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Histoire militaire

Artilleurs canadiens dans la boue, Passchendaele, 1917, par le lieutenant Alfred Bastien, collection du Musée canadien de la guerre

Musée canadien de la guerre MCG8095

Artilleurs canadiens dans la boue, Passchendaele 1917, par Alfred Bastien.

Passchendaele : L’autre crête de Vimy des Canadiens

par Norman S. Leach

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« Je suis mort en enfer (on l’appelait Passchendaele); ma blessure était légère et je revenais en boitant; puis un obus a éclaté sur les caillebotis; je suis tombé dans la boue sans fond et les ténèbres m’ont englouti. »

– Siegfried Sassoon

Introduction

« Nous étions enfin sous le feu ennemi, et je savais que nous n’avions plus à porter tout ce poids encore bien longtemps. Nous étions tout trempés par la pluie et par la sueur des efforts que nous avions déployés pour passer à travers toute cette boue gluante. Quand nous nous sommes arrêtés, nous avons convergé vers le cratère d’obus le plus proche pour nous y blottir ensemble sous un tapis de sol, dans l’espoir d’y trouver un peu de confort à l’abri de la pluie. Nous croyions en partie que cette toile nous protégerait aussi de la pluie d’obus. Je grelottais aux côtés de Stephens, un garçon silencieux, gentil et raffiné dont c’était le baptême du feu en première ligne. Nous nous serrions l’un contre l’autre dans ce trou quand un gros bruit de chute assourdi a retenti derrière nous, mais, grâce à Dieu, l’obus n’avait pas explosé. Le pilonnage s’intensifiant, nous avons décidé qu’il valait mieux bouger de là et, reprenant notre fardeau, nous avons poursuivi notre progression dans la boue. Dans le vacarme des obus qui éclataient, j’ai appelé Stephens et, n’obtenant aucune réponse, j’ai tout simplement pensé qu’il ne m’avait pas entendu. On ne l’a plus jamais revu ni entendu parler de lui. Il n’avait pas déserté. Il n’avait pas été capturé. Un de ces obus qui étaient tombés derrière moi avait explosé, et Stephens n’était plus1. »

– Soldat John Pritchard Sudbury,
blessé à Passchendaele
le 26 octobre 1917

Au printemps 1917, il devenait évident que les Alliés étaient en difficulté sur le front ouest. L’amiral britannique Jellicoe avait averti le Cabinet de guerre, à Londres, que les pertes maritimes provoquées par les U-Boot, les sous-marins allemands, étaient si importantes que la Grande-Bretagne ne serait peut-être plus capable de poursuivre les combats en 1918. Par ailleurs, la Russie tsariste vacillait au bord de la révolution. Si elle tombait, un million de soldats allemands seraient ainsi libérés à l’est pour combattre sur le front ouest. Enfin, la récente offensive française du Chemin des Dames, sous le général Nivelle, avait entraîné la perte de 200 000 hommes, donnant lieu à des mutineries qui menaçaient l’existence même de l’armée française.

Les Alliés avaient désespérément besoin d’une victoire. Le feld-maréchal britannique Sir Douglas Haig et le général français Philippe Pétain voyaient tous deux la guerre en Europe comme une succession de batailles ayant débuté par l’offensive de la Somme, en 1916. S’efforçant de maintenir la pression sur l’armée impériale d’Allemagne commandée par le général Erich Ludendorff, Sir Haig planifiait une immense percée dans les Flandres, qui permettrait à la fois de repousser les troupes allemandes, de capturer les bases de sous-marins situées en Belgique et de donner aux armées françaises assez de répit pour qu’elles retrouvent leur moral.

Le plan de Haig s’articulait autour de la ville belge d’Ypres. Seule région de Belgique aux mains des Alliés, le saillant d’Ypres risquait d’être attaqué à tout moment. L’unique relief de ce plat pays est une crête qui traverse Passchendaele et qui était alors occupée par les Allemands. Face à ceux-ci solidement établis sur les hauteurs, les Alliés étaient vulnérables au pilonnage constant de l’artillerie ennemie.

Sir Haig prévoyait effectuer une percée générale tout le long du front. Si les Britanniques arrivaient à prendre la crête à Passchendaele et à libérer le village lui-même, ils pourraient ensuite se diriger vers le nord, et la côte belge leur serait alors accessible. Cependant, le premier ministre britannique David Lloyd George et le feld-maréchal Haig étaient des adversaires tant sur le plan personnel que sur le plan politique. Lloyd George faisait tout ce qu’il pouvait pour contrecarrer les plans de Haig dans les Flandres, proposant plutôt une autre offensive en Italie. Il était persuadé que Haig serait incapable de percer en Belgique, ce qui l’obligerait, en tant que premier ministre, à expliquer aux citoyens de la Grande-Bretagne pourquoi, encore une fois, leurs fils risquaient leur vie pour si peu de choses. Mais Haig et ses partisans remportèrent finalement la partie de bras de fer, et Lloyd George se sentit forcé d’approuver leurs plans.

