Opérations de l'alliance

Mauve Report Cover 2003-2004

NORAD/USNORTHCOM

Quartier général de l’USNORTHCOM/du NORAD à la base de la Force aérienne Peterson à Colorado Springs, au Colorado.

Le NORAD en 2012 – Toujours en évolution et toujours aussi pertinent

par le Lieutenant-général Tom Lawson et le Capitaine Michael Sawler

 


Le Lieutenant-général Thomas J. Lawson, CMM, CD, M.Sc., est un pilote de chasse très expérimenté qui a occupé des postes de commandement à tous les niveaux, de même que divers postes d’officier supérieur d’état-major, y compris celui de chef d’état-major adjoint de la Force aérienne, de 2009 à 2011. Il est actuellement le commandant adjoint du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD).


Le Capitaine Michael Sawler, M.Sc., occupe le poste de gestionnaire des relations d’affaires du J3 (Opérations) du NORAD, à Colorado Springs, au Colorado.

 

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Mauve Report Cover 2003-2004

NORAD/USNORTHCOM  

Insigne du NORAD.

NORAD/USNORTHCOM

Lieutenant-général Thomas J. Lawson.

Introduction

Les planificateurs militaires se font parfois demander d’appliquer un « test de la feuille blanche » à la structure d’un organisme. Pour ce test, ils ne disposent que de la raison d’être de l’organisme, qui prend la forme d’une liste des objectifs organisationnels à atteindre. Les planificateurs élaborent, à partir de cette seule liste, les grandes lignes d’une organisation conçue expressément en fonction des objectifs fixés. Dans bien des cas, l’organisation optimale qu’ils conçoivent n’a pas grand-chose à voir avec la structure déjà en place, et une telle disparité fait ressortir le fait que les structures organisationnelles sont souvent l’aboutissement d’une impulsion quelconque et le fruit du hasard. De telles structures ont sans doute besoin d’être repensées et modifiées. Ce n’est pas le cas de l’organisation du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) : en effet, on pourrait soutenir sans crainte que s’ils devaient appliquer le test de la page blanche à la structure organisationnelle du NORAD, les planificateurs n’y changeraient rien. Il faut toutefois admettre qu’ils ne créeraient pas nécessairement une organisation binationale, car la particularité que présente un tel regroupement des autorités canadienne et étatsunienne reflète probablement les conditions qui ont conduit à la naissance du NORAD, à une époque où une grave menace planait, une menace tellement redoutable que seul un commandement national conjoint aurait pu disposer de tous les moyens nécessaires pour la contrer. La plupart des autres caractéristiques demeureraient sans doute à peu près inchangées, ce qui donne à penser que le NORAD est, et était dès le début, bien structuré compte tenu de sa raison d’être : missions d’alerte aérospatiale et de contrôle aérospatial et, plus récemment, d’alerte maritime. Dans le présent article, nous examinerons le chemin que le NORAD a parcouru jusqu’ici et la direction qu’il prendra, à notre avis.

Contexte

L’accord du NORAD a été conclu entre le Canada et les États-Unis en 1958, à une époque où l’Union soviétique accomplissait des progrès rapides dans le domaine de la technologie des bombardiers à long rayon d’action (BLRA) et des armes nucléaires. À l’apogée de la guerre froide, ces progrès représentaient clairement un danger réel pour les États-Unis, et par extension, pour le Canada, en raison de sa situation géographique et des relations politiques entre les deux pays. La nécessité, tant pour le Canada que pour les États-Unis, de se défendre contre une telle menace a abouti à l’établissement d’un commandement binational, soit le Commandement de la défense aérienne de l’Amérique du Nord. Au tout début, les capacités de défense aérienne du NORAD dépendaient de chaînes de radars datant du milieu des années 1950, qui s’étendaient d’une côte à l’autre du continent nord-américain et permettaient de détecter les aéronefs qui pénétraient dans l’espace aérien de l’Amérique du Nord. La première chaîne a été la ligne Pinetree, qui comptait 33 stations réparties dans toute la région du sud du Canada et dont l’installation a été terminée en 1954. Cette ligne offrait un moyen d’assurer de manière continue les missions d’alerte et de contrôle d’interception, mais il a fallu installer deux nouveaux réseaux de radars pour corriger les lacunes de la couverture, qui était incomplète à basse altitude et plus en profondeur. Dès 1957, une nouvelle ligne, soit le réseau McGill, a été installée à une latitude située à environ 300 milles au nord de la ligne Pinetree, au centre du Canada, généralement le long du 55e parallèle. Elle était principalement constituée de radars Doppler, qui créaient une sorte de barrière micro-onde qui permettait de détecter les aéronefs qui volaient à basse altitude, mais non pas d’en suivre le parcours. Le troisième et le plus ambitieux projet conjoint de défense aérienne à avoir été entrepris dans les années 1950 a été la construction d’une ligne transcontinentale le long du 70e parallèle, à environ 200 milles au nord du cercle polaire arctique. Ce réseau de 57 stations, dont l’installation a été terminée en juillet 1957, a été appelé la ligne de détection lointaine avancée (DEW). Étant donné qu’il fallait relier tous ces radars et permettre aux décideurs du NORAD d’obtenir une image complète de la situation, une nouvelle technologie a été développée, soit le système semi-automatique de contrôle des interceptions (SAGE). Au début des années 1960, quelque 250 000 personnes étaient au service du NORAD, faisant fonctionner un réseau multicouche reliant un ensemble d’emplacements, de centres de contrôle, d’intercepteurs pilotés et de missiles sol-air répartis dans toute l’Amérique du Nord, qui constituaient un formidable moyen de défense contre une attaque possible de bombardiers. De tous les emplacements de cet ensemble, la base de Goose Bay, au Labrador, était sans doute la plus occupée et la plus stratégique : elle était dotée de pétroliers, de bombardiers, d’intercepteurs, d’équipages, de spécialistes de la maintenance et de personnel de soutien.

