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Histoire Militaire

l’Université McGill

Bureau des brevets du Canada⁄Bibliothèques et Archives Canada⁄PA–030096

Vue aérienne de l’Université McGill en 1914.

Le contingent McGill du Corps-École d’officiers canadiens (COTC) de 1912 À 1968

par Demond Morton

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Introduction

L’Université McGill de Montréal a fait figure d’avant-garde au Canada, en septembre 1912, lorsqu’elle a mis sur pied sa propre version d’un corps-école d’officiers en milieu universitaire. L’innovation venait de la Grande-Bretagne, comme bien d’autres nouveautés canadiennes dans le domaine militaire. Le COTC allait jouer un rôle considérable à l’Université, et amener des milliers d’étudiants du premier cycle universitaire de McGill, hommes et femmes, à servir dans les deux guerres mondiales et à défendre le Canada pendant la guerre froide. Après 1945, le COTC de McGill a contribué à donner un emploi d’été à des centaines d’étudiants qui, s’ils vivaient simplement, pouvaient payer leurs droits de scolarité et leurs frais de subsistance pendant toute une année. Comme d’autres institutions, le COTC de McGill est aujourd’hui chose du passé – victime du désintérêt du gouvernement fédéral pour la défense et du remaniement complet des méthodes employées pour doter d’officiers de réserve les Forces canadiennes nouvellement unifiées. En dépit du rôle qu’il jouait dans le financement des études, le COTC de McGill s’est éteint dans le contexte radical de la fin des années 1960. Il ne s’en est suivi aucune grande manifestation de deuil, sauf chez ceux qui y avaient consacré leurs meilleures années ou qui chérissaient le souvenir de la camaraderie et de l’abnégation patriotique qu’ils y avaient connus. La commémoration des membres de la collectivité de McGill tombés à la guerre a également sombré dans l’oubli, jusqu’à ce que les étudiants rétablissent les cérémonies du jour du Souvenir à McGill au cours des années 19901

Ayant fourni plusieurs milliers d’hommes à la Grande-Bretagne pour sa guerre contre les deux républiques boers d’Afrique du Sud, le Canada avait pratiquement assuré son avenir à titre de fidèle auxiliaire des forces militaires britanniques2. Au cours de la Conférence impériale de 1908, il s’est engagé officiellement à adopter les tactiques, l’organisation, les armes et l’équipement britanniques afin de garantir l’intégration la plus étroite qui soit de ses forces avec celles de l’Empire. Dans un élan de militarisme bref, mais substantiel, des personnalités publiques influentes, riches et conservatrices de tout le pays ont constitué en 1909 la Canadian Defence League (CDL) pour inciter les citoyens à adopter l’instruction militaire universelle. Pour commencer, les libéraux de sir Wilfrid Laurier ont persuadé toutes les provinces, à l’exception de la Saskatchewan, d’instaurer le service militaire obligatoire pour les garçons de l’école secondaire. En sa qualité de député du comté de King, en Nouvelle-Écosse, le ministre de la Défense de Laurier, sir Frederick Borden, a convaincu un gouvernement provincial déjà bien disposé à cet égard d’obliger les futurs enseignants des deux sexes à obtenir des qualifications en drill et en entraînement physique. Les enseignants de sexe masculin étaient en outre tenus de se qualifier au tir.

De pareilles politiques récoltèrent de toute évidence l’approbation des deux partis et du grand public3. Le critique conservateur en matière militaire, le Colonel Sam Hughes, était un fervent partisan de l’instruction militaire universelle, bien qu’il ait été d’avis que l’instruction et le patriotisme suffiraient, ensemble, à mobiliser suffisamment de volontaires dans l’éventualité d’une guerre. Le frère du Colonel Hughes, James Laughlin Hughes, était l’inspecteur scolaire de Toronto. Ses principes féministes l’avaient amené à appuyer la rémunération égale des enseignants hommes et femmes, de même qu’à intégrer la musique et l’art au programme d’enseignement. Le privilège de l’entraînement au drill et de l’instruction de cadet serait donc donné à tous les élèves de niveau secondaire, quel que soit leur sexe. Selon les frères Hughes, cette instruction avait l’avantage de promouvoir la santé et de sensibiliser les élèves à l’ordre social. S’adressant aux enseignants, James Hughes a formulé les conseils suivants : « Les garçons doivent apprendre à saluer convenablement, à la manière d’un soldat, les hommes à qui ils doivent marquer du respect. Devant les dames, ajoutait-il, ils doivent faire un salut un peu plus lent et soulever légèrement leur chapeau »4.

N’allons pas croire que le Canada français a rejeté l’instruction des cadets. En effet, à partir de la fin des années 1870, les collègescatholiques du Québec ont bénéficié de subventions fédérales à cette fin. La sensibilité constitutionnelle québécoise n’allait pas être froissée par l’idée d’utiliser des fonds d’Ottawa pour financer l’entraînement physique le plus abordable qui soit : le drill militaire. Et si le drill inculquait la discipline et la juste subordination, alors tant mieux! L’un des principaux alliés d’Henri Bourassa dans l’éveil du nationalisme canadien, le Capitaine Armand Lavergne, a assuré le Canadian Military Institute de Toronto que le Québec appuyait entièrement l’instruction militaire des jeunes : « Il ne fait aucun doute que le service de cadet obligatoire dans les écoles et les maisons d’enseignement de notre pays est tout à fait avantageux, car il enseigne aux jeunes hommes les leçons du patriotisme et du devoir de citoyen, ainsi que l’importance d’un esprit sain dans un corps sain »5.

La guerre point à l’horizon

L’initiative qu’a prise l’Université McGill en 1912 d’assurer l’instruction militaire de ses étudiants n’avait pas pour simple objet de copier les écoles secondaires du Canada; elle visait expressément à servir l’Empire. Durant la Guerre des Boers, une grave pénurie d’officiers convenables avait persuadé l’armée britannique de se tourner vers les universités pour y trouver de jeunes hommes ayant l’éducation et l’intelligence requises6. Les corps-écoles d’officiers se sont donc multipliés dans les établissements d’enseignement supérieur au cours des années 1900, tandis que la Grande-Bretagne, sous l’égide de son secrétaire d’État à la Guerre, Richard Haldane, entamait les préparatifs de l’armée britannique pour l’imminente guerre que ce dernier anticipait en Europe. La tradition britannique acceptait une modeste armée régulière volontaire dont les officiers étaient issus de l’aristocratie terrienne et professionnelle. Dans le but de doter cette armée de l’effectif dont elle aurait besoin pour s’engager dans une guerre en Europe, Haldane a choisi de fusionner les milices de comté traditionnelles et les corps de volontaires urbains de l’ère victorienne au sein d’une Armée territoriale potentiellement énorme. Les corps-écoles promettaient des officiers partiellement entraînés à une armée, elle aussi, partiellement entraînée. L’enrôlement était volontaire, et les principes libéraux de Haldane garantissaient que l’appartenance à un corps-école n’entraînait aucune obligation de service. À l’instar de Hughes, Haldane avait confiance que le patriotisme primerait, le moment venu de s’engager.

Sir Auckland Geddes

© Bettmann Collection/Corbis/U172299INP

Sir Auckland Geddes à bord du SS Mauretania en 1922.