La 4e armée allemande, qui tenait le front à Ypres, ne tarda pas à remarquer l’augmentation des effectifs alliés dans la région. Le colonel von Lossberg, premier stratège de Ludendorff, fut alors dépêché à l’avant, en tant que chef d’état-major, afin d’évaluer précisément la situation dans les Flandres. À son arrivée, von Lossberg découvrit un champ de bataille marécageux, une basse terre où un système élaboré de digues et de canaux de drainage maintenait le sol assez sec pour être cultivé. À certains endroits, le niveau supérieur de la nappe phréatique arrivait à moins d’un mètre de la surface. Misant sur les avantages qu’offrait la région, von Lossberg décida d’abandonner les positions de première ligne allemandes pour consolider plutôt son emprise sur la crête de Passchendaele. Cela laissait, devant la crête, une vaste plaine marécageuse à travers laquelle les forces alliées seraient obligées d’avancer laborieusement tout en se battant.

Ludendorff savait que le système défensif de tranchées traditionnelles deviendrait inutile dès que l’artillerie alliée commencerait à bombarder sa position. Il ordonna donc à son armée de renforcer ses tranchées en aménageant des casemates en béton armé capables de résister aux plus gros obus de l’artillerie britannique. Certaines de ces casemates ne serviraient qu’à protéger les soldats en attente de la prochaine contre-attaque, tandis que d’autres abriteraient des mitrailleuses MG 08 permettant des tirs d’enfilade. Lors des deux premières batailles d’Ypres, en 1914 et 1915, c’étaient les Allemands qui avaient attaqué les Alliés. En 1917, par contre, ce seraient les Alliés qui s’attaqueraient à un ennemi solidement retranché, bien préparé, qui les attendait de pied ferme.

Prélude : La crête de Messines

Vers la fin de mai 1917, l’artillerie alliée bombarda les défenses allemandes sur la crête de Messines, située au sud-est d’Ypres. Puis, le 7 juin à 2 h 50, le pilonnage cessa abruptement, et les soldats allemands, à l’abri dans leurs fortins renforcés, se préparèrent à l’inévitable assaut d’infanterie. Les Allemands dépêchèrent des renforts pour qu’ils se préparent à contre-attaquer une fois les Alliés refoulés. Mais les Britanniques avaient d’autres plans en tête. Depuis des mois, les sapeurs du génie creusaient des galeries sous la crête : ils y avaient disposé 19 mines très puissantes, directement sous les positions allemandes. Les Allemands savaient que ce travail était en cours, mais ils étaient incapables de déterminer la position exacte des galeries. Finalement, plutôt que de lancer l’assaut d’infanterie attendu par les Allemands, les Alliés firent sauter les mines – 450 000 kilos d’explosif au total –, tuant ainsi 10 000 soldats allemands. Par la suite, les fantassins britanniques se lancèrent à l’assaut de la crête et n’y trouvèrent qu’une faible opposition. Les Allemands tentèrent tant bien que mal de contre-attaquer, mais ils eurent peu de succès. La bataille de la crête de Messines s’avéra une réussite parfaite pour les Alliés, qui y virent un bon présage de ce qui allait se passer à Passchendaele.

Haig souhaitait en profiter pour poursuivre les attaques, croyant que les Allemands pouvaient être défaits et qu’ainsi, il obtiendrait sa première victoire importante dans les Flandres. Il ordonna donc au général Plumer, commandant de la 2e armée, de faire avancer ses troupes. Plumer n’était cependant pas du genre audacieux et il persuada Haig d’attendre que d’autres préparatifs puissent être faits. Grave erreur! Les Allemands étaient encore désorganisés, et une percée aurait pu réussir. Quoi qu’il en soit, les atermoiements de Plumer donnèrent aux Allemands le temps de se ressaisir, et l’occasion fut manquée. La bataille de Messines eut toutefois une conséquence importante : elle convainquit le premier ministre Lloyd George, très encouragé par cette victoire, que le plan de percée de Haig pouvait fonctionner.

Carte du front occidental

Carte par Christopher Johnson

[Version agrandie]

La bataille de la crête de Pilckem

Fidèle à ses plans, Haig continua donc de concentrer ses efforts sur les Flandres. La troisième bataille d’Ypres devait être menée par Sir Hubert Gough et sa 5e armée, de concert avec le premier corps de la 2e armée de Sir Herbert Plumer sur le flanc droit et un corps de la 1re armée française, sous le commandement du général Anthoine, sur le flanc gauche. En tout, douze divisions étaient comprises dans le plan d’attaque. Le 18 juillet, l’artillerie britannique ouvrit le feu : plus de 3 000 canons arrosèrent les positions allemandes de plus de quatre millions d’obus. Les soldats de la 4e armée allemande, qui avaient déjà tout vu, savaient que les Britanniques s’apprêtaient à attaquer. Ainsi, tout espoir de surprise que ces derniers auraient pu entretenir s’évapora.

À 3 h 50, le matin du 31 juillet 1917, les soldats britanniques se lancèrent à l’assaut des défenses allemandes. La bataille de la crête de Pilckem venait de débuter. S’étirant sur un front de 18 kilomètres, les troupes alliées s’enlisèrent dans un immense bourbier. Le pilonnage d’artillerie avait détruit les fossés et canaux de drainage, alors que le pire déluge en trente ans commençait à s’abattre. Sous la pluie incessante, les soldats alliés luttèrent péniblement contre la boue tenace qui leur collait à la peau. À partir des casemates de von Lossberg, les mitrailleuses allemandes tiraient sans répit sur quiconque osait s’aventurer dans le no man’s land. En fin de compte, les Alliés ne parvinrent qu’à gagner un peu de terrain à gauche de la crête, tandis que les Français étaient tenus en échec au nord. Au prix de 32 000 morts et blessés, les Alliés n’avaient gagné qu’à peine 2 000 mètres. Bien que la rançon à payer pour conquérir la crête de Pilckem ait été énorme, le général Ludendorff reconnut, après la guerre, que cette bataille avait aussi coûté très cher aux Allemands : « En plus d’avoir perdu de deux à quatre kilomètres tout le long du front, nous avons essuyé de lourdes pertes en soldats faits prisonniers et en approvisionnements et avons subi d’importantes ponctions sur les réserves2. »