Christopher Johnson

Le trio des premiers réseaux de radars d’alerte en sol canadien.

Avec l’émergence de la technologie des missiles balistiques intercontinentaux (tant les missiles balistiques intercontinentaux [ICBM] terrestres que les missiles balistiques à lanceur sous-marin [SLBM]), le NORAD s’est retrouvé face à une nouvelle menace, qui pouvait littéralement « sauter » par-dessus son réseau de défense aérienne. Il a fallu qu’il s’adapte à cette nouvelle réalité et qu’il élargisse son rayon d’action, de façon à pouvoir contrer non seulement des menaces aérobies, mais aussi les menaces que posaient les ICBM. Pour pouvoir atténuer cette nouvelle menace malgré les réductions budgétaires imposées à l’époque, le NORAD a procédé à la désaffectation de chaînes de radars et à la réduction de forces d’alerte, puis a investi les économies réalisées dans la mise en place d’un système de surveillance de l’espace et d’alerte aux missiles, qui, combiné au SAGE, allait désormais lui permettre d’assurer les fonctions de détection, de poursuite et d’identification de la défense aérienne et spatiale mondiale. En outre, des centres de commandement durcis ont été construits sous le mont Cheyenne, juste au sud-ouest de Colorado Springs, ainsi qu’à North Bay, à 600 pieds de profondeur sous le Bouclier canadien.

NORAD/USNORTHCOM

Les débuts des chasseurs d’interception…un Avro CF100 Canuck de l’ARC et un Convair F102 Delta Daggerde l’USAF, en formation serrée lors d’une patrouille.

Cette redéfinition du centre d’intérêt, d’abord axé sur les menaces aérobies que posaient les BLRA, puis sur les menaces contre la sécurité aérienne et spatiale, au milieu des années 1960, illustre la capacité d’adaptation dont le NORAD a sur faire preuve durant ses 54 ans d’existence, pour contrer les menaces en constante évolution qui pèsent contre le système de défense de l’Amérique du Nord. Le SAGE est devenu désuet au fil du temps, mais il a pu être remplacé par le système de surveillance interarmes (JSS), au début des années 1980, grâce aux progrès accomplis dans le domaine de l’informatique. Aux États-Unis, la mise en service du JSS allait permettre au NORAD et à l’Agence fédérale de l’aéronautique (Federal Aviation Agency) de partager des données radars pour la toute première fois. Elle allait aussi permettre au Canada de contrôler pleinement, pour la première fois, l’espace aérien dont il avait la souveraineté. La lettre « A » du sigle « NORAD », qui signifiait « aérienne » à l’origine, allait par la suite signifier « aérospatiale », un changement qui reflétait l’élargissement des domaines d’intervention et d’intérêt du NORAD.

Le développement de la technologie des missiles de croisière à lanceur aérien (ALCM), au milieu des années 1980, a de nouveau contraint le NORAD à s’adapter à une menace émergente; cette fois, il devait rediriger une partie de son attention sur les bombardiers pilotés. Ce changement a amené le premier ministre Mulroney et le président Reagan à signer un protocole d’entente qui a servi de fondement au Programme de modernisation du système de défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Mis en œuvre au début des années 1990, ce programme prévoyait un large éventail de mises à niveau et la création d’une grande variété de nouveaux systèmes. Les radars de longue portée de la ligne DEW ont été modernisés et des radars de courte portée ont été mis en service. Un système permettant la transmission de données numériques entre des aéronefs équipés du système aéroporté d’alerte et de contrôle (AWACS) et le Centre de contrôle des opérations sectorielles (CCOS) a été conçu et mis en service pour le transfert de données liées à la poursuite, au commandement et au renseignement. De nouvelles bases d’opérations déployées (DOB) et de nouveaux emplacements d’opérations avancées (EOA) ont été aménagés un peu partout au Canada, pour le déploiement de chasseurs dans les régions nordiques et pour accroître la mobilité et la surviabilité des aéronefs. Finalement, la mise à niveau de plusieurs radars de la ligne Pinetree a permis d’élargir la portée du système d’alerte du Nord (NWS) le long des côtes, et une mise à niveau générale a été effectuée sur le système de communication. Terminées au début des années 1990, ces mises à niveau ont abouti à l’établissement du système sur lequel les opérations du NORAD reposent de nos jours.

NORAD/USNORTHCOM

Réseau radar DEW – Canada.

La fin de la guerre froide a apporté de nouveaux changements pour le NORAD. Les opérations visant la sécurité du périmètre de l’Amérique du Nord ont été réorientées : elles allaient désormais englober les opérations antidrogues pour tenir compte de la préoccupation grandissante de la population nord-américaine à l’égard des drogues. L’idée était née d’utiliser les capteurs et les intercepteurs du NORAD aux fins de telles opérations, à l’appui des organismes d’application de la loi. Le temps était donc venu d’établir des modalités pour assurer la coordination des activités exercées par le NORAD et par les organismes chargés de l’application de la loi au Canada et aux États-Unis; la mise en place de ces modalités a marqué le début de l’étroite collaboration établie entre les organismes qui travaillent au sein du NORAD.

NORAD/USNORTHCOM

Centre de commandement de Cheyenne Mountain – 1984.

 

Bureau d’édition de la 17e Escadre, Winnipeg

Zone de responsabilité du NORAD.