Le mouvement des corps-écoles a connu peu de partisans aussi résolus qu’Auckland Geddes, Ph.D. Nommé à la Faculté de médecine de McGill en 1912, Geddes était un anatomiste reconnu issu d’une famille riche et influente. Malgré sa faible vision, il avait obtenu que l’armée l’accepte comme officier d’infanterie pour la Guerre des Boers, bien qu’elle lui ait refusé une commission dans la force régulière en raison de cette faille. Affecté à un hôpital d’Édimbourg après sa démobilisation, Geddes a promptement constitué une unité médicale de l’Armée territoriale en Écosse, puis une autre, plus tard, à Dublin, après s’être joint a la principale école de médecine de l’endroit. En 1912, il a intégré l’Université McGill pour faire plaisir à son épouse néo-écossaise et occuper la Chaire d’anatomie de l’Université7. Il y a trouvé un public réceptif à ses opinions et s’est vite fait l’apôtre de l’instruction militaire universelle au Canada, à l’instar de la CDL. Le principal de McGill, William Peterson, était un ardent impérialiste, tout comme l’économiste et humoriste Stephen Leacock. Le doyen, Herbert S. Birkett, était officier du service de santé de la milice, et l’historien de la médecine de l’Université, sir Andrew Macphail, manifestait un enthousiasme sans borne pour l’instruction militaire de la jeunesse. Le militarisme, à son sens, était dans l’air du temps. « La maîtresse d’école, penchée sur son livre avec ses lunettes, n’a plus ce qu’il faut pour former nos garçons; les parents raisonnables ont la nostalgie du sergent instructeur qui brandit une bonne baguette ou une ceinture de cuir à boucle de métal. Voilà le souverain remède au voyoutisme de la ville et à la goujaterie de la campagne8. »

Ce sont la CDL et le triomphalisme impérial qui ont inspiré le plus grand épisode de militarisme au Canada. La progression de l’instruction de cadet obligatoire au Canada, soutenue par une importante campagne en faveur de l’instruction militaire pour tous, a trouvé écho en Australie, où le mouvement a été plus fécond. Le militarisme, tel que le voyait la CDL, dépendait d’une vague de nativisme née de la réaction à la politique libérale favorisant le recours à une immigration européenne massive pour peupler les provinces de l’Ouest. En outre, la conscription dans la plupart des pays d’Europe menaçait ce que Geddes, les dirigeants de la CDL et, probablement, la majorité des Canadiens, considéraient comme leur « mère patrie » : la Grande-Bretagne9. S’il pouvait instaurer l’instruction militaire obligatoire pour les jeunes hommes, le Canada devait imiter la Grande-Bretagne, c’est-à-dire recruter et former ses officiers et ses instructeurs militaires en puisant dans son réseau universitaire en expansion.

Le mouvement canadien des cadets doit l’un de ses éléments essentiels à un philanthrope déjà bien connu de l’Université McGill. Le haut-commissaire du Canada à Londres, Donald Smith (Lord Strathcona), avait fait fortune grâce à des investissements dans le Chemin de fer Canadien Pacifique et la Compagnie de la Baie d’Hudson. À l’occasion de la Conférence impériale de 1909, il a annoncé un don d’un quart de million de dollars en prix visant à encourager l’entraînement et l’éducation militaires au Canada. Les prix étaient réservés aux écoles publiques, mais, fidèle aux principes qui l’avaient amené à ouvrir la voie aux études à McGill pour les femmes, Strathcona les destinait tant aux filles qu’aux garçons. En octobre 1910, il a doublé sa contribution pour la porter à 500 000 $. Dans toutes les provinces, à l’exception de la Saskatchewan, des ententes ont été conclues avec le ministre de l’Éducation ou, au Québec, les commissions scolaires catholiques et protestantes.10 La victoire de Robert Borden sur les libéraux de sir Wilfrid Laurier, en 1911, a porté à la tête du ministère de la Milice un militariste pur et dur, en la personne du Colonel Sam Hughes, et a donné à la CDL l’espoir d’une réussite anticipée. À titre de ministre, Hugues a donné la priorité à une campagne visant à retirer l’alcool des cantines des camps de la milice et des mess des officiers. Il répondait ainsi directement aux attentes des électeurs préoccupés par l’« édification » de la jeunesse canadienne. La forme physique et la vie saine des militaires ne seraient plus jamais entachées par l’alcool11.

Passionnément impérialiste, sur le plan idéologique, l’Université McGill était le reflet du militarisme de l’époque. Dans son histoire officielle de l’Université, Stanley Frost rappelle que McGill avait offert à ses étudiants un champ de tir dès l’année 1903. En 1907, l’Université proposait aux étudiants en sciences appliquées des cours de génie militaire enseignés par des officiers de l’armée britannique. Comme c’était le cas dans les corps-écoles de Grande-Bretagne, les cours ont donné lieu à l’attribution de commissions d’officiers britanniques et canadiens. En 1912, un officier d’état-major de la milice de Montréal a communiqué avec le Capitaine Charles McKergow, l’un des instructeurs en génie de McGill, dans le but d’organiser un corps-école destiné aux étudiants de McGill. Le principal Peterson étant chaud à l’idée, il a tôt fait de présider une rencontre au cours de laquelle 125 jeunes hommes ont promis de s’inscrire, si le corps-école de McGill était fondé. À l’issue d’un grand rassemblement – où se sont exprimés le Colonel Crowe, commandant du Collège militaire royal de Kingston, et des officiers de l’état-major local de la milice – 50 étudiants du premier cycle se sont enrôlés12. Le ministère de la Milice a fourni a chacun une casquette, une veste, un pardessus et des bandes molletières kaki, des culottes de velours côtelé, un fusil Ross Mark II, une baïonnette et une ceinture. Le corps-école d’officiers de l’Université McGill a pris forme à l’automne 1912, sous les ordres du Capitaine V.I. Smart du 5e Royal Highlanders, qui enseignait le génie militaire à McGill. Il comptait alors deux compagnies dotées de 59 militaires de tous les grades qui assistaient à des cours et participaient à des séances de drill régulières. La maison Joseph, qui occupait alors l’emplacement de l’actuelle bibliothèque McLennan de McGill, en est devenue le manège militaire. Le Colonel Jeffrey Burland, du Victoria Rifles, a accepté le poste de colonel honoraire, et le chancelier de McGill, Lord Strathcona, a versé 100 000 $ pour équiper le nouveau quartier général du COTC afin qu’il puisse remplir son rôle militaire13.

L’entreprise d’instruction d’officiers de l’Université McGill se voulait fièrement britannique, tant par son inspiration que par son affiliation. Les jeunes hommes qui s’enrôlaient dans le nouveau corps-école de McGill se voyaient promettre une commission de sous-lieutenant dans l’armée britannique après trois ans d’instruction, et un grade de lieutenant à part entière après la quatrième année. Ottawa a approuvé la constitution du Corps-école d’officiers canadiens (COTC) et autorisé l’Université McGill à en former le premier contingent. L’Université Laval, qui fournissait depuis longtemps des officiers au régiment local, le 9e bataillon des Voltigeurs, lui a emboîté le pas. Bien qu’elle ait hébergé la Canadian Defence League, l’Université de Toronto s’est désistée du COTC quand ses dirigeants ont pris connaissance des coûts que cela aurait entraînés. Maurice Hutton, le principal du University College qui avait proclamé qu’il était impossible d’être trop militariste, mais dangereusement facile de l’être trop peu, a dû expliquer à la presse que les étudiants de l’Université de Toronto n’avaient pas assez de temps libre pour se consacrer à l’instruction militaire14. En 1912, le Canada sombrait dans une profonde récession. Même la promesse d’un don de 500 000 $ de la famille Leonard ne suffisait pas à convaincre les dirigeants de l’Université Queen’s de se joindre au COTC. Finalement, au printemps 1914, la CDL a succombé aux éternelles divisions internes et au manque de fonds. Paradoxalement, le plus grand mouvement militariste du Canada s’est ainsi essoufflé quelques mois à peine avant le début de la Grande Guerre.

La Grande Guerre

Le COTC de McGill a bien failli connaître le même sort que la CDL. En effet, après le début de la Grande Guerre, le ministère de la Guerre a annulé ses programmes de corps-écoles d’officiers, car il avait besoin de ses officiers d’état-major et de ses instructeurs pour la Force expéditionnaire britannique (BEF). De l’autre côté de l’Atlantique, le contingent McGill a été laissé à lui-même. Un flot d’officiers de milice s’est déversé sur le camp de mobilisation de Valcartier. Pour le ministre Sam Hughes et ses partenaires qui s’efforçaient de former un contingent divisionnaire de 20 000 militaires à partir d’un bassin de 35 000 volontaires, il était difficile d’imaginer qu’il y aurait un jour une pénurie d’officiers. La situation n’a changé qu’en 1915-1916, quand sir Robert Borden s’est engagé à ce que le Canada crée une armée destinée à servir outre‑mer. Cette force, qui devait compter un quart de million de militaires, puis un demi-million, devait être constituée à partir d’une milice qui réunissait en temps de paix moins de 60 000 militaires de tous les grades, issus d’une population totale d’à peine huit millions d’habitants.