La bataille de Langemarck

Haig était maintenant de plus en plus convaincu que la victoire était à sa portée et il ordonna le pilonnage continu des positions allemandes durant les premières semaines d’août 1917. La pluie torrentielle s’ajoutait aux obus pour faire du champ de bataille une véritable mer de boue criblée de millions de cratères. Des arbres éclatés jonchaient le paysage, et chaque nouvel obus retournait la terre, faisant apparaître les cadavres de soldats morts au cours des combats précédents. Alourdis par plus de 24 kilos de barda, les hommes qui perdaient pied et tombaient des trottoirs de bois se noyaient fréquemment. Leurs camarades avaient l’ordre de ne pas même tenter de les sauver, car il arrivait souvent qu’un homme qui se noyait entraînait ses sauveteurs avec lui.

Le 16 août, les conditions s’étaient suffisamment améliorées pour que les Britanniques poursuivent leur attaque. Les quatre jours de combat à Langemarck donnèrent peu de résultats positifs et coûtèrent d’importantes pertes aux Britanniques. Frustré par cet échec, Haig remplaça Sir Hubert Gough par le général Plumer. Ce dernier prépara un plan d’attaque axé sur une série de gains modestes plutôt que sur une poussée massive en vue d’une percée d’envergure.

De leur côté, les Allemands souffraient aussi. Comme le rapporte Ludendorff, « les coûteuses batailles d’août exercèrent une lourde pression sur les troupes du front ouest. Malgré toutes les protections de béton armé, les soldats semblaient plus ou moins sans défense sous l’énorme poids de l’artillerie ennemie. À certains moments, ils ne faisaient plus preuve de cette fermeté qu’à l’instar des commandants locaux j’avais espérée d’eux3. »

La bataille de la route de Menin

En septembre, Ludendorff ne considérait pas que les choses allaient s’améliorant :

« Après une période de calme profond à l’ouest, qui en amena plusieurs à croire que la bataille des Flandres était terminée, un autre terrible assaut eut lieu contre nos lignes, le 10 septembre. Le troisième acte sanglant de la bataille venait de commencer. Le gros de l’attaque était dirigé contre la ligne Passchendaele-Gheluvelt.

L’assaut ennemi du 10 [septembre] réussit, démontrant la supériorité de l’attaque sur la défense. Le succès de l’offensive reposait sur la puissance de l’artillerie, mais aussi sur le fait que nos attaques n’avaient pas infligé assez de pertes à l’infanterie adverse lorsqu’elle se rassemblait et surtout au moment même de l’assaut4. »

Les Britanniques avaient maintenant 1 295 pièces d’artillerie en place, soit une à tous les cinq mètres de front, afin de pilonner les positions allemandes. Le 20 septembre 1917 s’amorça la bataille de la route de Menin. Ludendorff écrivit plus tard : « À l’évidence, les Anglais essayaient d’atteindre le terrain surélevé entre Ypres et la ligne Roulers-Menin, qui donnait une vaste perspective dans les deux directions. Ces hauteurs étaient aussi exceptionnellement importantes pour nous, car elles nous procuraient des postes d’observation au sol tout en nous couvrant, dans une certaine mesure, des regards hostiles5. » En l’occurrence, les Britanniques subirent 21 000 pertes contre cette ligne de front allemande quasi permanente, appuyée par une artillerie pointée sur le no man’s land. Par la suite, vague après vague de contre-attaques allemandes déferlèrent sur les positions britanniques, mais les troupes alliées parvinrent à tenir les 1 500 mètres de terrain qu’elles avaient capturé au début.

D’après Ludendorff, les attaques britanniques affaiblissaient les Allemands : « Un autre assaut anglais fut refoulé le 21 [septembre], mais le 26 fut une journée de durs combats, s’accompagnant d’une série de circonstances pouvant entraîner des pertes dans nos rangs. Nous pouvions peut-être supporter la perte de terrain, mais la réduction de notre force de combat n’en était que plus lourde6. » Les Britanniques progressèrent vers la pointe sud-ouest du saillant d’Ypres dans le cadre d’une action connue sous le nom de bataille du Bois du Polygone. Du 26 septembre au 3 octobre, les troupes britanniques gagnèrent 2 000 autres mètres de terrain en avançant sur le bois du Polygone et sur Broodseinde. Au prix de 30 000 autres pertes, les Britanniques se trouvaient alors immédiatement sous la crête de Passchendaele – et sous le feu de l’artillerie allemande. Il devint alors impératif de capturer la crête, et ce, rapidement.