À la suite des attaques du 11 septembre, le NORAD a une fois encore été contraint à redéfinir sa mission, de façon à ce qu’elle englobe l’identification et la surveillance des menaces aérobies issues de l’intérieur d’un pays souverain ainsi que la réaction à de telles menaces. Le NORAD devait désormais non seulement remplir le rôle qu’il jouait depuis toujours sur le plan de la défense militaire, soit de contrer les menaces aérobies et les attaques de missiles balistiques, mais aussi créer des liens de partenariat avec des organismes, des ministères et des départements nationaux en vue d’assurer la sécurité du Canada et des États-Unis. Fait intéressant, ce changement coïncidait avec l’adoption par les deux pays d’une nouvelle approche pangouvernementale. Un programme, appelé Opération Noble Eagle (ONE), a été élaboré pour ce nouveau rôle, de sorte que le NORAD s’est vu confier plusieurs nouvelles responsabilités. Le NORAD allait désormais surveiller et intercepter les vols suspects au-dessus du territoire continental des États-Unis et du Canada et veiller à la défense durant les rassemblements nationaux spéciaux où la sécurité est un enjeu, comme les sommets du G8, les sommets des leaders nord-américains, les congrès politiques nationaux, les Jeux olympiques et les grandes manifestations sportives, comme le Super Bowl. Le NORAD allait aussi assumer la responsabilité des patrouilles aériennes menées au-dessus des villes et des infrastructures essentielles ainsi que de la défense aérienne intégrée au-dessus des régions des capitales nationales. Au Canada, il allait assurer la couverture radar et radio à l’intérieur du continent, grâce à une coopération accrue avec la société NAV Canada, Transports Canada et la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Aux États-Unis, le NORAD allait créer des liens de partenariat avec le Bureau fédéral de l’aéronautique (Federal Aviation Administration), l’Agence de la sécurité des transports (Transportation Security Agency) et le Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security). Le fait que le NORAD relève de deux autorités nationales revêt une importance capitale, car cette approche a permis d’améliorer les règles d’engagement acceptées par les deux pays pour assurer la sécurité en Amérique du Nord1.

La mise en œuvre de l’Opération Noble Eagle allait marquer un tournant dans le modus operandi du NORAD. Avant 2001, l’attention du NORAD était fixée sur ce qui se passait à l’extérieur de l’Amérique du Nord. Le NORAD surveillait le trafic aérien civil, mais il se concentrait surtout sur les aéronefs qui pénétraient dans l’espace aérien de l’Amérique du Nord. À cette époque, personne ne pensait que les vols en provenance du Canada ou des États-Unis auraient pu poser une menace. Après le 11 septembre 2001, malheureusement, il est devenu évident pour tous que les menaces pourraient aussi provenir de l’intérieur des frontières de l’Amérique du Nord, de sorte que le NORAD a ultérieurement été obligé de surveiller aussi ce qui se passait à l’intérieur. Il s’agissait, et il s’agit toujours, d’une immense entreprise, à laquelle il doit sans cesse s’adapter. En effet, si l’on compare la menace que les BLRA pourraient représenter, il faut savoir que même si des bombardiers de tous les pays comparables au Canada ou aux États-Unis devaient passer « de nuit comme de jour » par des zones d’identification de défense aérienne de l’Amérique du Nord, leur nombre serait minuscule comparé à l’énorme quantité de vols civils effectués à l’intérieur, à destination ou en provenance de l’espace aérien de l’Amérique du Nord. Par exemple, en janvier 2012, l’aéroport international de Los Angeles (LAX) a enregistré à lui seul plus de 44 000 mouvements aériens d’aéronefs2. Il revient désormais au NORAD de surveiller tous les mouvements aériens.

NORAD/USNORTHCOM

Un hélicoptère MH65 Dolphin du centre de défense aérienne de la garde côtière des États-Unis à Washington survole le Lincoln Memorial lors d’un vol d’entraînement.

Les attaques du 11 septembre ont aussi donné lieu à la création de nouveaux commandements, dont la mission allait être axée sur la sécurité du territoire continental du Canada et des États-Unis. Le Commandement de l’Amérique du Nord (USNORTHCOM) a été établi à Colorado Springs en 2002, et Commandement Canada (COM Canada), à Ottawa en 2006. Les responsables ont décidé que le commandant de l’USNORTHCOM remplirait deux fonctions, c’est-à-dire qu’il agirait aussi à titre de commandant du NORAD, et que les structures de commandement des deux commandements seraient fusionnées. En outre, en 2008, le Centre de commandement du NORAD, qui se trouvait à la base de Cheyenne Mountain, a été fusionné avec le Centre de commandement de l’USNORTHCOM, qui se trouvait à la base aérienne Peterson, à Colorado Springs, pour former le Centre de commandement NORAD-NORTHCOM, ou tout simplement le C2N2.

Le NORAD a vu sa mission évoluer grandement depuis sa création, il y a 54 ans, mais la défense de l’Amérique du Nord en constitue toujours l’essentiel. Le changement se situe dans les moyens que les adversaires ont développés pour attaquer le continent. De nos jours, la mission du NORAD se définit comme suit :

En étroite collaboration avec des partenaires de la défense intérieure, de la sécurité et du maintien de l’ordre, le NORAD assure la prévention d’attaques aériennes contre l’Amérique du Nord; sauvegarde la souveraineté des espaces aériens des États-Unis et du Canada en réagissant à toute activité aérienne inconnue, indésirable et non autorisée, approchant et opérant à l’intérieur des espaces aériens concernés par sa mission; et fournit l’alerte aérospatiale et maritime pour l’Amérique du Nord3.