Sam Hughes

Horace Brown/Bibliothèques et Archives Canada/PA–107281

Le Colonel Sam Hughes au camp embryonnaire de Valcartier, le 13 septembre 1914.

En 1913, un donateur patriotique a envoyé au bataillon de McGill 500 paires de raquettes. Le COTC de McGill a ainsi pu se vanter d’être le premier corps-école d’officiers capable de manœuvrer dans la neige, mais l’hiver 1914 a été presque sans neige à Montréal. Cependant, le nouveau Montreal High School, en face de McGill sur l’avenue University, a construit un champ de tir que le contingent du COTC de l’Université pouvait utiliser. Le grand magasin de Henry Morgan a offert un entrepôt au COTC sur la côte du Beaver Hall pour les mêmes fins15. Désormais incertains que l’instruction au corps-école d’officiers pourrait encore leur donner accès à une commission, les élèves-officiers de McGill s’entraînaient au drill, recrutaient des centaines de camarades étudiants, s’exerçaient au tir et lisaient les nouvelles de la guerre.

Un intérêt tardif pour la défense du territoire canadien, peut-être contre les Allemands, voire les Fenians qui rôdaient dans la république voisine, a donné naissance à un mouvement officieux de garde nationale, fondé sur des obligations non précisées, à Montréal et à Toronto. Certaines femmes aventurières ont décidé qu’il était de leur devoir d’apprendre à tirer. Les hommes inscrits aux études du premier cycle à McGill ont été faciles à convaincre, que ce soit par l’exemple, l’intimidation ou l’orgueil, à devenir les guerriers du XXe siècle naissant. Ils ont donc appris à « mettre l’arme à l’épaule » et à « former des groupes de quatre » dans les rangs du COTC. William Peterson, le principal de McGill, étant en Angleterre quand la guerre a été déclenchée, des membres influents de l’association des anciens de l’Université, la Société des diplômés – J.C. Kemp, Paul F. Sise, Allan Magee, George McDonald, Gregor Barclay et Percival Molson – ont pris l’initiative d’organiser le bataillon provisoire de McGill en puisant parmi les étudiants, les diplômés, les professeurs et même des citoyens sans aucun lien avec l’Université. Le Major Auckland Geddes a accepté avec enthousiasme le commandement du bataillon, qu’il a assumé jusqu’à la mi-octobre, quand il a été convoqué en Angleterre pour y devenir officier d’infanterie16. Son successeur au bataillon de McGill a été le Lieutenant-colonel Robert Starke, du régiment Victoria Rifles de Montréal, qui a tôt fait de céder sa place à Allan A. Magee, avocat formé en Ontario et chef d’entreprise, qui figurait parmi les premiers officiers issus du corps-école.

Geddes a imposé la rigueur qu’il fallait à l’instruction du bataillon de McGill. Les samedis étaient consacrés à une randonnée sur le mont Royal et à une traversée de Westmount au pas de gymnastique. La participation au drill est devenue obligatoire les jours de semaine. Ce nouveau régime a vite chassé des rangs les vieux professeurs et les industriels corpulents désireux d’afficher leur patriotisme. On a assuré les membres âgés, essoufflés, qu’ils serviraient mieux le bataillon depuis les trottoirs, par leurs applaudissements. Par contre, seuls la maladie et le deuil étaient des motifs jugés acceptables pour se faire dispenser du drill et, comme c’était le cas pour les étudiants qui faisaient l’école buissonnière, les membres qui s’absentaient devaient, entre autres, s’expliquer en personne à leur doyen. Frank Adams, doyen des sciences pratiques (ou du génie), et M. Walton, doyen des arts, étaient soldats dans le régiment de McGill. Le 1er octobre 1914, le prince Arthur, duc de Connaught et gouverneur général, a inspecté l’unité et incité ses organisateurs à former des officiers pour toutes les unités de génie et de médecine que pourrait exiger « le lord de la Guerre de l’Empire », Lord Kitchener. Rappelé chez lui en Angleterre pour remplir ses obligations militaires comme « territorial », Geddes a cédé le commandement au Lieutenant-colonel Allan A. Magee. Par suite d’une visite en novembre, le ministre de la Milice, le désormais sir Sam Hughes, a tenté d’éclaircir la question du statut de l’unité de McGill, en déclarant que le bataillon de McGill était désormais une unité du COTC comptant huit compagnies et forte de mille membres. Une date butoir a été fixée pour que les militaires désirant se qualifier en vue d’une commission d’officier canadienne communiquent leurs intentions17.

Peu de temps après, le contingent a connu sa première perte. Le footballeur John Abbott, lieutenant au corps-école d’officiers, a perdu la vie des suites d’un accident sportif dont les conséquences ont été aggravées par une septicémie aiguë attribuée à son dévouement à l’entraînement militaire. Un peloton de tir a salué son inhumation au cimetière protestant de Montréal.

Le journal étudiant de McGill, The Daily, allait acquérir plus tard la réputation de bastion du pacifisme radical, mais il était un fervent partisan du COTC pendant la guerre. Il dénonçait les « lâches » qui refusaient de s’enrôler ou qui se désistaient du drill. McGill, à son avis, jouait un rôle sur la scène internationale. Le 3 novembre 1914, le Daily déplorait que, malgré les 925 membres que comptait le bataillon de McGill, son défilé le plus imposant n’en avait rassemblé que 412, « … une performance médiocre et démoralisante pour ceux qui consacrent leur temps à l’instruction des hommes »18. Qui plus est, on se demandait si les militaires de McGill allaient un jour avoir la chance de combattre et de tomber au champ d’honneur. « Notre université doit-elle rester inerte, demandait le Daily, pendant que l’avenir de tous ses idéaux de liberté et de progrès se décide par les armes? Ne peut-elle pas lutter pour la liberté? Compte-t-elle pour quelque chose? Peut-on dire qu’une année, qu’un lieu, qu’une cohorte, que l’avenir d’une seule personne ont la moindre importance quand tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes est en péril? » (The Daily, 1er octobre 1914). Même si Sam Hughes avait eu la prudence de rappeler au public que le COTC à proprement parler ne pourrait pas participer à la guerre, le Daily exigeait qu’une « unité quelconque de l’Université McGill prenne sa place sur la ligne de bataille »19.

Sir Robert Borden

Sir William Orpen/Collection Sir William Orpen/Bibliothèques et Archives Canada/No d’entré 1991-76-1

Sir Robert Borden.