La bataille de Broodseinde

Il n’y avait pas que les Alliés qui souffraient. « Encore une fois, nous étions engagés dans une terrible lutte à l’ouest. Octobre arriva, et ce fut l’un des mois les plus durs de la guerre. Pendant de longues journées, je ne connaissais plus le sens du mot joie », écrit Ludendorff7. Des leçons furent apprises. Le 4 octobre, après deux mois de combats ininterrompus, les Australiens parvinrent à capturer la crête de Passchendaele lors de la bataille de Broodseinde. Devant eux s’étendait le village de Passchendaele. Après la guerre, Ludendorff écrivit : « Les actions de la troisième bataille des Flandres présentaient les mêmes caractéristiques d’attaques délibérées. La profondeur de pénétration était limitée de manière à assurer une certaine immunité face à nos contre-attaques et celles-ci se faisaient décimer par les tirs groupés de l’artillerie. Quant à la bataille du 4 octobre, encore une fois, nous ne nous en sommes sortis qu’au prix d’énormes pertes8. »

De fait, la victoire de Broodseinde s’avéra, au début d’octobre, un point culminant pour les Alliés dans les Flandres. Le 9 octobre, les troupes reçurent l’ordre de prendre le village de Poelkapelle. Cette bataille fut un échec total. Les soldats étaient épuisés, la boue se révélait un adversaire aussi coriace que les Allemands eux-mêmes et le moral était à son plus bas. Toute avancée était aussitôt oblitérée par les contre-attaques allemandes. Le 12 octobre, les Alliés avaient subi 13 000 pertes supplémentaires, et l’assaut fut annulé.

Des soldats installent des trottoirs

Archives nationales PA-002084

La contribution des Canadiens

Haig savait que les 100 000 pertes qu’avaient subies les Alliés dans cette campagne seraient gaspillées s’il ne parvenait pas à capturer Passchendaele. Il trouva quelque réconfort à se dire que le promontoire surplombant Ypres était maintenant aux mains des Alliés et que, s’ils arrivaient à passer au-delà de Passchendaele, la voie leur serait ouverte jusqu’à la côte belge. Haig décida que les troupes britanniques, australiennes et néo-zélandaises dont il s’était servi jusque-là ne pouvaient plus rien faire. Il se tourna donc vers les Canadiens. Il savait que les soldats du Corps canadien, forts de leurs succès à la crête de Vimy et lors de la bataille de la Côte 70, méritaient bien leur réputation de troupes d’élite prêtes à entreprendre les plus sales boulots. Haig ordonna donc à deux divisions canadiennes de se rendre à Passchendaele.

Le lieutenant-général Sir Arthur Currie, ancien homme d’affaires et officier de milice de Victoria qui avait succédé au général Sir Arthur Byng à la tête du Corps canadien, s’y objecta fortement. Il estimait que ses hommes n’avaient pas encore assez récupéré pour mener une nouvelle bataille déterminante. Toutefois, le Haut commandement britannique insista, soulignant que Passchendaele valait la peine. Haig persuada donc Currie d’accepter la mission. Cela dit, Currie parvint à arracher à Haig certaines concessions. Conscient que les récents succès du corps canadien reposaient sur une bonne préparation, comme en témoignaient les plans rigoureusement établis préalablement à l’attaque de Vimy, Currie insista pour qu’aucun assaut ne soit lancé contre Passchendaele tant et aussi longtemps qu’il ne serait pas lui-même assuré que ses hommes étaient prêts. Sir Arthur voulait absolument éviter toute perte de vie canadienne tant dans l’attaque que dans la défense subséquente de Passchendaele9.

Les préparatifs

« Vous ne serez appelés à avancer que lorsque tous les efforts possibles auront été faits pour dégager la voie devant vous. Après cela, ce sera à vous de jouer9. »

– Lieutenant-général Sir Arthur Currie
[à son infanterie]

En ce mois d’octobre 1917, le saillant d’Ypres était complètement dévasté. William John McLellan, qui était étudiant à l’Université d’Alberta lorsqu’il s’est engagé en 1916, décrivit ainsi le champ de bataille de Passchendaele : « Tout simplement des milles et des milles de trous d’obus, tous remplis d’eau. Le sol est tellement imbibé d’eau qu’on cale jusqu’aux genoux à chaque pas, et il faut continuer d’avancer par peur de s’enliser. De dire que c’est boueux, c’est le moins qu’on puisse dire, et de loin. À part ça, il pleut pratiquement tous les jours à toute heure. On est mouillé et on reste mouillé tout le temps qu’on est à l’avant [...]10. »

Et il n’y avait pas que la boue. Les Canadiens devaient combattre un ennemi planqué dans des casemates de béton armé. Comme l’écrivait le major Robert Massie, de l’artillerie canadienne : « Ces casemates sont de tailles variées; à l’intérieur, certaines mesurent 8 pieds sur 10, d’autres sont plus grandes. Les murs de béton peuvent avoir une épaisseur de 12 à 18 pouces et même de 2 pieds sur les côtés exposés au tir de notre artillerie. Le toit mesure entre 2 et 5 pouces d’épaisseur, le tout renforcé d’acier. Pour un gros canon, c’est une petite cible à atteindre. Un obus de 18 livres ou un projectile de Howitzer de 4 ou 5 pouces ne fait que rebondir dessus, à cause de la façon dont les projectiles sont faits et de la solidité de l’objet qu’ils frappent. Je ne pourrais dire avec certitude si nos canons de 6 pouces sont capables de démolir une casemate11. »

Currie inspecta lui-même le champ de bataille et prédit que les Canadiens réussiraient, mais au prix de 16 000 pertes. Il exigea également que, si les Canadiens s’engageaient dans les combats, ce serait aux côtés de la 2e armée de Plumer plutôt qu’avec Gough, que Currie n’aimait pas personnellement et en qui il n’avait pas confiance. Il ordonna ensuite à ses officiers de se préparer à prendre Passchendaele.