Organisation du NORAD

En vertu de l’accord du NORAD, le commandant et le commandant adjoint ne doivent pas être du même pays. À l’heure actuelle, le commandant du NORAD est un général quatre étoiles des États-Unis, et le commandant adjoint est un Canadien. Ces officiers sont responsables devant les autorités nationales de commandement, par l’entremise du chef d’état-major de la Défense (CEMD) du Canada et du secrétaire à la Défense des État-Unis (SECDEF). Au quartier général (QG) du NORAD, le commandant du NORAD bénéficie de l’appui du C2N2, qui assure une surveillance de tous les domaines – aérien, spatial, terrestre, maritime et cybernétique – de jour et de nuit, tous les jours et à longueur d’année, pour y détecter les menaces potentielles.

L’Amérique du Nord a été divisée en trois régions aux fins de la réalisation de la mission du NORAD; les commandants de ces régions relèvent du QG NORAD : la région alaskienne du NORAD (RA NORAD), la région canadienne du NORAD (RC NORAD) et la région continentale des États-Unis du NORAD (région CONUS NORAD). Le commandant de chacune des régions occupe deux fonctions, comme suit :

  • Le commandant de la RA NORAD est aussi le commandant de la 11e Force aérienne des États-Unis;
  • Le commandant de la RC NORAD est aussi le commandant de la 1re Division aérienne du Canada;
  • Le commandant de la région CONUS NORAD est aussi le commandant de la 1re Force aérienne des États-Unis.

Chacune de ces régions est associée à un ou à deux secteurs de défense aérienne (la région CONUS NORAD a deux secteurs : le Secteur de la défense aérienne de l’Est et le Secteur de la défense aérienne de l’Ouest). Les secteurs assument des fonctions de niveau tactique, soit la surveillance, l’identification et la poursuite, de même que le contrôle des armes. Ils doivent pouvoir compter sur trois moyens pour atteindre les objectifs de leur mission : données radars, moyens de communication et services d’information.

Élaboration de l’image de la situation aérienne et de l’alerte aux missiles

NORAD/USNORTHCOM

L’écran du système d’affichage et de traitement du centre de commandement, le Command Center Processing and Display System - Replacement (CCPDS-R).

Chaque secteur reçoit des données radars brutes de systèmes de capteurs qui se trouvent dans sa zone d’opérations (ZO). Ces données, associées à l’information sur le plan de vol et sur les conditions météorologiques, sont traitées à l’aide du SCB-F pour produire des données de poursuite. Les tracés qui suscitent un intérêt, peut-être parce que la trajectoire dévie par rapport au plan de vol ou en raison de problèmes de communication, sont transmis au système de visualisation de l’image commune de la situation opérationnelle (ICSO), dans les trois régions du NORAD et au C2N2. L’image de l’alerte aux missiles est élaborée à partir de données obtenues à l’aide d’un réseau mondial de radars, de capteurs  optiques, de capteurs spatiaux et de stations radars terrestres. Grâce à ces divers systèmes de capteurs, le NORAD peut détecter le lancement d’un missile à partir de données provenant de multiples sources; ce mode de fonctionnement est essentiel, car il lui permet d’éviter les erreurs d’interprétation des indices détectés4. Habituellement, les lancements de missiles sont détectés à l’aide du système infrarouge basé dans l’espace (SBIRS), puis les spécialistes vérifient si les indices détectés sont confirmés par l’un des systèmes de radars pour aider le commandant de l’espace de combat à évaluer s’il s’agit vraiment d’une attaque; le recours à des données d’un deuxième système pour confirmer les indices détectés est appelé « double phénoménologie ».

NORAD/USNORTHCOM

Centre des opérations du secteur de défense aérienne de l’Alaska, NORAD.

 

Le C2N2, les régions et les secteurs de défense aérienne

Avant les attaques du 11 septembre, la tâche du commandant de l’espace de combat, dans la salle de commande d’un secteur de défense aérienne, était de repérer les tracés des trajectoires sur une image générée par ordinateur du continent nord-américain. Cette tâche était plus simple, quoique tout aussi essentielle qu’elle l’est de nos jours, et l’adversaire potentiel était une puissance mondiale dont on pouvait assez facilement deviner les motifs. Depuis les attaques du 11 septembre, les agresseurs potentiels étant des acteurs non étatiques et leurs mandataires, le commandant de l’espace de combat et son équipe sont tenus de repérer des centaines de tracés sur des écrans haute résolution pour cerner tout indice donnant à penser que des activités terroristes se trament.

Le processus de repérage est habituellement commencé par les deux organismes principaux sur lesquels repose la responsabilité du trafic aérien commercial au-dessus de nos pays : le Bureau fédéral de l’aéronautique et la société Nav Canada. Les événements du 11 septembre ont incité ces organismes et des organismes gouvernementaux du Canada et des États-Unis à carrément mettre leurs capacités en commun pour former un bouclier de défense aérienne fiable à l’intérieur de nos frontières. Depuis 2001, le centre des opérations aériennes interalliées de chacun des secteurs accueille parmi son personnel des représentants du Bureau fédéral de l’aéronautique et de Nav Canada. Étant donné que l’opération Noble Eagle est considérée comme un deuxième front de la lutte contre le terrorisme, ces représentants font partie de l’état-major opérationnel du commandant et collaborent à la tâche de repérage des aéronefs dont le trajet est déconcertant.

