ou en affectation – soit plus de 30 p. 100 de l’effectif total en service actif des forces armées américaines1. Un tel agencement représente pour le potentiel militaire américain une présence « avancée » considérable dans le monde entier2. Le plan de commandement unifié, qui porte la signature du président des États-Unis, est un document stratégique central qui proclame cette présence et la sanctionne. Les dispositions de commandement énoncées dans le plan sont donc d’une importance capitale. S’il ne compte que 17 pages, c’est néanmoins un document que l’on se doit de connaître et de comprendre, en raison surtout de la fréquence des opérations que conduisent les puissances alliées en coalition avec les États-Unis.

Pourtant, au sein des cercles militaires de la coalition, peu connaissent le plan de commandement unifié et en saisissent le sens en ce qui a trait à l’alliance des forces de la coalition aux forces armées américaines. Étant donné cette carence dans la compréhension collective de ce plan déterminant des États-Unis, nous tenterons ici d’en faire un survol, en retraçant sa genèse et son évolution, et d’examiner les termes de son application dans chaque commandement géographique. Nous nous intéresserons ensuite aux commandements géographiques dans le contexte général de la politique étrangère américaine.

L’évolution du plan de commandement unifié

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les forces armées américaines se retrouvant dispersées aux quatre coins du globe, il est alors devenu essentiel d’harmoniser les activités de tous les services. Le Pentagone s’est donc vu dans l’obligation de redéfinir le périmètre de ses théâtres d’opérations et de remanier leur commandement, surtout en Europe et dans le Pacifique Ouest. En 1946, les chefs d’état-major combinés ont rédigé la première version du plan de commandement unifié3. Ils y définissaient sept commandements unifiés et leurs territoires respectifs4. Deux de ces commandements étaient responsables des forces d’occupation (soit le commandement d’Europe et le commandement d’Extrême-Orient, au Japon), mais les autres laissaient présager de l’importance qui serait bientôt accordée à la défense et à la protection des États-Unis contre la puissance croissante de l’Union soviétique5.

Par la suite, à mesure que la situation évoluait, il devenait nécessaire de réviser le plan de commandement unifié. C’est ainsi que, depuis 1946, 20 versions du plan se sont succédé. Au fil de ces révisions, les sept commandements unifiés, dont les territoires respectifs étaient relativement limités, se sont refondus en cinq commandements, désormais contigus et couvrant l’ensemble de la planète6.

De nombreuses circonstances historiques et géostratégiques ont naturellement influencé l’évolution du plan de commandement unifié, mais c’est seulement depuis l’adoption de la loi Goldwater-Nichols de 1986, qui a instauré la réorganisation du département de la Défense des États-Unis, que le plan obéit clairement aux documents de politique supérieure, parmi lesquels la stratégie de sécurité nationale, la stratégie de défense nationale, la stratégie militaire nationale et le plan combiné des possibilités stratégiques7.

Aujourd’hui, le plan de commandement unifié s’insère dans une pile toujours plus haute de documents de politique stratégique, mais on aurait tort de sous-estimer sa signification profonde, car il représente toujours les « moyens » par lesquels le département de la Défense des États-Unis entend arriver à ses « fins » stratégiques nationales. En dehors des documents de politique officiels, les courants internes au sein du Département ont également influencé l’évolution du plan. Par exemple, la concurrence interservices, le degré d’autorité accordé aux commandants de combat, les débats opposant l’organisation géographique à l’organisation fonctionnelle et les préoccupations relatives à la concentration des forces dans un nombre limité de commandements sont autant de questions qui ont influencé l’évolution du plan de commandement unifié.

Écusson du USEUCOM

La configuration actuelle des commandements unifiés

Tous les facteurs précédents ont eu un effet déterminant sur l’actuel plan de commandement unifié, qui a reçu la signature du président américain le 1er mars 2005 et qui reconnaît les cinq commandements géographiques suivants :

  • le commandement des États-Unis dans le Nord (NORTHCOM);

  • le commandement des États-Unis dans le Sud (SOUTHCOM);

  • le commandement des États-Unis en Europe (EUCOM);

  • le commandement central des États-Unis (CENTCOM);

  • le commandement des États-Unis dans le Pacifique (PACOM)8.