Plus tard, Robert Massie donna ainsi ses impressions de sa première visite sur le champ de bataille : « Le jour où je suis arrivé, la boue avait 6 pouces de profondeur partout, et la plupart du temps, elle m’arrivait à mi-mollet. Le terrain s’asséchait parfois, mais il finissait toujours par pleuvoir, et la situation allait s’empirant. La contrée environnante était littéralement réduite en miettes et avait l’air d’un champ après qu’on eut arraché les arbres et les souches, sauf que les trous pouvaient avoir jusqu’à 10 pieds de profondeur et étaient remplis d’eau. Les bords des cratères d’obus touchaient presque ceux des trous voisins, si bien que les chevaux et les mulets ne pouvaient traverser. Et si un premier groupe parvenait à passer, la demi- douzaine qui suivait transformait le terrain en une telle masse d’eau et de boue que les animaux n’arrivaient plus à avancer12. »

Le général Currie savait que la seule chance pour les Canadiens de réussir était de transporter rapidement et efficacement les hommes, les munitions et l’équipement en première ligne. Il leur fallait d’abord rebâtir le système de transport et drainer les marécages entourant le village. Le major-général (plus tard Sir) David Watson, commandant de la 4e division, décrivit ainsi les préparatifs :

« Nos ingénieurs ont immédiatement commencé à poser nos rails de transport, et les canons furent amenés assez loin à l’avant. Les hommes établirent des dépôts de munitions et d’approvisionnement ainsi que des postes de secours; ils creusèrent et apprêtèrent pour l’infanterie de bonnes positions qui serviraient de tremplins pour l’assaut. Le travail se poursuivit jour et nuit dans les conditions les plus exigeantes et les plus difficiles qui soient [...]13. »

Certains exprimèrent d’autres inquiétudes. Robert Massie se préoccupait de la sécurité des armes. « L’infanterie devait, elle aussi, avancer, et sa progression dépendait de la construction de trottoirs. Il s’agissait de planches posées dans les tranchées pour que les fantassins puissent y marcher. Ces trottoirs, larges de deux planches, s’étendaient ainsi sur plusieurs milles. Mais l’artillerie était obligée de rester sur les routes14. » L’efficacité des communications était devenue une obsession pour Currie et son état-major. Ils s’étaient rendu compte que les fils téléphoniques, normalement enfouis à un mètre de profondeur, étaient détruits par les obus de l’artillerie allemande qui pénétraient facilement dans la terre meuble. Currie ordonna donc qu’on enterre les fils à deux mètres. Là où il était impossible d’enfouir les fils, des estafettes transportaient les missives entre les premières lignes et l’arrière. On distribua même des pigeons voyageurs aux unités, au cas où les messagers n’auraient pu passer.

Des tirs de barrage de l’artillerie, assistés d’observateurs munis d’appareils sans fil pour transmettre les coordonnées des cibles, devaient servir à couper les barbelés qui protégeaient les défenses allemandes. À Vimy, l’état-major canadien avait surpris tout le monde en remettant une carte à chaque soldat afin que chacun connaisse ses objectifs particuliers et le moment auquel il était censé s’y trouver. Currie fit la même chose à Passchendaele. Afin d’aider davantage l’infanterie, comme cela s’était fait avant l’attaque de Vimy, le corps de génie construisit des répliques des casemates et des tranchées allemandes pour que les soldats canadiens puissent s’entraîner encore et encore aux manœuvres de l’assaut à venir.

Tous ceux qui se trouvaient dans les positions avancées étaient constamment sous les regards et les tirs ennemis. Alors même que les unités de pionniers construisaient de nouvelles routes et des ponts pour l’infanterie, des avions bombardiers tactiques allemands lâchaient des explosifs sur ces hommes et leurs ouvrages. En tout, 1 500 Canadiens perdirent la vie durant cette phase préparatoire à la bataille.

Carte de Passchendaele

Carte par Christopher Johnson

[Version agrandie]

Le plan

Quelques jours avant l’assaut sur Passchendaele, le général Watson entendit Haig dire que le Corps canadien jouerait un rôle déterminant le jour de l’opération et que « notre effort était le plus considérable, tous les autres n’étant qu’accessoires à la capture de l’éperon de Bellevue, de la ferme de la crête et de Passchendaele même15 ». Sir Arthur Currie avait établi un plan simple et direct pour prendre Passchendaele. Les Canadiens attaqueraient en une série d’opérations coordonnées, chacune ayant un objectif bien circonscrit, jusqu’à ce que soient conquis le village lui-même ainsi qu’une position défendable sur la crête de Passchendaele. L’objectif général était d’enfoncer un mince coin dans les positions allemandes.

Le but initial de Currie était identifié par une ligne rouge sur les cartes des Canadiens; c’était la première d’une série de lignes colorées indiquant les objectifs de combat. Les Canadiens allaient attaquer en deux colonnes contournant le marécage de Ravebeek. La 3e division aurait à venir à bout d’une série de casemates sur l’éperon de Bellevue pour atteindre son objectif, qui était de gagner 1 200 mètres jusqu’à Friesland, en bordure du marécage. L’objectif principal de la 4e division était de capturer le bosquet Decline et la voie ferrée Ypres-Roulers, qui passait à seulement 600 mètres de là.