En examinant une multitude de tracés, des techniciens dégagent les cibles qui paraissent « douteuses », à partir de données qu’ils ont obtenues du Bureau fédéral de l’aéronautique et de Nav Canada, ou de sources du renseignement. Par exemple, si l’un de ces organismes apprend qu’une personne suspecte se trouve à bord d’un aéronef, le secteur de défense aérienne le plus près reçoit l’ordre de garder l’œil sur cet aéronef. Des techniciens suivent l’aéronef en fonction de son plan de vol et surveillent tout écart par rapport à la trajectoire prévue. Si l’aéronef s’en écarte ou si les organismes concernés ou le secteur de défense aérienne ont des raisons de croire que l’aéronef représente une menace, le secteur de défense en avise le Centre de commandement régional du NORAD, qui décide ensuite s’il y a lieu d’envoyer un aéronef militaire au plus vite pour intercepter l’aéronef suspect. Une fois sur place, l’équipage de l’aéronef intercepteur peut fournir plus de renseignements sur la situation au centre de commandement, à partir de ses observations. Une décision est alors prise quant au choix des mesures d’alerte ou de contrôle que le commandant du NORAD ou son représentant devra appliquer, le cas échéant.

Le choix des mesures à prendre dépend de ce que l’équipage de l’aéronef fait après l’interception. Par exemple, le 3 juin 2005, le personnel a observé que l’équipage d’un aéronef Airbus A340 de Virgin Atlantic qui se trouvait au-dessus de l’Atlantique avait transmis un code de transpondeur signifiant qu’un détournement était en cours (soit le code 7500). Des chasseurs à réaction CF18 ont été envoyés sur-le-champ pour intercepter l’aéronef. L’arrivée des chasseurs a fait comprendre à l’équipage de l’aéronef qu’il avait commis une erreur, et la situation n’a nécessité aucune autre intervention militaire. En fait, l’intervention qui a fait suite à cet incident s’est bien déroulée. Les CF18 ont intercepté l’avion de ligne à temps, de sorte qu’un incident plus grave a pu être évité, puis l’ont escorté jusqu’à Halifax, où une unité d’intervention de la police l’attendait5.

NORAD/USNORTHCOM

Russie, août 2011 : lors du deuxième jour de vol de l’exercice interarmées Vigilant Eagle du NORAD et de la Russie, deux chasseurs SU27 s’apprêtent à escorter un avion de ligne lors d’un acte simulé de piraterie aérienne.

 

Évolution de la menace que le NORAD doit contrer : de la menace symétrique à la menace symétrique/asymétrique

Au moment de sa création, le NORAD devait s’occuper de menaces aériennes provenant de l’Union soviétique. Dans une situation de « concurrence » symétrique entre des adversaires qui sont sur un pied d’égalité, les deux camps disposent de capacités militaires comparables, c’est-à-dire, dans le cas qui nous intéresse, de chasseurs, de bombardiers à long rayon d’action, de radars, de bombes nucléaires, de missiles balistiques, de satellites et de missiles de croisière. Une autre caractéristique de la guerre symétrique est la présence d’une ligne de front définie, soit, dans le cas qui nous intéresse, les limites de leurs zones d’identification de défense aérienne (ZIDA) respectives. Tout aéronef non identifié ou non autorisé qui aurait pénétré dans l’une de ces zones aurait été intercepté sur-le-champ, et la raison de sa présence aurait été établie. La facilité avec laquelle les adversaires peuvent distinguer les combattants des civils et les combattants du camp adverse, par leurs uniformes et l’emblème distinctif de leur équipement, constitue la troisième caractéristique de la guerre symétrique.

En d’autres mots, la guerre symétrique suit des « règles ». Certaines d’entre elles ont été officialisées dans des instruments acceptés internationalement, comme les conventions de Genève ou de La Haye. D’autres sont implicitement acceptées par les combattants, comme celles qui découlent du concept de la destruction mutuelle assurée (MAD), avancé durant la guerre froide; tant que l’équipage du TU-95 Bears qui s’approchait de la ZIDA n’agissait pas d’une manière trop provocatrice, l’équipage des intercepteurs se contentait d’observer ce qu’il faisait. Jusqu’en 2001, le NORAD s’occupait de menaces de ce type : il lui était facile de les cerner et de se faire une idée générale du motif de celui qui faisait planer la menace. La guerre asymétrique est une tout autre chose, et pose, de bien des points de vue, un problème plus difficile à résoudre.

Dans une guerre asymétrique, les combattants du camp le plus faible perdront s’ils respectent les « règles » qui s’appliquent à une guerre symétrique. Alors, ils ne les respectent pas. Ils ne portent pas d’uniforme. Ils se cachent parmi les civils, ils font des raids éclair et attaquent n’importe quelles cibles laissées sans défense auxquelles leur ennemi accorde une grande valeur. Souvent, ces cibles sont des non-combattants6.

Par conséquent, le spectre des menaces auxquelles le NORAD fait face de nos jours, et auxquelles il fera face dans un avenir prévisible, s’étend des menaces interétatiques, posées par des acteurs traditionnels, aux menaces asymétriques de la part de groupes terroristes transnationaux, qui ont non seulement la capacité, mais aussi la volonté, de causer des dommages de l’ordre de ceux qui n’auraient autrefois pu être infligés que par un État national7. En effet, la probabilité que nous ayons à faire face à une menace asymétrique est plus grande, mais ce type de menace a habituellement des conséquences moins grandes et est, de bien des manières, plus difficile à contrer. En outre, l’horrible éventualité d’une attaque terroriste avec des armes de destruction massive a forcé les sociétés occidentales à considérer la sécurité nationale sous un jour nouveau, et même à envisager la possibilité d’améliorer leurs instruments d’application de la loi et de protection nationale, en plus de les amener à souhaiter l’établissement de rapports plus étroits entre leurs forces armées et les autorités civiles responsables8. Il n’y a aucun doute que les intercepteurs du NORAD ont la capacité de descendre n’importe quel aéronef qui pose une menace, mais il vaut mieux pour toutes les parties concernées commencer par empêcher les pirates de l’air de monter à bord des avions de ligne. C’est pour cette raison que le NORAD a établi des liens étroits avec des organismes comme le Bureau fédéral de l’aéronautique, le Bureau de la sécurité des transports (Transportation and Security Administration), le Département de la sécurité intérieure, l’Agence centrale de renseignement des États-Unis (CIA), NAV Canada, Transports Canada et la GRC. Chacun de ces organismes a des représentants dans les centres opérationnels respectifs de chacun des autres organismes.