À l’échelle mondiale, la zone de responsabilité de chacun des cinq commandements géographiques atteste de la présence actuelle des forces armées américaines aux quatre coins du globe. Or, cette présence est un facteur déterminant dans le choix de l’emplacement et la nature de tout déploiement d’une force de coalition et, souvent aussi, dans son mode d’opération. Dans les 50 dernières années, les États-Unis ont stationné ou déployé en moyenne plus de 20 p. 100 de leurs forces en service actif en territoire étranger. De fait, en 2004, les forces militaires des États-Unis étaient présentes dans plus de 140 pays9, 10.

Écusson du USJFCOM

En plus des commandements géographiques, depuis le milieu des années 1980, le plan de commandement unifié a progressivement établi des commandements « fonctionnels » pour appuyer les commandements géographiques en organisant les ressources de sorte que leur gestion soit centralisée, plus efficace et plus économique. Dans le plan de 2002, il est question des commandements fonctionnels suivants :

  • le commandement du transport des États-Unis (TRANSCOM) assure le transport tactique aérien, terrestre et maritime;

  • le commandement des opérations spéciales des États-Unis (SOCOM) dirige les forces actives et les forces de réserve chargées des opérations spéciales, les forces chargées des opérations psychologiques de l’armée de terre et les forces responsables des affaires civiles. Le SOCOM a également été désigné pour agir en tant que commandement appuyé dans le cadre de la guerre contre le terrorisme à l’échelle internationale11;

  • le commandement stratégique des États-Unis (STRATCOM) assume les responsabilités de centre de commandement et de contrôle des forces stratégiques américaines; il dirige aussi les opérations spatiales militaires, les réseaux informatiques, les opérations liées à l’information, l’alerte stratégique, l’évaluation du renseignement et la planification stratégique à l’échelle internationale;

  • le commandement de la force interarmées (JFCOM) coordonne les activités de transformation, l’expérimentation, l’instruction interarmées, l’interopérabilité et la constitution des forces12.
Écusson du USSOUTHCOM

Les responsabilités suivantes sont confiées aux commandants de combat :

  • les mesures de dissuasion contre les attaques visant les États-Unis, ses territoires, ses possessions et ses bases et l’application de la force nécessaire en cas d’échec de ces mesures;

  • l’exécution des missions et des tâches qui leur sont assignées;

  • l’assignation de tâches aux commandements subordonnés et la coordination afin d’assurer l’harmonie dans l’exécution des missions;

  • la planification et l’exécution des opérations militaires suivant les ordres du président ou du secrétaire à la Défense dans la poursuite de la stratégie militaire nationale;

  • le maintien de la sécurité du commandement et la protection des forces, notamment les commandements, les effectifs et les ressources affectés ou hébergés.
Écusson du USSOCOM

À l’intérieur de sa zone de responsabilité, le commandant d’un secteur géographique est également chargé d’autres tâches, parmi lesquelles :

  • la planification et, le cas échéant, l’évacuation et la protection des ressortissants américains et d’autres personnes désignées ainsi que l’adaptation du plan d’urgence applicable à sa zone de responsabilité;

  • la fourniture de moyens militaires aux organismes nationaux et internationaux, sauf en cas de directives contraires du secrétaire à la Défense;

  • les fonctions d’un point de contact unique pour toute activité militaire à l’intérieur de sa zone de responsabilité;

  • l’évaluation militaire des programmes d’assistance en matière de sécurité;

  • la coordination des dossiers d’assistance en matière de sécurité auprès des chefs de mission diplomatique américains concernés;

  • la prise en charge des services de consultation, de planification et d’exécution à l’intérieur du secteur d’assistance assigné en matière de sécurité;

  • la prise en charge, le cas échéant, du commandement de combat dans l’ensemble de la zone de responsabilité ou suivant les directives du secrétaire à la Défense;

  • le commandement des forces américaines engagées dans toute opération de soutien de la paix ou d’aide humanitaire à l’intérieur de la zone de responsabilité, par ordre du secrétaire à la Défense;

  • les fonctions d’un point de contact unique à l’intérieur de la zone de responsabilité afin d’aider le département de la Défense des États-Unis à mener la lutte contre la prolifération d’armes de destruction massive;

  • la protection des forces à l’intérieur de sa zone de responsabilité;

  • la planification et l’exécution des activités de collaboration en matière de sécurité militaire à l’intérieur de la zone de responsabilité assignée13.