Entre le 21 et le 25 octobre, 587 canons de campagne pilonnèrent les positions allemandes dans le cadre d’un bombardement préparatoire. Une succession de barrages roulants balayèrent le no man’s land, s’interrompant par moments pour reprendre de plus belle. Les Allemands, tapis dans leurs casemates et autres abris de tranchées, ne pouvaient savoir quand allait débuter le véritable assaut. Contrairement aux attaques précédentes, cette fois-ci, l’élément de surprise serait du côté des Canadiens.

Alors que la tension montait, les officiers canadiens et leurs hommes étaient prêts. Robert Massie s’est fait le porte-parole de nombreux Canadiens présents à ce moment-là lorsqu’il a déclaré : « Si Passchendaele nous attirait tous probablement plus que toute autre action menée cette année-là, c’est en raison des difficultés qui y étaient associées et aussi parce que les autres troupes n’avaient pas réussi à le capturer16. »

La guerre des tranchées à Passchendaele

Archives nationales PA-002162

La bataille de Passchendaele

À 5 h 40 exactement, le matin du 26 octobre 1917, les mitrailleuses lourdes des Canadiens ouvrirent le feu. Deux minutes plus tard, tous les canons des batteries canadiennes tiraient en même temps. La presse allait rapporter peu après que la canonnade pouvait s’entendre jusqu’à Londres. Le barrage roulant fit son premier ratissage du no man’s land, des mortiers pilonnèrent les casemates et les barbelés furent soufflés, libérant le passage. Le barrage n’était pas comme celui de Vimy, où un seul rideau d’obus avait balayé le champ de bataille. À Passchendaele, on employa sept rangs de bombardement distincts. Puis, 20 000 fantassins canadiens émergèrent de leurs abris et tranchées pour s’avancer sous une bruine qui allait bientôt se transformer en pluie. Le barrage roulant offrait une certaine protection, mais il se déplaçait si vite et était si complexe qu’il permettait aux artilleurs allemands de viser les Canadiens qui avançaient. Robert Massie raconta plus tard :

« Les 3e et 4e divisions devaient attaquer sur un terrain en contrebas, appelé fond marécageux sur les cartes, avant d’atteindre le terrain en saillie de l’autre côté, appelé éperon de Bellevue, où se trouvaient plusieurs casemates. Il avait plu cette nuit-là et, au matin, il était très difficile de progresser. Le barrage a débuté à peu près au moment prévu et, une fois le jour levé, vers huit heures et demie ou neuf heures, je pouvais voir assez bien l’infanterie avancer derrière le barrage, mais leur progression était si difficile que les hommes n’arrivaient pas à suivre l’allure des intervalles du barrage – Je crois que c’était 50 verges [45 mètres] toutes les quatre minutes. Normalement, sur terrain sec, nous avions 100 verges [90 mètres] toutes les deux ou trois minutes17. »

Poursuivant son exposé, Massie ajouta : « Je pouvais voir, à ma gauche, le barrage devancer les hommes qui n’arrivaient pas à suivre le rythme. On pouvait à peine les voir; s’ils n’avaient pas bougé, on aurait été incapable de les distinguer du sol. Ils étaient sortis depuis à peine plus de dix minutes et, déjà, ils étaient trempés et couverts de boue, de la tête aux pieds18. » La 3e division se faufilait de cratère en cratère. Les hommes se rendirent rapidement compte que les obus de mortier et les grenades à fusil s’avéraient efficaces contre les casemates de l’éperon de Bellevue. Des détachements de mitrailleuses Lewis ont été appelés à se joindre au combat, devenu particulièrement acharné, et, bientôt, les Canadiens étaient en position sur la ligne rouge, à l’est et au nord de Passchendaele.

La 4e division se rendit encore plus loin. On lui avait demandé d’avancer sur une certaine distance, mais elle poussa temporairement jusqu’à l’objectif suivant, la ligne bleue. Cependant, les Allemands répliquèrent le 27 octobre en lançant une importante contre-attaque, qui repoussa finalement les Canadiens hors du bosquet Decline, qu’ils venaient de capturer. Puis, dans la nuit du 27 au 28 octobre, les Canadiens reprirent le bosquet après de féroces corps à corps, souvent à coups de baïonnette. La 3e division avait aussi eu des difficultés en s’avançant au nord du marécage de Ravebeek. Des bombardements intensifs de l’artillerie ennemie forcèrent ses effectifs à se retirer temporairement sur leurs positions initiales jusqu’à ce que des renforts viennent les aider à reprendre leur progression. Au cours des quelques jours qui suivirent, les Canadiens fortifièrent leurs positions pour maintenir leurs gains. En tout, les sept bataillons, chacun composé en moyenne de 600 hommes, avaient perdu 2 481 hommes au combat. Le soldat Richard Mercer résuma ainsi les combats : « Passchendaele était tout simplement un endroit terrible, terrible, terrible, terrible, terrible, terrible. Nous marchions sur des caillebotis de bois, un peu comme des échelles posées sur le sol. Les Allemands se concentraient sur ces choses-là. Si un homme était touché et tombait à côté, il pouvait facilement se noyer dans la boue et ne plus jamais être revu. On ne voulait tout simplement pas sortir des caillebotis19. »