La première solution adoptée a consisté à lever une compagnie qui, sous les ordres du Capitaine Gregor Barclay, ferait partie du 38e Bataillon d’Ottawa qu’était en train de constituer un ancien de l’Université McGill, le Lieutenant-colonel C.M. Edwards. Les volontaires étaient toutefois rares, car le Daily, malgré sa ferveur patriotique, prévenait les intéressés que se joindre au 38e les condamnerait à finir leur carrière d’universitaire avec un salaire de soldat et ruinerait leur statut social20. Une meilleure solution s’est rapidement présentée. En effet, les réservistes de l’armée britannique qui vivaient au Canada au moment du déclenchement de la guerre ont été dispensés du devoir de rejoindre leur ancienne unité s’ils se joignaient à une unité spéciale du Corps expéditionnaire canadien (CEC), appelée Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI) en l’honneur de la fille du gouverneur général. Compte tenu de la rémunération avantageuse – un shilling par jour pour un soldat britannique et quatre fois cela pour un Canadien (1,10 $ par jour), un millier de réservistes britanniques déjà formés s’est laissé tenter. Dès le mois de décembre 1914, le régiment PPCLI était dans les tranchées. En avril 1915, le Canada avait déjà perdu 6000 hommes à l’artillerie et aux gaz allemands à Ypres, et le PPCLI avait lui aussi subi des pertes colossales. Une unité d’élite pouvait-elle s’attendre à autre chose? Mais comment pourrait-elle renouveler ses rangs? Les étudiants de l’université, déjà membres de l’élite sociale, sont devenus des remplaçants opportuns. Des membres du COTC, partout au Canada, ont été recrutés dans les compagnies universitaires et dépêchés pour grossir les rangs du PPCLI. La deuxième de cinq compagnies était essentiellement formée d’étudiants de McGill et commandée par l’un d’eux, le Capitaine Percival Molson. Le prestige de Molson et du PPCLI semble être venu à bout de la réticence que certains éprouvaient à participer à la guerre comme simple soldat21. La compagnie s’est jointe au PPCLI peu de temps avant la défense héroïque du régiment à Hooge, en juin 1916. Les pertes parmi les Montréalais ont été lourdes22.

À l’instar de celles des autres universités, la faculté de médecine de McGill a mis sur pied des services de santé, dont le 3e Hôpital général canadien. L’hôpital Royal Victoria, affilié à McGill, a recruté la plupart des infirmières militaires. Le 3e Hôpital général canadien a aussi attiré le poétique professeur John McCrae, ancien combattant de la Guerre des Boers, qui occupait auparavant un poste de médecin d’unité.

L’envoi d’universitaires au PPCLI était un aussi grand gaspillage de main-d’œuvre spécialisée que le PPCLI proprement dit. Les bataillons du Premier contingent, pas encore aguerris, avaient un urgent besoin de soldats formés et de dirigeants très motivés. En 1915, l’organisation du CEC a pris une ampleur sans précédent. Au début de l’année 1916, on était passé des 18 bataillons d’origine, présents à Valcartier, à 270 bataillons ayant besoin chacun d’au moins 30 officiers, sans compter les batteries d’artillerie, les compagnies du génie et une foule de régiments montés de carabiniers. L’un des nouveaux bataillons, le 148e, commandé et organisé par le Colonel Magee, avait établi son quartier général dans l’ancienne école secondaire de la rue Peel. Il recrutait son effectif, surtout des anglophones de Montréal, essentiellement par l’intermédiaire de l’Université McGill. À cette fin, il avait installé partout sur le campus des affiches jaunes, montées d’un petit miroir, qui disaient « Cet homme est recherché par le 148e Bataillon » à celui dont le visage se reflétait dans le miroir. Comme la plupart des nouveaux bataillons du CEC, le 148e allait être fractionné pour fournir des renforts en Angleterre. Ses couleurs et ses traditions ont été confiées à l’Université. Le Colonel Magee, revenu de la guerre décoré de l’Ordre du Service distingué (OSD), s’est joint au Conseil des gouverneurs de McGill en 1939 et a conseillé le ministre de la Défense nationale dans le courant des années 194023.

Why Don't They Come?... MCG 19880262-001,  Muse canadien de la guerre

Why Don't They Come?... MCG 19880262-001, © Muse canadien de la guerre

Deux batteries d’artillerie de siège ont également recruté leurs membres à McGill – la 7e en 1916 et la 10e en 1917 –, car l’expertise de McGill en mathématiques, semblait-il, était une nécessité professionnelle pour les officiers d’artillerie lourde. Sans doute le survivant le mieux connu, le Sergent Brooke Claxton, s’est illustré dans l’exercice du droit et de la politique, entre autres en qualité de ministre de la Défense nationale sous Louis Saint-Laurent, puis à titre de président fondateur du Conseil des Arts du Canada. Vers la fin de 1918, trop tard pour la guerre, Ottawa a constitué un « bataillon blindé universitaire », auquel McGill a fourni 26 officiers et 186 militaires du rang24.

Même si la majorité des membres du COTC provenait des facultés des arts, des sciences et du génie, presque toute la collectivité de McGill a répondu à l’appel de l’effort de guerre. Les femmes qui savaient conduire ont proposé de conduire les ambulances et de remplacer les chauffeurs, essentiellement des hommes, de sorte qu’ils puissent s’enrôler. D’autres ont étudié les premiers soins et se sont qualifiées pour le Détachement d’aide volontaire. Helen Reid, l’une des premières diplômées de McGill, est devenue la figure de proue de la section montréalaise du Fonds patriotique canadien, un organisme caritatif créé afin de lever des fonds pour les familles de soldats, qui étaient souvent laissées dans le besoin pendant que le ministère de la Milice s’occupait des papiers à remplir pour leur attribuer une indemnité d’absence du foyer25.

Au total, selon l’historien officiel de l’Université McGill, Stanley Frost, plus de 3000 étudiants et anciens de McGill ont servi à la guerre; de ce nombre, 383, ou 12 pour cent, ont péri26. En dépit de la présence du corps-école d’officiers, la plupart des étudiants de McGill ont commencé dans le rang. En 1917, le Corps-école d’officiers canadiens dotait la majorité de ses postes d’officiers à même ses propres hommes de troupe, l’expérience au combat et le leadership éprouvé étant des garanties plus sûres que la signature d’un colonel de milice approuvant l’attribution d’une commission au fils d’un ami. Deux membres de la collectivité universitaire de McGill, le Capitaine F.A.C. Scrimger et le Soldat Fred Fisher, ont mérité la Croix de Victoria. Le Colonel John McCrae, mort de pneumonie en 1918, nous a laissé le poème le plus connu du Canada : Au Champ d’honneur.

La guerre a coûté au Canada approximativement 65 000 jeunes vies, et a laissé des séquelles physiques et psychologiques à un nombre équivalent de militaires. À cela s’ajoutent environ 30 000 veuves et orphelins. Le Canada était profondément divisé et gravement endetté, mais il n’était guéri qu’en partie seulement de la croyance que son premier devoir consistait à protéger l’Empire britannique. Le coût énorme et inattendu de la guerre, en plus de ses bien maigres résultats, a désintéressé la plupart des Canadiens de l’idéal de sécurité collective que proposait la Société des Nations.

VAD Nursing Members., MCG 19920143-009, © Muse canadien de la guerre

VAD Nursing Members., MCG 19920143-009, Muse canadien de la guerre

L’entre-deux-guerres

Malgré sa production d’officiers restreinte en temps de guerre, le COTC de McGill a repris ses activités en 1920 pour fournir des officiers aux trois armées d’après-guerre du Canada. Cette année-là, la Conférence des universités canadiennes a été le théâtre d’une allocution du Colonel Magee, au cours de laquelle il a affirmé avec conviction que les officiers sortis du rang n’avaient ni la bonne éducation, ni l’énergie intellectuelle des étudiants universitaires. Les corps-écoles d’officiers en milieu universitaire, a-t-il insisté, devaient faire partie de l’avenir du Canada. Les éventuels officiers d’infanterie et de cavalerie, à son avis, étaient ceux qui avaient le plus besoin d’instruction. Comme les étudiants en arts avaient l’horaire de cours le moins chargé, ils étaient des candidats tout indiqués. Les ingénieurs et les médecins faisaient toutefois exception. Au sujet de ses collègues avocats, le Colonel Magee a gardé le silence27.

Après la guerre, l’ardent militarisme qui avait donné naissance au COTC s’était essentiellement éteint. Nommé en 1919 pour succéder à Peterson, en raison de ses services à l’Empire pendant la guerre, Auckland Geddes a plutôt choisi de demeurer au sein du gouvernement d’après-guerre de Lloyd George et de devenir ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington. Il a vite été remplacé par un héros de guerre encore plus connu, le Lieutenant‑général sir Arthur Currie, dont le prestige comme commandant du Corps expéditionnaire canadien compensait l’absence de diplôme universitaire. Les anciens combattants ont rempli les salles de cours de McGill, et Currie s’est engagé à mémoriser le nom de tous les étudiants. S’il n’hésitait pas à faire valoir son autorité quand les riches membres du Conseil de McGill tentaient de l’intimider, Currie a remporté moins de succès quand est venu le temps d’amener les gouvernements d’après-guerre à honorer l’engagement, pris en temps de guerre, de verser 100 000 $ pour construire un manège militaire et une salle d’exercices à l’intention du COTC de McGill28.