Les responsabilités confiées aux commandants des secteurs géographiques sont vastes et exigent souvent la participation des échelons supérieurs. Il n’est donc pas surprenant que ces commandants relèvent directement du secrétaire à la Défense et du président. Ils doivent comparaître chaque année devant l’assemblée nationale et devant le comité sénatorial des services armés pour défendre leur prise de position14. Le chef de l’état-major interarmées doit par ailleurs se livrer à un examen biennal du plan de commandement unifié afin d’examiner les missions, les responsabilités (notamment les périmètres géographiques) et la structure des forces de chaque commandement unifié.

L’application du plan au sein des commandements géographiques

Fort de l’autorité que lui confère le plan de commandement unifié, le commandant d’un secteur géographique définira la stratégie opérationnelle qui convient à sa zone de responsabilité sur la base d’une vaste gamme de documents qui appuient la politique stratégique américaine ainsi que sur de nombreux autres facteurs. Ce processus tiendra compte d’autres instruments relevant du pouvoir national des États-Unis, tout particulièrement sur le plan de la diplomatie et sur le plan économique. Afin d’assurer la réussite du processus, chaque commandement géographique a accès à un conseiller en matière de politique étrangère, qui lui est affecté par le secrétaire d’État américain pour l’aider à harmoniser sa stratégie sectorielle avec la politique étrangère des États-Unis. Les stratégies issues du processus sont classifiées, quoique certains de leurs aspects soient rendus publics15. En général, la stratégie opérationnelle du commandant d’un secteur géographique s’appliquera à la gestion des ressources militaires américaines qui lui sont affectées ainsi qu’à tout « engagement » auprès d’autres pays évoluant dans sa zone de responsabilité16.

Un tel engagement vise à établir de meilleurs rapports afin de resserrer la sécurité grâce à l’instauration d’un climat de confiance et de collaboration soutenue17. Le département de la Défense des États-Unis emploie le terme coopération en matière de sécurité pour décrire l’engagement du commandement géographique à l’égard des forces armées étrangères. Le terme englobe une série d’activités menées avec des militaires étrangers dans le but : (1) d’améliorer l’échange d’information et le renseignement afin de se mettre d’accord sur l’évaluation de la menace; (2) de forger des rapports de défense qui favorisent les intérêts particuliers des États-Unis en matière de sécurité; (3) de réunir les capacités militaires alliées et amies aux fins d’opérations d’autodéfense et multinationales; (4) d’assurer aux forces américaines l’accès, en situation d’urgence comme en temps de paix, à un pays hôte18.

Dans le cadre de la coopération en matière de sécurité, les commandements géographiques élaborent des plans en synchronisant une grande variété d’activités, parmi lesquelles :

  • la conduite de l’entraînement, des exercices, des programmes d’éducation et des essais parmi les forces interalliées;

  • les conférences, les séminaires et les visites;

  • l’aide humanitaire;

  • le soutien des centres d’études sur la sécurité de deux des commandements géographiques19.

En outre, les États-Unis offrent un groupe de programmes d’assistance à la sécurité dans le cadre desquels ils fournissent des articles de défense, l’instruction militaire et d’autres services relatifs à la défense par l’entremise de subventions, de prêts, de crédits ou de ventes au comptant, à l’appui de leurs politiques et de leurs objectifs nationaux20. La majorité des missions diplomatiques américaines comprennent une équipe de la Défense chargée de l’assistance à la sécurité. Cette équipe dirige le programme et relève à la fois de l’ambassadeur des États-Unis et du commandant du secteur géographique21.

En résumé, les commandants géographiques s’appuient sur l’autorité que leur confère le plan de commandement unifié imposé par le gouvernement pour élaborer leur plan stratégique et un plan sectoriel de collaboration en matière de sécurité. Les deux plans fournissent une orientation aux diverses activités que les commandements géographiques entreprennent au quotidien dans la poursuite des buts stratégiques des États-Unis, à savoir maintenir des relations de paix et de coopération avec les autres nations.