Ce n’était pas plus facile pour l’ennemi. Ludendorff allait écrire plus tard : « L’horreur des cratères de Verdun était surpassée. Ce n’était plus du tout la vie. Ce n’était qu’une souffrance indicible. Et à travers ce monde de boue, les attaquants se traînaient, lentement mais sûrement, en masses compactes. Cloués dans la zone avancée sous notre tempête de feu, ils s’effondraient souvent, et l’homme seul dans son cratère d’obus pouvait reprendre son souffle un moment. Puis, la masse se remettait à avancer. Les fusils et les mitrailleuses s’enrayaient à cause de la boue. L’homme se battait contre l’homme et, trop souvent, la masse gagnait20. »

Croix de Victoria
  • Lieutenant Robert Shankland, 43e bataillon d’infanterie canadienne (le 26 octobre)
  • Soldat Thomas William Holmes, 4e bataillon des Canadian Mounted Rifles (le 26 octobre)
  • Major Christopher Patrick John O’Kelly, 52e bataillon d’infanterie canadienne (le 26 octobre)
  • Soldat Cecil John Kinross, 49e bataillon d’infanterie canadienne (le 29 octobre)
  • Sergent George Harry Mullin, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (le 30 octobre)
  • Major George Randolph Pearkes, 5e bataillon des Canadian Mounted Rifles (le 30 octobre)
  • Lieutenant Hugh McKenzie, 7e compagnie de mitrailleurs canadiens (le 30 octobre)
  • Soldat Colin Fraser Barron, 3e bataillon d’infanterie canadienne (le 6 novembre)
  • Soldat James Peter Robertson, 27e bataillon d’infanterie canadienne (le 6 novembre)

Récipiendaires de la CV à Passchendaele

Archives nationales PA-002367

Le 30 octobre, les Canadiens reportèrent leur attention sur les objectifs de la ligne bleue, soit « l’assaut final sur Passchendaele, fortement défendu par les Allemands à Metcheele sur l’éperon de Bellevue. À la ferme Vapour, la 1re division doit se joindre au 2e corps d’armée britannique et avancer vers le nord-est pendant que la 2e division s’élance à l’assaut du village de Passchendaele21. »

Cette fois, le bombardement d’artillerie préliminaire commença à 5 h 50, 420 pièces conjuguant leurs tirs pour créer un effet. Les artilleurs visaient délibérément les casemates, mais cette fois-ci ils n’essayaient pas de les toucher directement. On avait en effet constaté que les obus qui explosaient juste devant les casemates pouvaient les déloger de leurs fondations. Les fantassins n’auraient ensuite qu’à « balayer » les Allemands qui tentaient de s’extraire des casemates disloquées.

La stratégie de Currie, qui consistait à cumuler de petits gains, fonctionnait bien. De concert avec deux divisions britanniques, les Canadiens avancèrent sur le village de Passchendaele. Sous couvert d’une pluie diluvienne, ils atteignirent rapidement les faubourgs de la municipalité maintenant en ruine. En attendant la relève, ils tinrent la place pendant cinq jours, souvent enlisés dans la boue jusqu’à la taille et placés sous le feu intense de l’artillerie allemande. Lorsque les 1re et 2e divisions vinrent enfin prendre la relève, 80 p. cent des effectifs des 3e et 4e divisions étaient devenus des victimes.

Soldats canadiens et prisonniers de guerre allemands

Archives nationales PA-002056

Des soldats canadiens avec des prisonniers de guerre allemands après la bataille.

Passchendaele, enfin!

Le 6 novembre, les Canadiens étaient prêts à avancer jusqu’à la ligne verte. Leur objectif ultime était de capturer le terrain surélevé au nord du village et d’assurer leurs positions sur le flanc est de la crête de Passchendaele. Le major Robert Massie rappelle de nouveau les événements : « Le jour du troisième assaut [...], les 1re et 2e divisions prirent Passchendaele. À cette occasion, l’attaque se déroula plus facilement que les précédentes. Les soldats avaient un bon terrain à couvrir et ceux qui entrèrent dans le village de Passchendaele purent progresser assez rapidement et atteindre leurs objectifs à temps22. »

Au début, la 2e division dut mener des combats corps à corps et parvint à occuper Passchendaele à peine trois heures après que l’attaque eut été lancée, à 6 heures. La 1re division, par contre, connut des difficultés lorsqu’une compagnie du 3e bataillon se trouva isolée et embourbée dans un marécage. Quand la situation se rétablit enfin, la 1re division put continuer d’avancer sur ses objectifs. Des tunnels bien camouflés, à Mosselmarkt, permirent toutefois à l’ennemi de contre-attaquer, mais les Canadiens repoussèrent l’assaut. À la fin de la journée, le Corps canadien avait solidement pris en main Passchendaele et la crête.