En dépit de l’appel passionné du Colonel Magee, les contingents du COTC, comme la plupart des forces armées du Canada entre les deux guerres, ont connu leur lot d’apathie et d’humiliation. La plupart des commissions dans la milice étaient dénuées de prestige, et l’instruction était répétitive et ennuyante – et elle devait être bon marché. Les membres du COTC s’entraînaient dans des sous-sols de McGill ou au mont Saint-Bruno, et passaient leurs étés dans des tentes à Farnham ou au mont Saint-Bruno. Un membre de l’entre-deux-guerres, Ben Mendelsohn, se souvient d’avoir rejoint le COTC en 1934, son père étant convaincu que l’Allemagne provoquerait une autre guerre et qu’il serait utile de connaître la chose militaire. En mai 1939, Mendelsohn a décroché un emploi, quitté McGill et le COTC, et inscrit son nom à la réserve des officiers à titre de lieutenant29. Le 10 septembre 1939, jour où le Canada a déclaré la guerre à l’Allemagne, le contingent de McGill ne comptait que 39 membres.

Allons-y.CANADIENS!, MCG 20020029-021, © Muse canadien de la guerre

Allons-y.CANADIENS!, MCG 20020029-021, Muse canadien de la guerre

La Seconde Guerre mondiale

On considère généralement que le Canada était beaucoup moins préparé pour la Deuxième Guerre mondiale qu’il ne l’avait été pour la Première. Son principal atout résidait dans ses faits d’armes et les milliers d’anciens combattants d’âge moyen qui en avaient été responsables. Le principal Douglas, un Américain, a remis sa démission la veille de la guerre, et l’Université souffrait de l’absence d’un leadership à l’image de celui qu’exerçait le principal Peterson en 1914. Le 12 septembre 1939, le contingent de McGill comptait à peine 85 membres. Le Colonel A.A. Magee en a assumé le commandement à titre intérimaire et a tôt fait d’intimer les anciens officiers du CEC et les anciens élèves-officiers du CMR à planifier des cours à l’intention des instructeurs. L’effectif de l’établissement a été établi, comme en 1914, à un millier d’élèves-officiers, auxquels s’ajoutaient 150 autres du campus du Collège Macdonald, dans l’ouest de l’île de Montréal, où McGill avait établi ses facultés d’agriculture, d’éducation et de sciences domestiques. La construction du gymnase Sir Arthur Currie Memorial, le gymnase et la salle d’exercices que McGill espérait de longue date, a commencé à l’automne. Les démarches de Magee ont abouti à l’instauration d’un cours de maniement de la mitrailleuse offert par le Royal Canadian Hussars (Montreal) dans son propre manège militaire. Le commandant du régiment des Hussars, le Colonel W.C. Nicholson, s’enorgueillissait du fait que 30 anciens combattants avaient troqué leur complet pour de vieux vêtements afin de réacquérir d’anciennes habiletés. « Cela fait chaud au cœur de les voir à l’œuvre », déclarait-il au Montreal Herald. « Ils débordent d’enthousiasme et ont hâte d’en découdre sur le champ de bataille. La vitesse à laquelle ils retrouvent leur aise est remarquable, compte tenu de tout le temps où ils n’ont pas touché à une mitrailleuse30. » L’échevin de Montréal J. Alex Edmison a annoncé que les diplômés de l’Université Queen’s pourraient constituer un peloton du COTC de McGill s’ils s’enrôlaient en assez grand nombre31.

Déjà, au mois d’octobre, 700 personnes s’étaient enrôlées, soit 395 diplômés et 305 étudiants du premier cycle. Comme en 1914, l’effectif officiel était limité au nombre de 1000, que le Collège Macdonald venait compléter par un contingent de 150 membres.À la fin de l’année 1939, il avait pourtant grimpé à 1175 membres, la dure réalité de la guerre faisant son chemin dans la conscience collective. Le 13 septembre, par exemple, l’équipe de football de McGill a interrompu son entraînement pour permettre à certains équipiers de s’exercer au drill. Le 26 septembre, toute l’équipe avait convenu de participer au drill. En novembre, la Société des diplômés de McGill a dépensé 1200 $ pour remplacer les uniformes quelque peu usés de la fanfare de l’Université par de tout nouveaux uniformes composés d’une chemise et d’un pantalon blancs, d’une cape et d’un chapeau rouges, une tenue « … élégante sans être criarde, et convenant à toutes les conditions météo », assurait la Société à ses membres. Elle a ensuite invité les membres de la fanfare à se joindre au COTC en masse. Ces derniers ont accepté les uniformes, mais poliment refusé de s’enrôler32. Le 4 novembre, le COTC était bien en vue au Stade Percival-Molson, quand les footballeurs de McGill ont défait leurs adversaires de l’Université Queen’s. À la fin du match, le COTC s’est rassemblé et a défilé sur le terrain, avant d’être passé en revue par un ancien professeur distingué de McGill, le Major-général A.G.L. McNaughton, désigné pour commander des soldats canadiens outre-mer. En novembre, le Montreal Star racontait que 400 élèves-officiers de McGill, dont une centaine du campus Macdonald, s’étaient « …pratiquement sentis mal lors d’une démonstration de camouflage et d’utilisation de gaz lacrymogènes » au cours d’un exercice tactique organisé par les Royal Canadian Dragoons, près de leur caserne de Saint-Jean. Un peloton des Dragoons, caché dans la forêt, a fait la démonstration de ses techniques de campagne devant des journalistes et des élèves-officiers du COTC ébahis33.

General A.G.L. McNaughton

Yousuf Karsh/Bibliothques et Archives Canada/PA-034104

Le Gnral A.G.L. McNaughton, officier gnral charg du commandement de la 1re Division du Canada en 1939.

Dès le départ, on s’attendait à ce que les COTC établis sur les campus du Canada forment des officiers, et pas seulement des recrues. Le message livré par le Colonel Magee en 1920, qui voulait que les officiers issus du rang n’avaient ni la bonne éducation ni l’énergie intellectuelle qu’exigeait leur rôle, avait de toute évidence été accepté par le quartier général de la milice. Dans le but de se doter des installations dont elle avait besoin, l’Université McGill avait utilisé le décès du principal Currie, en 1933, comme prétexte pour recueillir des fonds afin de construire le manège militaire et le gymnase dont elle avait besoin depuis longtemps, de même qu’un monument commémoratif fonctionnel à la mémoire des militaires de l’Université morts à la guerre. La construction a commencé à l’automne 1939, mais comme l’économie de guerre succédait à celle de la Dépression, le coût estimatif de la structure, établi initialement à 280 000 $, a grimpé à 294 000 $. Lady Strathcona avait promis 100 000 $ pour la construction de l’édifice, et la Société des diplômés de McGill s’était engagée à verser 175 000 $. Les coûts partant à la hausse, les diplômés ont discrètement porté leur contribution à 189 000 $. De leur côté, les entrepreneurs avaient promis d’accélérer les travaux. À son inauguration, le gymnase Currie était le manège militaire qui comportait la plus grande salle d’exercices à Montréal. À la fin de la première année de la guerre, le nouveau principal de McGill, M. Cyril James, Ph.D., passait en revue le COTC matin et soir. Le Colonel Magee commandait à la fois les contingents de jour et de soir. Les entrepreneurs avaient dû installer temporairement des planches brutes au sol, en attendant que le plancher soit prêt.