Les commandements géographiques dans le contexte général des relations étrangères des États-Unis

En élaborant les activités et les plans de coopération en matière de sécurité dans leur secteur, les commandements géographiques doivent tenir compte du rôle que le potentiel militaire américain joue dans le contexte général de la politique étrangère des États-Unis. Le pouvoir américain découle de sources multiples, mais, dans son application pratique, il s’exprime par divers instruments diplomatiques, économiques et militaires. Le département d’État et ses nombreuses missions diplomatiques aux quatre coins du globe constituent le principal véhicule au moyen duquel les États-Unis entretiennent des relations avec les autres pays.

Compte tenu du rôle du département d’État, les commandants des secteurs géographiques doivent, en vertu du plan de commandement unifié, harmoniser leurs activités avec celles des chefs de missions diplomatiques américaines situées dans leur zone de responsabilité. Cependant, quand on considère l’immensité de la zone de responsabilité de chacun des cinq commandements géographiques, cette coordination est une tâche prodigieuse. Par exemple, la zone de responsabilité du PACOM couvre un total de 43 pays étrangers, dont 37 hébergent une mission diplomatique accréditée ou une ambassade des États-Unis.

Un autre facteur qui complique les efforts de coordination des commandements géographiques auprès de chaque mission diplomatique est le fait que leurs zones de responsabilité ne correspondent pas aux régions géographiques établies par le département d’État ni à celles du Conseil national de sécurité22. Ces différents périmètres géographiques, et les structures organisationnelles qui en découlent, posent de sérieuses difficultés aux commandements géographiques dans l’exécution de leur mandat vaste et complexe23. C’est justement ces limites organisationnelles et autres démarcations – comme les frontières nationales – que des entités constituant une menace transnationale, telles qu’Al-Qaïda, exploiteront parfois pour se dissimuler24. Pour les partenaires d’une coalition devant collaborer avec des organisations aussi vastes que complexes, il est essentiel de saisir toute l’importance des différences qui existent entre elles.

En fait, la coordination régionale entre le département d’État et les commandements géographiques se complique davantage quand on inclut les innombrables participants des autres secteurs du gouvernement américain. Selon les estimations du département d’État, plus de 30 organismes du gouvernement des États-Unis œuvrent ailleurs dans le monde. Ces organismes résident au sein des missions diplomatiques américaines, mais leur coordination dépend, en grande partie, des liens non officiels qu’entretiennent leurs membres. Les risques de conflit existent même à l’intérieur du département d’État; c’est pourquoi de grands efforts de coordination s’imposent. Par exemple, presque toutes les missions diplomatiques américaines ont un attaché militaire désigné qui relève, non pas du commandement géographique, mais des services de renseignement de la Défense. Bien que l’attaché militaire et le commandement géographique assurent un certain degré de liaison et de coordination, ils n’entretiennent aucun rapport officiel. L’attaché militaire ne peut donc pas représenter le commandant du secteur géographique auprès de la mission diplomatique25. C’est une distinction que doivent pouvoir faire les planificateurs de la coalition désireux de collaborer avec les commandements géographiques ou les attachés militaires.

Étant donné les difficultés que font naître des agencements aussi complexes, certains estiment que, compte tenu de sa structure organisationnelle, le département de la Défense est le mieux placé pour traiter des questions de sécurité transnationale et multilatérale et que les commandements géographiques devraient plutôt se transformer en commandements interservices régionaux26. D’ailleurs, le département de la Défense des États-Unis procède déjà à la mise en place de groupes de coordination interservices dans chaque commandement géographique27. Même si la gestion des relations interdépartementales et interservices présente de grandes difficultés, le plan de commandement unifié et la structure des commandements géographiques ne sont probablement pas près de disparaître du schéma organisationnel du département de la Défense. Les pays qui envisagent de participer à une coalition se doivent d’examiner ces questions de près pour pouvoir collaborer efficacement avec leurs alliés américains dans un environnement interservices.