La dernière action des Canadiens à Passchendaele s’amorça à 6 h 05 le matin du 10 novembre 1917. Sir Arthur Currie en profita pour modifier la ligne en renforçant ses positions défensives. Plus tard, Robert Massie allait résumer ainsi les pensées de nombreux Canadiens qui participaient à l’offensive : « Ce que ces hommes ont fait à Passchendaele est au-dessus de tout éloge. Le terrain n’offrait aucune protection. Ils ne pouvaient pas se réfugier dans les tranchées pleines de boue et, la nuit, on les voyait blottis ensemble par deux ou trois, couchés sur le sol qui n’était que boue, sans protection aucune. Puis, ils repartaient le lendemain matin pour finir leur boulot23. »

« On nous a demandé l’impossible et nous l’avons accompli24. »

– Lieutenant-colonel Agar Adamson

Conclusion

Les Canadiens avaient accompli l’impossible. Après seulement 14 jours de combat, ils avaient délogé l’armée allemande de Passchendaele et de la crête. Il ne restait presque rien du village à tenir. En tout et pour tout, le Corps canadien avait tiré 1 453 056 obus et 40 908 tonnes d’explosifs à grande puissance. Les photos aériennes permirent de dénombrer près d’un million de cratères d’obus dans un périmètre de 2,6 kilomètres carrés. Mais les coûts humains furent encore plus grands : du côté britannique, les pertes se chiffrèrent à plus de 310 000, dont environ 36 500 Australiens et 3 596 Néo-Zélandais. Chez les Allemands, elles totalisèrent 260 000 soldats morts ou blessés.

Pour ce qui est des Canadiens, les paroles de Currie se révélèrent prophétiques. Il avait dit à Haig qu’il en coûterait 16 000 hommes pour capturer Passchendaele et, de fait, le décompte final s’éleva à 15 654, dont la plupart furent tués. On ne retrouva jamais les corps de 1 000 soldats canadiens, enfouis à jamais dans la boue des Flandres. Neuf Canadiens méritèrent la croix de Victoria durant les combats de Passchendaele. Bien que les coûts humains aient été terribles, « la compétence, la confiance et la maturité qui avaient émergé en 1915 à Ypres, non loin de là, puis à la crête de Vimy plus tôt ce printemps-là , confirmèrent encore une fois la réputation du Corps canadien comme étant la meilleure formation de combat sur le front ouest ». C’est ce qu’écrivait, en 2004, le distingué professeur d’histoire du Collège militaire royal du Canada, Ronald Haycock, Ph. D., dans The Oxford Companion to Canadian History.

Haig tint parole. Dès le 14 novembre 1917, les Canadiens avaient regagné le calme relatif du secteur de Vimy. On ne leur avait pas demandé de tenir ce qu’ils avaient payé si cher pour conquérir. Cependant, en mars 1918, tous les gains réalisés par le Canada à Passchendaele allaient être perdus aux mains des Allemands lors de l’offensive du printemps appelée Opération Michael.

Le général Sir David Watson louangea l’effort canadien en ces mots : « Ce n’est guère surprenant que les Canadiens aient acquis à ce moment-là la réputation d’être les meilleures troupes de choc des armées alliées. Ils s’étaient mesurés à l’élite des troupes de choc allemandes et la supériorité des Canadiens avait été incontestablement démontrée. Ils avaient le physique, l’endurance et le sens de l’initiative, la confiance régnait entre les officiers et leurs hommes (souvent de même situation sociale au civil) et il advint qu’ils eurent l’occasion d’en faire la preuve25. »

Le premier ministre britannique David Lloyd George fit, lui aussi, l’éloge des Canadiens, mais en des termes plus clairs encore : « À chaque fois que les Allemands voyaient le Corps canadien se présenter en première ligne, ils se préparaient au pire26. »

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Norman Leach, un historien de Calgary, a été engagé pour assurer l’exactitude historique du long-métrage Passchendaele, produit et réalisé par Paul Gross. Diplômé de l’Université du Manitoba, il a écrit quatre livres sur l’histoire militaire canadienne, le plus récent étant Passchendaele: Canada’s Triumph and Tragedy on the Fields of Flanders.

Notes

  1. <www.dfait-maeci.gc.ca/canada-europa/brussels/passchendaele/letters-fr.asp>
  2. <www.firstworldwar.com/source/ypres3_ludendorff.htm>
  3. Ibid.
  4. Ibid.
  5. Ibid.
  6. Ibid.
  7. Ibid.
  8. Ibid.
  9. <www.dfait-maeci.gc.ca/canada-europa/brussels/passchendaele/battle-fr.asp>
  10. <http://www.dfait-maeci.gc.ca/canada-europa/brussels/passchendaele/letters-fr.asp>
  11. The Empire Club of Canada Speeches 1917-1918, Toronto : The Empire Club of Canada, 1919, p. 86-96 (orateur : Robert Massie, officier de l’artillerie canadienne, le 17 janvier 1918).
  12. Ibid.
  13. Charles F. Horne (dir.), Records of the Great War, vol. V, National Alumni, 1923.
  14. Discours de Massie, le 17 janvier 1918.
  15. Horne, op. cit.
  16. Discours de Massie, le 17 janvier 1918.
  17. Ibid.
  18. Ibid.
  19. <www.scottish.parliament.uk/business/officialReports/meetingsParliament/or-07/sor0131-02.htm>
  20. <www.firstworldwar.com/source/ypres3_ludendorff.htm>
  21. <www.dfait-maeci.gc.ca/canada-europa/brussels/passchendaele/battle-fr.asp>
  22. Discours de Massie, le 17 janvier 1918.
  23. Ibid.
  24. <www.dfait-maeci.gc.ca/canada-europa/brussels/passchendaele/battle-fr.asp>
  25. Horne, op. cit.
  26. <www.vac-acc.gc.ca/remembers_f/sub.cfm?source=history/firstwar/canada/canada8>

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