Pour le cas où le COTC de McGill devrait fournir des spécialistes universitaires aux différentes branches de l’armée, Magee a organisé le COTC de 1939 en huit compagnies, en constituant des pelotons et des sections distincts pour les militaires convoitant une commission d’officier dans l’infanterie, l’artillerie, le génie, les services de santé, l’arpentage, la force aérienne, et même la cavalerie et les blindés. Les élèves-officiers d’artillerie ont déménagé au manège de la rue Craig, où un régiment d’artillerie de la milice pouvait faire la démonstration de son équipement et de ses techniques34. Le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, mieux connu sous le sigle PEACB, a invité McGill à proposer aux professeurs et aux étudiants spécialisés en mathématiques et en physique de former les futurs navigateurs. Les volontaires provenaient pour la moitié du COTC. Cinquante pour cent d’entre eux n’avaient pas servi, mais tous détenaient un diplôme spécialisé en mathématiques et en physique35.

Au mois de juin 1940, le souvenir des réussites de la Grande Guerre a cédé la place aux appréhensions concernant la défaite imminente de la Grande-Bretagne, le mot « blitzkrieg » étant venu enrichir le vocabulaire de tout un chacun. William Lyon Mackenzie King, premier ministre libéral, a téléphoné au président américain Franklin Delano Roosevelt et, comme l’a confirmé un communiqué de presse publié à Ogdensburg (New York) le 17 août 1940, a redéfini la position du Canada, qui est passé de la protection de la Grande-Bretagne à une dépendance nerveuse à l’égard de l’empire américain. La Loi sur la mobilisation des ressources nationales (LMRN) a instauré la conscription aux fins de la défense territoriale. Si l’on pouvait contraindre les jeunes Canadiens-français à servir, la même chose devait s’appliquer aux étudiants de sexe masculin inscrits au premier cycle à McGill et qui répondaient aux critères de santé, à moins qu’ils soient occupés à acquérir des compétences utiles à l’effort de guerre. Le COTC a donc perdu son caractère facultatif, et les membres de la fanfare n’avaient plus le choix de s’enrôler. Le gymnase Currie a enfin été achevé, avec sa salle commémorative où, assurait-on aux parents des étudiants tombés au combat, les victimes de la guerre ne seraient jamais oubliées. Pendant ce temps, la Deuxième Guerre faisait de plus en plus de victimes. Les étudiants de sexe masculin ne pouvaient rester à l’Université que s’ils fréquentaient le COTC et suivaient des cours approuvés. Quarante objecteurs de conscience qui ont protesté ont été menacés d’expulsion, à l’insistance du Conseil des gouverneurs de McGill. Deux récalcitrants ont finalement été suspendus. Plus tard, quand on a ajouté à la LMRN la possibilité d’un service de remplacement, les deux étudiants en question ont été prudemment réintégrés36.

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le COTC de McGill, commandé par le Lieutenant-colonel J.M. Morris, avait formé 7000 militaires, dont 5568 s’étaient portés volontaires pour servir outre-mer. De ce nombre, 298 sont morts ou ont été tués (davantage dans l’Aviation royale du Canada [ARC] que dans l’Armée de terre) et 627 ont été décorés pour leurs services.

Le trs honorable W.L. Mackenzie King et le Gnral A.G.L McNaughton

Ministre de la Dfense nationale du Canada/Bibliothques et Archives Canada/PA-142430

Le trs honorable W.L. Mackenzie King et le Gnral A.G.L McNaughton en compagnie d'officiers du 1er Rgiment d'artillerie moyenne de l'Artillerie royale canadienne, le 26 aot 1941.

La guerre froide

Les célébrations de l’après-guerre ont été brèves. Le gouvernement d’Ottawa a démobilisé tous les soldats qu’il pouvait, et McGill a pris le contrôle de l’ancienne base de l’ARC à Saint-Jean pour offrir des programmes professionnels à la vague des militaires qui revenaient au pays. L’organisation militaire du Canada est revenue essentiellement au même niveau qu’en 1939 – une force régulière modeste composée de marins, de soldats et d’aviateurs, à laquelle s’ajoutaient une réserve de marins volontaires peuplant des « frégates de pierre » partout au Canada, une armée de réserve semi-formée, largement dépourvue d’équipement, et une force aérienne auxiliaire organisée et équipée pour faire tout ce que la force régulière pouvait lui demander. Les programmes d’instruction d’officiers actifs en temps de guerre sont devenus caducs. En 1946, les forces armées disposaient d’un COTC à peine révisé, de Divisions universitaires d’instruction navale (DUIN) et d’un Programme universitaire d’entraînement aérien (Réserve) qui laissaient croire que presque tous les officiers de la force régulière et de la force de réserve proviendraient des universités. Les aspirants officiers recevraient la plus grande partie de leur instruction au cours de deux camps d’été successifs de quatre mois organisés par leur service ou leur branche d’appartenance. Pendant l’année universitaire, ils consacreraient une soirée par semaine au drill et à des cours magistraux.

Le COTC de temps de guerre de l’Université McGill a été démantelé officiellement en 1946. Tous les officiers qui y travaillaient et y étudiaient ont été rayés de l’effectif. Les entrepôts ont été vidés et l’équipement retourné. Le COTC renouvelé était appelé à servir exclusivement l’Armée de terre. Le cadre du COTC de McGill en temps de paix comprenait un lieutenant-colonel et son adjoint, trois majors comme instructeurs et un capitaine, issu de la Force active, à titre d’officier d’état-major résident. Les autres services ont fourni un soutien en personnel comparable pour leur contingent d’élèves-officiers.

L’inscription au nouveau COTC a commencé vers la fin de l’été 1946. Deux cents personnes ont posé leur candidature, mais seules 101 ont été acceptées, en raison des quotas serrés imposés par les branches. Le Corps des services de santé comptait 17 élèves-officiers, l’infanterie seulement 11, et 5 ont choisi le domaine des transmissions. Les deux tiers des inscrits étaient des anciens combattants. Ottawa a décidé d’exiger, comme dans les provinces à l’ouest de la rivière Outaouais, que les candidats possèdent un diplôme d’études secondaires, en plus de répondre aux normes de l’université et de recevoir jusqu’à 40 heures d’instruction militaire par semestre. Cette décision a été particulièrement préjudiciable à l’Université McGill et aux autres universités du Québec et des Maritimes.

Les élèves-officiers étaient tenus de faire preuve de « camaraderie », probablement en fréquentant le mess des officiers du COTC de McGill, établi dans le gymnase Currie au cours de la guerre et jugé essentiel à l’instruction des officiers. Le mess est resté actif en temps de paix. Les anciens et les nouveaux officiers du COTC y trouvaient ce qui était, dans les faits, un bar logeant sur le campus. Il en allait de même des dirigeants de l’Université qui se joignaient à la 3946-XO Association, gérée par le Major E.L. Greenwood.

Les activités, la gestion et les assemblées générales annuelles du mess des officiers de McGill dominent les archives d’après-guerre du contingent. Une ample correspondance atteste de la réticence du ministère de la Défense nationale (MDN) à rembourser à McGill les coûts liés aux locaux du mess. Peter Rehak, distingué journaliste ayant étudié à McGill, doit sa présence dans les archives du COTC de McGill à une photographie prise durant un dîner au mess et portant la légende suivante : « … juste avant que Rehak ne tombe à la renverse ». L’idée d’établir un mess avait été inconcevable à l’époque plus puritaine de sir Sam Hughes, et encore impensable avant la guerre. À présent, le mess était un élément incontournable de la vie militaire à McGill : on y tenait des cocktails, des dîners et un bal régimentaire annuel. En retour, et non sans réserves, le MDN louait de l’Université les installations du gymnase Currie37. Les membres du COTC devaient toutefois respecter les ordonnances royales, qui interdisaient que l’on fasse payer aux invités leurs propres consommations. L’hôte devait donc défrayer les personnes qu’il invitait au mess. Si ce dernier était prêté à une autre organisation, les membres du COTC en étaient rigoureusement exclus. Bien qu’on ait fait appel à un comité de dames pour renouveler le mess et son mobilier, le mess est demeuré un club exclusivement masculin jusqu’aux années 1950, quand l’ARC, bientôt suivie des autres services, a commencé petit à petit à accepter des femmes parmi ses officiers. Le mess du gymnase Currie hébergeait également une bibliothèque militaire, où les élèves-officiers du COTC pouvaient emprunter des brochures et des textes militaires les soirs de défilé.