Symétrie, souveraineté et choix du prochain chasseur du Canada

L’établissement d’une ligne de front clairement définie constitue, comme nous l’avons déjà vu, l’une des caractéristiques de la guerre symétrique. En temps de paix, ce sont les frontières entre des pays souverains qui définissent les limites. La prétention d’un pays à la souveraineté par rapport à une région donnée repose sur la capacité de ce pays d’imposer et de réaffirmer sa volonté, et d’assurer la sécurité et la primauté du droit pour la population qui vit dans cette région. Le Canada et les États-Unis s’acquittent de cette tâche principalement en confiant au NORAD le mandat d’assurer le contrôle aérospatial de l’espace aérien de l’Amérique du Nord. À cette fin, le NORAD poursuit, identifie et, s’il y a lieu, intercepte, parfois même pour le détruire, tout aéronef qui pénètre dans l’espace aérien avec des intentions malveillantes. C’est cette dernière possibilité qui nous amène à aborder le sujet du choix du prochain chasseur du Canada.

NORAD/USNORTHCOM

Ce F16 Fighting Falconcontinue de remplir des missions du NORAD lors des opérations comme l’Op Noble Eagle et d’autres missions d’alerte à la souveraineté aérienne qui sont confiées au Commandement.

Les chasseurs doivent offrir un large éventail de capacités, y compris un long rayon d’action, la résistance, la vitesse, la surviabilité, la possibilité de procéder au ravitaillement air-air, des outils de pointe pour la reconnaissance et l’interopérabilité avec d’autres ressources militaires. Le modèle de chasseur dont nous disposons actuellement, le CF18 Hornet, répond à nos besoins actuels, mais il aura bientôt atteint la fin de sa vie opérationnelle. Il doit être remplacé. Au terme de l’analyse des besoins en capacités, relativement au nouveau chasseur, « il est manifeste que seul un avion de chasse de cinquième génération sera en mesure de satisfaire aux besoins de nos missions en raison de la nature de plus en plus complexe du futur environnement de sécurité. […] Nous avons besoin d’appareils qui nous aideront à accomplir nos principales missions, soit défendre la souveraineté de l’espace aérien canadien et nord-américain par l’entremise du NORAD, tout en offrant au Canada une ressource moderne et efficace pour mener à bien nos opérations internationales et en exécutant efficacement les opérations interarmées avec nos alliés dans le cadre de l’OTAN ou d’une coalition9. »

Lockheed Martin, photo n° LM-6726150067

Premier vol nocturne d’un F35 le 18 janvier 2012.

À l’heure actuelle, la Russie et la Chine ont entrepris de développer leurs propres chasseurs de cinquième génération. Si ces pays disposent des capacités que ces chasseurs de pointe offriront alors que le NORAD n’en dispose pas, ce sera la fin de la symétrie qui existe actuellement. Par exemple, un chasseur de cinquième génération pourra, grâce à la furtivité dont il sera capable et à sa série de capteurs de la fine pointe de la technologie, « voir » un chasseur de quatrième génération bien avant de se faire détecter à son tour. En outre, il faut comprendre qu’il est impossible de transformer un chasseur de quatrième génération pour lui donner les propriétés d’un chasseur de cinquième génération. En effet, la furtivité est une propriété qui doit avoir été conçue puis intégrée expressément au chasseur, dès le début.

Alerte maritime : une nouvelle frontière pour le NORAD

La sécurité maritime est essentielle pour le Canada et les États-Unis. L’assurance qu’ont ces deux pays de pouvoir compter sur des voies de communication pour le commerce est acquise. Presque 90 pour 100 des échanges commerciaux mondiaux se font par la mer. Comparativement, 0,25 pour 100 seulement des échanges se font par la voie aérienne10.  Selon R. J. Sutherland, chercheur dans le domaine de la défense canadienne, la force économique du Canada repose sur la communauté d’intérêts qui existait et continue d’exister entre les États-Unis et le Canada, qui présente l’Amérique du Nord sous l’angle unique d’un « ensemble » composé de deux pays, plutôt que de celui de deux pays distincts qui n’ont pas de liens entre eux11. Par conséquent, en concluant un accord qui faisait du NORAD une organisation binationale, les États-Unis et le Canada se sont dotés d’un moyen élégant d’exercer les fonctions liées à l’alerte maritime.

La connaissance du domaine maritime (CDM) constitue à la fois la pierre angulaire de toutes les activités maritimes et l’instrument qui permet de les exercer. Par domaine maritime, on entend « toutes les zones et les choses reliées, directement ou indirectement, à la mer, à l’océan ou à une autre voie navigable. Le domaine maritime inclut les activités, l’infrastructure, le personnel, les marchandises, les navires et les autres moyens de transport maritime12. »  Il faut dire que la CDM pose un défi de taille si l’on considère non seulement l’immensité de zones maritimes entourant l’Amérique du Nord, le long du littoral qui s’étend sur 222 000 kilomètres, de l’Arctique à la frontière du sud des États-Unis, mais aussi le rayonnement mondial des multiples acteurs du secteur maritime et l’intervention de divers ministères et organismes gouvernementaux dont les champs de compétence se chevauchent et les intérêts sont en jeu.