Conclusion

Depuis près de six décennies, le département de la Défense des États-Unis structure la répartition et le commandement des forces dans le monde entier en fonction du plan de commandement unifié. C’est aussi ce document qui sanctionne les « moyens » par lesquels le Département poursuit les « fins » de la stratégie nationale des États-Unis. En raison de la fréquence des opérations interarmées, multinationales et interservices que les commandements géographiques entreprennent, il est essentiel que les alliés des États-Unis et les pays envisageant de se joindre à une coalition sous leur égide comprennent mieux l’organisation des commandements géographiques et connaissent leur propre place dans le contexte général des relations étrangères américaines. Plus les États-Unis recherchent la participation d’autres pays pour traiter les multiples dossiers relatifs à la sécurité et à la guerre contre le terrorisme dans le monde entier, plus les pays soucieux de collaborer avec les organismes du gouvernement américain devront s’efforcer de mieux comprendre la structure de ses organismes et départements et les relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Cela signifie que, avant de s’engager dans une coalition, les pays candidats doivent bien connaître le fonctionnement des commandements géographiques et le document de leur genèse, source même de leur autorité, c’est-à-dire le plan de commandement unifié.

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Le lieutenant-colonel Marcus Fielding est officier du génie militaire et a participé à de nombreux déploiements opérationnels. Il est actuellement en détachement au collège du commandement et de l’état-major général de l’armée américaine, à Fort Leavenworth (Kansas), à titre d’instructeur dans le cadre d’un programme d’échange avec l’Australie. Il enseigne des sujets d’ordre stratégique et opérationnel, notamment les opérations interarmées, les opérations multinationales et les opérations interservices.