L’instruction estivale rapportait pendant trois mois aux membres du COTC l’équivalent d’un salaire de sous-lieutenant38. Si l’on ajoutait à cela les 16 jours rémunérés en hiver, cela permettait à un étudiant vivant simplement de payer ses droits de scolarité et ses frais de subsistance pendant toute l’année suivante. Après deux années d’instruction, un élève-officier pouvait se qualifier pour le grade d’officier le moins élevé. Après le début de la guerre froide, tandis que le Canada conservait une brigade de première ligne en Europe, certains élèves-officiers ont eu le privilège de passer une troisième année d’études outre-mer au sein d’une unité de la branche de leur choix, où ils ont pu participer à des manœuvres plus réalistes et faire du tourisme en Europe de l’Ouest. Parmi les préoccupations qui l’occupaient après 1945, signalons que le COTC de McGill cherchait à récupérer ses fonds régimentaires du MDN, qui se les était appropriés dans le cadre de la réorganisation de 1946 et en reversait une partie à l’Université pour l’entretien des monuments aux morts de la guerre sur ses deux campus. Le solde des fonds accumulés (41 560 $ en 1949) était conservé en fiducie « … pour être utilisé dans l’intérêt ou à l’avantage du contingent de l’Université McGill, du COTC ou de ses successeurs39 ».

La guerre froide qui se prolongeait justifiait le maintien du COTC et des corps semblables, mais les officiers d’état-major n’avaient pas besoin de regarder très loin pour remarquer l’apathie et l’indifférence aux détails de l’administration interne. Prenons pour exemple le programme d’activités sportives organisé pour les unités de réserve de Montréal. Il a été difficile de trouver des joueurs de baseball au sein d’une unité dont les membres se déployaient partout au Canada durant les mois d’été. L’équipe de tir a toutefois été plus compétitive, même si le niveau d’habileté des participants était variable. Le vénérable COTC était loin d’être le plus grand des trois contingents participants : en 1956, par exemple, on pouvait compter sur les photographies de groupe 48 représentants du COTC, 49 membres de la DUIN et 135 officiers et élèves-officiers d’aviation dans le Programme universitaire d’entraînement aérien (Réserve) du Commandant d’escadre C.D. Solin40.

Démantèlement en 1968

Le 1er mai 1968, tous les programmes canadiens d’instruction d’officiers en milieu universitaire ont été abolis. Le Lieutenant-colonel W.E. Haviland, dernier commandant du COTC de McGill, a maintenu que la décision n’avait aucun lien avec le programme controversé du gouvernement, qui consistait à réunir les trois forces armées, mais il était d’avis que l’économie qu’elle représentait était plus facile à réaliser maintenant que les trois éléments étaient unifiés. Elle n’était pas non plus attribuable, comme d’aucuns le prétendaient à l’époque, à Pierre Elliott Trudeau, car ce dernier avait été choisi comme chef du parti libéral et premier ministre du Canada un mois après qu’elle avait été prise. Il ne fait aucun doute, bien entendu, que Trudeau y avait donné son assentiment. Compte tenu du fait que le programme avait aidé tant d’étudiants à financer leurs études universitaires, l’absence de dissension, voire d’intérêt, a été quelque peu étonnante. Pour sa dernière apparition dans Old McGill, l’album de finissants de l’Université, le COTC avait rassemblé quatre officiers, un sergent-commis et seulement huit élèves-officiers. L’escadron du Programme universitaire d’entraînement aérien (Réserve) de McGill comptait 4 officiers et 18 élèves-officiers – dont une jeune femme souriante sur qui un jeune homme de la rangée du fond posait une main possessive41. La division d’instruction navale de McGill n’était même pas représentée dans l’album42.

Corps-cole d'officiers canadiens

Photo du Centre d'imagerie interarmes des FC 288-IMG0006

Le Sous-lieutenant Ray Hache, du Corps-cole d'officiers canadiens, observe un membre du 4e Atelier de campagne, du Corps royal canadien des ingnieurs lectriciens et mcaniciens, rparer une moto en juin 1960.

La réalisation d’économies était un important argument en faveur de l’unification des trois services canadiens. Or, l’unification a rappelé aux trois services autrefois indépendants que l’instruction d’officiers en milieu universitaire n’avait pas été particulièrement rentable, compte tenu du personnel et des installations qu’il fallait pour entretenir des contingents partout au Canada et donner des cours d’été spécialisés dans presque toutes les installations d’instruction des services et des branches. Dans le contexte du radicalisme étudiant et de la dissidence politique qui régnaient au nord comme au sud du 48e parallèle dans les années 1960, de nombreuses universités américaines avaient démantelé leur contingent d’instruction d’officiers de réserve, ou ROTC, afin de soustraire une cible aux militants des campus. Le militarisme qui avait donné naissance au COTC de McGill en 1912 n’était plus qu’un lointain souvenir, tout comme l’esprit qui avait amené le McGill Daily,en 1915, à exiger qu’Ottawa s’empresse de donner aux étudiants un moyen de donner leur vie pour le roi et pour l’Empire. Ceux qui déploraient la fermeture du mess des officiers n’iraient pas jusqu’à manifester leur désaccord au portail Roddick de l’Université. Le 3 février 1968, 68 anciens combattants du COTC se sont réunis au gymnase Currie. Parmi eux se trouvaient quatre anciens de 1912, de même que le Brigadier J.A. De la Lanne, commissionné du rang pendant la Première Guerre mondiale et titulaire de la Croix de guerre avec agrafe. Ce dernier était devenu un comptable agréé prospère et avait joué le rôle de vice-capitaine adjudant dans l’armée canadienne au cours de la Deuxième Guerre43. Après 56 ans d’existence, le COTC de McGill était à présent relégué à l’histoire. La salle commémorative est rapidement tombée dans l’oubli et, le sol s’étant soulevé sous les portes, elle est même devenue inaccessible. En dépit de la rhétorique solennelle du souvenir, ainsi que du fonds fiduciaire commémoratif des volontaires du COTC, l’administration de McGill n’a pas jugé que les réparations étaient urgentes. Quelle qu’ait été sa mentalité dans les années 1940, l’Université a même laissé tomber les célébrations du jour du Souvenir jusqu’à ce que des étudiants organisent par eux-mêmes une cérémonie commémorative en 199444.

Corps-cole d'officiers canadiens

Photo du Centre d'imagerie interarmes des FC 288-IMG0036

Le Sous-lieutenant Merchant, du Corps-cole d'officiers canadiens, affect en Europe au sein du 1er Bataillon, The Black Watch (Royal Highland Regiment of Canada), dirige une patrouille prs d'un moulin vent allemand en juillet 1960.

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Un des historiens les plus reconnus du Canada, Desmond Morton, OC, CD, MSRC, s'est joint l'Universit McGill en 1994 titre de directeur fondateur de l'Institut d'tudes canadiennes de McGill. Auteur de quarante ouvrages sur l'histoire des relations militaires, politiques et industrielles du Canada, il est actuellement titulaire de la Chaire Hiram Mills et professeur d'histoire mrite McGill, de mme que professeur d'histoire mrite l'Universit de Toronto.