Au Canada, la création de centres d’opérations de la sécurité maritime (COSM) sur chacune des côtes, en 2004, témoignait de la mise en œuvre conjointe de nouvelles mesures par divers ministères qui cherchaient à se donner les moyens d’acquérir la CDM qui leur permettrait de protéger ce domaine13.  Le rôle des COSM est de permettre aux ministères et aux organismes de collaborer pour recueillir et analyser des données du renseignement et des renseignements bruts qui leur permettront de bien connaître ce qui se passe dans leur zone de responsabilité en lien avec la sécurité maritime14. Ces centres continuent d’évoluer; ils ont beaucoup fait pour réduire les obstacles qui empêchaient le partage de renseignements entre les ministères concernés et les organismes d’application de la loi.

NORAD/USNORTHCOM

Les F22A Raptor Lockheed Martin du 94th Fighter Squadron : les « autres » chasseurs américains de 5e génération.

Fait intéressant, la mission de l’alerte maritime a été ajoutée à la mission de commandement du NORAD en 2006. Comme l’a fait remarquer Alan Stephenson, ancien colonel des FC et chercheur universitaire pour le NORAD, en théorie, l’alerte maritime s’apparente à l’alerte aérospatiale, mais en réalité, elle pose un problème beaucoup plus complexe et difficile à résoudre. En effet, les vols des aéronefs sont généralement de courte durée et se font selon un itinéraire prédéterminé, et leur nombre est modéré, alors que les déplacements maritimes ont une durée plus longue, se font selon un itinéraire moins réglementé et sont plus nombreux15. Lorsqu’il s’est fait confier cette nouvelle mission, le NORAD est devenu la seule organisation relevant de deux autorités nationales à être chargée d’avertir les gouvernements du Canada et des États-Unis si jamais une menace maritime planait sur l’Amérique du Nord. L’accord du NORAD ne prévoit pas l’attribution de ressources particulières pour l’exécution de cette mission, mais il vise plutôt la mise à profit de la CDM acquise par les deux pays en vue de l’établissement d’une ICSO maritime consolidée. Cette ICSO permet au commandant du NORAD d’évaluer s’il y a lieu de déclencher une alerte maritime16.

L’attribution d’une mission d’alerte maritime au NORAD a suscité une controverse parmi les divers organismes et groupes qui avaient commencé depuis longtemps à développer des moyens d’acquérir la CDM, et, dans certains cas, à intervenir selon l’information obtenue. Toutefois, les intervenants du domaine maritime étaient nombreux à avoir remarqué que la recherche des données permettant d’acquérir la CDM est une tâche d’une complexité extraordinaire, dont la portée est tellement grande qu’aucun ministère, ni dans un pays ni dans l’autre, n’aurait pu l’assumer seul. C’est ce qui explique l’agencement organisationnel complexe de ministères et d’organismes ayant des pouvoirs et des domaines de compétence qui se chevauchent, en lien avec la gestion des eaux littorales et intérieures. Au moment de l’arrivée du NORAD dans l’arène de la CDM, en 2006, la question suivante s’est posée : quelle valeur le NORAD pourrait-il ajouter dans cette arène? Cette question était particulièrement pertinente étant donné que la mission du NORAD à cet égard n’allait être axée que sur l’alerte maritime, et que sa réussite allait reposer sur l’acquisition de données permettant d’obtenir la CDM, qui seraient fournies par un grand nombre de sources externes.

Depuis 2006, toutefois, les intervenants du domaine de la sécurité maritime en sont venus à la conclusion que le NORAD pourrait vraisemblablement ajouter un élément d’une grande valeur. En effet, comme le NORAD avait depuis longtemps établi une ZO mondiale aux fins de la réalisation de son mandat, qui était de donner l’alerte aux ICBM, peu importe de quel endroit dans le monde ils étaient lancés, il bénéficiait d’une perspective globale, dans laquelle la CDM s’inscrivait naturellement. Le NORAD était par conséquent bien placé pour jouer le rôle de défenseur binational de la CDM, d’autant plus qu’il n’aurait pas pu mener à bien sa mission d’alerte maritime sans elle.

Le NORAD s’est donc à ce titre concentré sur des tâches précises : faire valoir l’importance de la CDM et réunir les données recueillies aux fins de l’acquisition de la CDM par des dizaines de sources de renseignement, en vue d’obtenir une ICSO; établir des modalités pour l’évaluation des données recueillies et bien cerner les menaces; déterminer les organismes devant être alertés pour qu’ils prennent les mesures qui s’imposent. Contrairement aux missions d’alerte aérospatiale et de contrôle aérospatial du NORAD, la mission d’alerte maritime n’est « fondée que sur les renseignements ». La défense contre les menaces maritimes est assurée par le Canada et les États-Unis, en vertu de leurs plans nationaux respectifs de sécurité et de défense maritimes.

Voici un exemple de situation qui illustre le bon fonctionnement des modalités prévues : en août 2011, l’équipage du vaisseau Sun Sea a essayé de faire entrer clandestinement 492 migrants tamouls dans un port de la côte ouest du Canada. La façon dont cette situation s’est déroulée illustre bien le travail de collaboration des deux pays, qui partageaient des renseignements depuis des mois lorsque le vaisseau est arrivé à 500 milles de la côte. Au bon moment, le NORAD a déclenché une alerte consolidée, en veillant à ce que les deux pays soient prêts à faire face à la menace maritime que l’arrivée du vaisseau aurait pu poser. À la suite de l’alerte, la Marine canadienne, la GRC et l’Agence des services frontaliers du Canada ont intercepté le Sun Sea au large de la côte de la Colombie-Britannique, dans une intervention bien coordonnée.