Notes

  1. Ce total comprend les quelque 170 000 soldats, marins, aviateurs et marines affectés à l’opération Iraqi Freedom, d’après les données fournies par la direction des opérations de renseignement et des rapports, qui relève du département de la Défense des États-Unis <http://www.dior.whs.mil>.
  2. Pour une analyse historique de la présence des troupes américaines dans le monde entier de 1950 à 2000, voir Tim Kane, Global U.S. Troop Deployment, 1950-2003, le 27 octobre 2004, [en ligne]. <http://www.heritage.org/Research/NationalSecurity/cda04-11.cfm>
  3. La première version du plan de commandement unifié s’intitulait Outline Command Plan.
  4. Un commandement de combat unifié est un commandement militaire responsable de l’exécution des missions courantes de grande envergure. Il se compose de forces tirées d’au moins deux secteurs militaires.
  5. Il s’agissait des commandements pour l’Europe, le Pacifique, l’Extrême-Orient, l’Atlantique, les Antilles, l’Alaska et le Nord-Est. Voir Ronald H. Cole, Walter S. Poole, et collaborateurs., The History of the Unified Command Plan 1946-1993, Washington, bureau d’histoire interarmes, présidence des chefs d’état-major, 1995, p. 11-13.
  6. En général, on en attribue l’évolution et l’élargissement aux neuf facteurs suivants :
    • les efforts visant à contenir la propagation du communisme;
    • le point de vue selon lequel on ne devait négliger aucune forme d’influence après la défaite de l’Union soviétique, qui était la source idéologique de toute emprise communiste;
    • les réactions à tout événement important dans le monde entier;
    • la diversification des menaces à la sécurité nationale, telles qu’elles étaient perçues;
    • les conséquences de la mondialisation et les efforts visant à contrer les menaces transnationales, telles que le trafic des stupéfiants et le piratage;
    • la réduction graduelle de l’effectif des forces armées américaines, surtout après 1975;
    • l’amplification des capacités permettant de projeter une force stratégique grâce aux progrès de la technologie;
    • l’importance d’assurer l’accès aux ressources énergétiques, en particulier en Asie du Sud-Ouest;
    • la multiplication des moyens par lesquels les acteurs non étatiques peuvent recourir à la force dans la poursuite de leurs objectifs et le redoublement des efforts pour lutter contre le terrorisme à l’échelle planétaire.
  7. La première stratégie de sécurité nationale a été publiée en 1987 et la version la plus récente date de 2002. Le secrétaire à la Défense a signé la première stratégie de défense nationale le 1er mars 2005. Par ailleurs, la première stratégie militaire nationale a été publiée en 1992 et la version la plus récente a été approuvée en 2004, quoiqu’elle n’ait pas encore été publiée. Le plan combiné des possibilités stratégiques est un document confidentiel conçu pour orienter les commandants et les chefs de service dans l’élaboration des plans d’exécution de leurs tâches et de leurs missions, selon les capacités militaires en place.
  8. Le commandement des États-Unis dans le Nord a été établi en 2002. Le commandement des États-Unis dans le Sud a, quant à lui, été créé en 1948, mais il était connu à l’origine sous le nom de « commandement des Antilles ». Le commandement en Europe date de 1952. Le commandement central a vu le jour en 1983, quoiqu’il ait exercé ses fonctions originales dans le cadre du commandement des forces navales pour l’Atlantique Est et la Méditerranée, mis en place en 1952. Le commandement des opérations offensives, le commandement de disponibilité opérationnelle et la force interarmées de déploiement rapide ont été créés respectivement en 1962, en 1972 et en 1980. Le commandement dans le Pacifique a vu le jour en 1947 et a absorbé le commandement de l’Extrême-Orient, en 1957. Chaque commandement géographique a conçu un site Web, qui peut être consulté à l’adresse <http://www.defenselink.mil>.
  9. Kane, op. cit.
  10. D’après les données fournies par la direction des opérations de renseignement et des rapports, qui relève du département de la Défense des États-Unis <http://www.dior.whs.mil>.
  11. Voir l’article à l’adresse <http://usinfo.state.gov>.
  12. Le commandement du transport a été mis sur pied en 1986, tandis que le commandement des opérations spéciales a été créé en 1987. Le commandement stratégique a vu le jour en 1992, quoiqu’il ait exercé ses fonctions originales dans le cadre du commandement stratégique aérien, établi en 1946. Le commandement de l’Alaska, le commandement continental de défense aérienne et le commandement nord-américain de défense aérienne ont été créés respectivement en 1947, en 1954 et en 1957. C’est en 1975 que l’on a constitué le commandement de défense aérospatiale et, en 1985, ce fut le tour du commandement spatial. Le commandement de la force interarmées a été établi en 1999, mais il prend ses origines dans le commandement de l’Atlantique, créé en 1947, après avoir absorbé le commandement du Nord-Est, lui-même établi en 1956. Enfin, le commandement de l’Amérique a été constitué en 1993. Chacun de ces commandements actifs a conçu un site Web, qui peut être consulté à l’adresse <http://www.defenselink.mil>.
  13. Président des États-Unis, Unified Command Plan, March 1, 2005, Maison Blanche, Washington.
  14. La majorité de ces témoignages peuvent être consultés à l’adresse <http://armed-services.senate.gov>. Le témoignage du commandant en Europe, formulé le 1er mars 2005, peut être lu à l’adresse <http://armed-services.senate.gov/statemnt/
    2005/March/Jones%2003-01-05.pdf
    >. Le témoignage du commandant du Pacifique, fourni en 2004 devant le comité sénatorial des services armés, se trouve à l’adresse <http://www.pacom.mil/speeches/sst2004/040923senate.shtml>.