Notes

  1. Le présent article a vu le jour sous la forme d’une allocution du président de la James McGill Society, organisme voué à la préservation de l’histoire de l’Université McGill. Je souligne d’entrée de jeu l’assistance de Gordon Burr et du personnel du service des archives de McGill, ainsi que d’un bon nombre d’anciens membres du COTC et, plus particulièrement, le soutien des historiens de l’Université, Stanley Brice Frost, Ph.D., et Peter McNally, Ph.D. 
  2. À ce sujet, voir R.A. Preston, Canada and "Imperial Defence" (Toronto, University of Toronto Press, 1967), et Norman Penlington, Canada and Imperialism (Toronto, University of Toronto Press, 1965).
  3. Au sujet du mouvement des cadets, voir Desmond Morton, « The Cadet Movement in the Moment of Canadian Militarism, 1900-1914 », dans Revue d’études canadiennes, vol. XIII, no 2, p. 56-62.
  4. James L. Hughes, « Drill in Schools », dans The Canadian School Journal, vol. I, no 7, décembre 1877, p. 112.
  5. Armand Lavergne, « National Defence as Viewed by French Canadians », dans Proceedings of the Canadian Military Institute, 1909-10 (19 novembre 1910),  p. 99.
  6. Cette explication est avancée par le Colonel A.A. Magee, dans « Address to the Conference of Canadian Universities at Quebec », 18 mai 1920, p. 1-2.
  7. Au sujet de Geddes, voir Oxford Dictionary of National Biography (Oxford, Oxford University Press, 2004) XXI, p. 693, et Stanley B. Frost, McGill University: For the Advancement of Learning, vol. II, p. 99 et 109.
  8. Andrew Macphail, « Theory and Practice », dans University Magazine, XII, octobre 1913, p. 196.
  9. Au sujet de la création de la Canadian Defence League, voir Morton, « The Cadet Movement », p. 62-63 et suivantes.
  10. Ibid., p. 62-63. Le don de Lord Strathcona a contribué à inspirer la création de la CDL à Toronto. Voir le périodique de cette dernière : Canadian Defence, vol. III, no 7, janvier 1912.
  11. Voir Desmond Morton, Histoire militaire du Canada, Outremont, Athéna éditions, 2009, p. 145-146. Le ministre de la Défense de Laurier, son cousin sir Frederick, a favorisé la sélection de Hughes malgré les importantes réserves du premier ministre. Sous les libéraux, Hughes a été promu au grade de colonel et a joué un rôle considérable dans le choix du fusil Ross, un fait que les libéraux ont très volontiers exploité quand les nombreux défauts de cette arme ont été rendus publics.
  12. McGill Daily, 2 octobre 1939,  p. 1.
  13. Old McGill, vol. XVII, 1914, p. 194.
  14. Entrevue avec Hutton dans le Toronto Globe, 12 décembre 1913.
  15. McGill Daily, 10 janvier 1915.
  16. En raison d’une grave chute de cheval survenue tôt dans sa carrière, Geddes n’avait guère le choix de se consacrer à des tâches d’état-major au quartier général de la BEF. Vers la fin de l’année 1916, David Lloyd George lui avait confié le système de service national de la Grande-Bretagne, après l’avoir pressé de servir comme député nouvellement élu, et non à titre de médecin. Geddes a profité de sa position pour prioriser les besoins en matière de main-d’œuvre des industries de la guerre et pour déplorer les lourdes pertes imposées par les généraux de l’armée britannique. Il est demeuré au sein du gouvernement jusqu’à ce que le Conseil des gouverneurs de McGill le désigne comme successeur du principal Peterson, épuisé. Geddes a insisté pour rester au cabinet de Lloyd George et est devenu ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington. (Oxford DNB, vol. XXI, p. 693.) 
  17. McGill Daily, 4 novembre 1914. L’annonce de Hughes a provoqué une petite controverse, menée par le journal pro-libéral Montreal Herald. À l’époque, les Britanniques avaient remplacé les compagnies de milice de 50 hommes, qui pouvaient être huit par bataillon en temps de paix, par des compagnies à double effectif qui seraient au nombre de quatre par bataillon. Chaque organisation avait donc besoin d’un manuel de drill distinct. Le CEC d’origine avait déjà été réorganisé deux fois, avant même de quitter Valcartier. McGill avait-elle reçu les bons manuels? Le Herald anticipait un scandale, mais les dirigeants de McGill ont refusé de jouer le jeu.
  18. McGill Daily, 6 novembre 1914.
  19. Ibid., 1er octobre 1914.
  20. Ibid., 4 février 1915.
  21. Molson n’était pas que le descendant de l’éminente famille de brasseurs. Il avait aussi été un athlète et un étudiant remarquable pendant ses années à McGill. Tué par un obus d’artillerie allemand en 1917, il a légué à McGill la somme de 75 000 $ pour construire le stade de football dont elle avait bien besoin et qui porte toujours son nom aujourd’hui. Voir Frost, McGill, vol. II,  p. 103.
  22. Ils nous sont rappelés par Maurice Pope, un ingénieur formé à McGill qui servait outre-mer dans le CEC. Voir M.A. Pope, Soldiers and Politicians: The Memoirs of Lt. Gen. Maurice A. Pope CB, MC, (Toronto, 1962).
  23. Au sujet de Magee, voir The Canadian Who’s Who, vol. XI, 1957, p. 688, et l’article nécrologique publié dans McGill News, automne 1961, p. 21.
  24. Frost, McGill, vol. II, p. 99.
  25. Au sujet de Reid et des difficultés des familles, voir Morton, Fight or Pay: Soldiers’ Families in the Great War (Vancouver, University of British Columbia Press, 2004).
  26. Frost, McGill, vol. II, p. 101.
  27. Voir Lieutenant-colonel A.A. Magee, « Address to the Conference of Canadian Universities at Quebec City », 18 mai 1920, p. 1-10.
  28. Voir Frost, McGill, vol. II, p. 123. Quand Ottawa a fini par émettre un refus sans équivoque, le reste des fonds amassés par l’Université pour construire un gymnase avait déjà été dépensé. Le début de la Dépression a ensuite enterré le projet, jusqu’à ce que l’Université ressente la nécessité d’un monument en bonne et due forme après le décès de sir Arthur Currie, à la fin de l’année 1933. (Frost, Ibid., vol. II, p. 223.)
  29. Le récit de Mendelsohn a été fourni par Wes Cross, du service des archives de McGill, par l’intermédiaire du site Web McGill Remembers.
  30. Montreal Herald, 27 septembre 1939.
  31. Ibid., 21 septembre 1939.
  32. McGill News, automne 1939. Gêné d’admettre que la fanfare avait refusé de se plier au désir des anciens de McGill, le journaliste s’était amusé à prédire « …[qu’] il ne saurait s’écouler plus d’un an avant qu’elle n’accepte ».
  33. Montreal Star, 23 novembre 1939.
  34. McGill Daily, 9 novembre 1939.
  35. Ibid., 19 décembre 1939.
  36. Frost, McGill, vol. II, p. 219.
  37. Les négociations reviennent constamment à l’ordre du jour de l’assemblée générale annuelle du comité du mess. Voir les archives de McGill concernant le COTC, 1er mars 1947 et 14 octobre 1947.
  38. Le juge Keith Ham se souvient d’avoir gagné 165 $ par mois, au début des années 1950, comme élève-officier de l’Artillerie royale canadienne. Pour se rendre à Shilo, où logeait l’école de l’Artillerie royale canadienne, il avait dû assurer la livraison d’une voiture d’Oshawa ou de Windsor à son nouveau propriétaire dans l’Ouest.
  39. Assemblée générale annuelle du COTC, 21 mars 1949, p. 2. (Selon l’ancien commandant, le Colonel J.M. Morris, les fonds provenaient de membres qui cédaient leur salaire au contingent au cours des premières années de la Deuxième Guerre mondiale, quand le COTC était sans le sou, afin de constituer une fiducie dans le but de contribuer à la construction d’une salle commémorative au Gymnase Currie.)
  40. Old McGill, 1956, p. 113, 370 et 374.
  41. Ibid., 1968, p. 285.
  42. Voir l’intégralité de Old McGill, 1968.
  43. McGill News, vol. XLIX, no 2, mars 1968.
  44. L’une des premières actions de l’Institut d’études canadiennes de McGill a consisté à fournir un cornemusier du régiment Black Watch en réponse à une demande d’assistance des étudiants.

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