  15. Presque tous les cinq commandements géographiques ont publié une version intégrale ou partielle de leur stratégie régionale. Le texte de la stratégie sectorielle du commandement central est publié à l’adresse <http://www.centcom.mil>; la stratégie régionale du commandement du Pacifique, qualifiée de « concept stratégique », se trouve à l’adresse <http://www.pacom.mil/about/pacom.shtml>; la stratégie régionale du commandement en Europe peut être lue à l’adresse <http://www.eucom.mil/Command/Strategy/strategy.htm&2>; enfin, on peut consulter la stratégie sectorielle du commandement dans le Sud à l’adresse <http://www.southcom.mil/home>.
  16. Selon certains pontes, un engagement militaire est « une occasion de leur montrer son arsenal et, ensuite, de leur offrir des bonbons ».
  17. Le texte intégral sur la planification des engagements sectoriels des commandements géographiques, en date du 31 mai 2000, se trouve à l’adresse <http://www.dtic.mil/cjcs_directives/cdata/unlimit/m311301.pdf>.
  18. La définition officielle de la coopération en matière de sécurité se lit comme suit : « toute interaction du département de la Défense des États-Unis avec des organismes de défense étrangers en vue de forger des relations à l’appui des intérêts de sécurité précis des États-Unis, d’acquérir des capacités militaires alliées et amies pour des opérations d’autodéfense et multinationales et d’assurer aux forces américaines l’accès, en situation d’urgence comme en temps de paix, à un pays hôte ». Département de la Défense des États-Unis, Joint Publication 1-02, DOD Dictionary of Military and Associated Terms, [en ligne]. <http://www.dtic.mil/doctrine/jel/doddict/index.html>
  19. Le commandement en Europe gère le centre Marshall d’Oberammergau (Allemagne), tandis que le commandement du Pacifique assure le bon fonctionnement du centre d’études sur la sécurité pour l’Asie et le Pacifique, à Honolulu (Hawaï).
  20. Département de la Défense des États-Unis, op. cit.
  21. Les programmes d’aide en matière de sécurité dont le département de la Défense des États-Unis assure la gestion comprennent : les services militaires de vente et de construction à l’étranger (de 10 à 12 milliards de dollars américains par an); le programme de financement militaire (environ 4 ou 5 milliards de dollars américains par an, la majeure partie étant destinée à Israël et à l’Égypte); les articles de défense en location; les articles de défense excédentaires; l’instruction et l’entraînement militaires internationaux (environ 90 millions de dollars américains par an); le désavantage dirigé. Parmi les autres programmes, notons : le fonds de soutien économique (environ 2 milliards de dollars américains par an); les opérations de maintien de la paix (environ 90 millions de dollars américains par an); le contrôle international des stupéfiants et l’exécution des lois, les programmes de non-prolifération, d’antiterrorisme, de déminage et autres (environ 350 millions de dollars américains par an); les ventes en exportation commerciale autorisées en vertu de la loi gouvernant l’exportation des armes. (Defense Security Cooperation Agency, Security Assistance Management Manual, département de la Défense des États-Unis, dossier 5105.38-M, le 3 octobre 2003, [en ligne]. http://www.dsca.mil
  22. On peut voir la description des régions du département d’État américain à l’adresse http://www.state.gov/countries. C’est aussi sur ces régions géographiques que repose l’organisation des comités de politique de coordination régionale du Conseil national de sécurité des États-Unis.
  23. On notera surtout les limites régionales du département d’État comparativement à celles qui gouvernent les zones de responsabilité du commandant de secteur géographique entre Israël et les pays arabes ainsi qu’entre l’Inde et le Pakistan. Bien que ces démarcations compliquent la coordination entre les départements d’État et de la Défense, elles semblent avoir été conçues à dessein pour apporter une certaine souplesse dans l’application du plan de commandement unifié. Si un conflit grave devait éclater dans l’une de ces deux régions instables, il suffirait alors d’un léger ajustement de la limite des zones de responsabilité pour incorporer les pays concernés dans la zone de responsabilité du commandement central, dans celle du commandement en Europe ou encore dans celle du Pacifique, selon la capacité de chaque commandement de prendre le conflit en charge à ce moment précis. On trouve une allusion à ce fondement dans D. Priest, The Mission: Waging War and Keeping Peace with America’s Military, New York, W. W. Norton, 2003, p. 73. Une autre structure reposerait sur un alignement politique, militaire et culturel d’Israël et de l’Europe. Voir http://www.defenselink.mil/specials/unifiedcommand/change.html.
  24. Les compétences géographiques et juridiques ont été délimitées entre ces deux États, et une multitude de démarcations organisationnelles ont été créées à l’intérieur de chacun. On pourrait soutenir que l’intention de la coalition alliée pour contrer les menaces à la sécurité transnationale consiste principalement à surmonter ces démarcations et à les transcender. Les criminels transnationaux et les terroristes, étant capables de tirer parti des conséquences de la mondialisation, jouissent d’un certain avantage organisationnel et fonctionnel.
  25. Dans certains pays étrangers, un représentant de la défense des États-Unis a été mis en place, au même rang qu’un attaché militaire. C’est le cas notamment du Japon, où le commandant des forces américaines dans ce pays agit aussi en tant que représentant du département de la Défense.
  26. Voir, par exemple, J. Carafano, Missions, Responsibilities, and Geography: Rethinking How the Pentagon Commands the World, le 26 août 2004, [en ligne]. http://www.heritage.org/Research/NationalSecurity/bg1792.cfm
  27. Voir http://www.jfcom.mil ou http://www.ndu.edu.

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