MDN, photo n° HS2011-H003-009 prise par le Caporal Rick Ayer

Le NCSM SUMMERSIDE photographié lors de l’opération de souveraineté Nanook 11, le 10 août 2011.

Pour établir les modalités qui permettront une bonne coordination de l’alerte maritime et des mesures d’intervention, il faut évaluer le spectre des menaces potentielles. L’arrivée en Amérique du Nord d’un vaisseau financé par un État voyou, d’où un missile balistique ou un missile de croisière pourrait être lancé, compte parmi les menaces les plus graves de ce spectre. Selon le rapport produit par la Commission Rumsfeld, en 1998, une telle menace pourrait se concrétiser. En 2004, le secrétaire à la Défense des États-Unis Rumsfeld a affirmé que l’un des pays du Moyen-Orient avait lancé un missile balistique depuis un navire de charge. En effet, les terroristes avaient pris un missile à courte portée, probablement un missile Scud, l’avaient placé sur un véhicule-rampe, descendu dans le navire, amené sur l’eau, érigé puis lancé; leur navire était équipé de systèmes radars et électroniques comparables à l’équipement des 50, 60 ou 100 autres navires qui se trouvaient aussi dans la région17. Aussi crédible  que cette menace puisse être, la probabilité qu’elle se concrétise est faible, et il est encore plus improbable qu’un navire équipé d’un tel système parvienne à se rapprocher suffisamment près de la côte de l’Amérique du Nord pour pouvoir tirer, avant de se faire détecter puis intercepter dans des eaux internationales. Toutefois, étant donné la prolifération des missiles de croisière et la possibilité d’en dissimuler un dans un conteneur d’expédition standard de 20 pieds, il est permis de penser qu’une telle menace est plus probable que jamais. La stratégie nationale des États-Unis en matière de sécurité maritime montre clairement que les responsables considèrent qu’il est fort probable que des terroristes motivés utilisent la voie maritime pour apporter des armes de destruction massive à une distance qui leur permettrait d’attaquer. Il est évident qu’on ne saurait trop insister sur l’importance de pouvoir compter sur une stratégie efficace d’acquisition de la CDM.

À l’autre bout du spectre des menaces se trouvent les incursions dans des zones économiques exclusives (ZEE) nationales, à l’égard desquelles il suffit d’être informé, ou celles qui se présentent sous forme de situations potentielles qui pourraient poser une menace, mais seulement dans plusieurs mois. De toute évidence, il était nécessaire d’établir une forme de communication maritime pour les situations moins urgentes que celles qui justifiaient le déclenchement d’une alerte. Le NORAD a donc prévu l’envoi d’un message par lequel il avise les gouvernements des deux pays de même que les partenaires des missions binationales de la possibilité de l’émergence d’une menace potentielle, ce qui leur donne tout le temps nécessaire pour réagir. L’idée est de veiller à ce que tous les intervenants soient pleinement informés de la situation bien avant qu’ils soient forcés d’intervenir pour contrer la menace maritime annoncée. Il est possible qu’à l’avenir le NORAD envoie son message d’avis maritime plus souvent qu’il ne déclenche une alerte maritime.

Le NORAD, qui entame sa sixième année à titre de responsable de l’alerte maritime, est reconnu comme l’un des plus importants acteurs de la scène de la CDM et accorde à cette mission tout autant d’importance qu’à ses missions d’alerte aérospatiale et de contrôle aérospatial.

Défense contre les missiles balistiques

En 2005, Paul Martin, qui était alors premier ministre, a décidé que le Canada resterait sur sa position, c’est-à-dire qu’il ne participerait pas au développement d’un système de défense contre les missiles balistiques (DMB). Le Canada n’a toujours pas changé sa position. Les États-Unis ne lui ont pas demandé de revenir sur sa décision, même s’ils souhaitent sans doute qu’il y participe.

Pour que le Canada revienne sur sa position en ce qui concerne la DMB, il faudrait probablement que la menace associée au lancement de missiles balistiques soit soudainement beaucoup plus élevée. À l’heure actuelle, les pays qui disposent de ce type d’armes appliquent implicitement le concept de la MAD, qui suppose que si un pays en attaquait un autre avec un missile balistique, il subirait en retour une contre-frappe qui l’anéantirait. Toutefois, au cours des dernières années, des pays ont entrepris de développer des capacités nucléaires, plus précisément, l’Iran et la Corée du Nord. Ces pays disposent désormais d’ICBM qui peuvent ou qui pourront bientôt être dotés d’une charge nucléaire. On pourrait dire d’eux qu’ils sont « imprévisibles », au mieux, et que leurs motifs sont pour le moins opaques. En outre, la Corée du Nord s’est engagée dans la prolifération des armes issues de ces technologiques, posant du même coup une menace grandissante.

Le raisonnement sur lequel s’appuie la décision des États-Unis de poursuivre ses objectifs de DMB est simple : les conséquences seraient désastreuses même si un seul missile atteignait l’Amérique du Nord ou un pays allié. Les morts pourraient se compter par millions, des villes entières pourraient être détruites, de grands nuages de poussière radioactive pourraient se déplacer au gré des vents et l’impulsion électromagnétique serait susceptible de détruire tout l’équipement électronique qui se trouverait dans un large rayon autour du point de l’explosion.

Les États-Unis n’ont pas conçu leur système actuel dans l’intention de modifier l’équilibre stratégique. Cet équilibre serait rompu si l’une des grandes puissances nucléaires attaquait, même si tous les intercepteurs réussissaient leur mission. Le système est conçu pour contrer une attaque limitée, avec un petit nombre de missiles seulement.

NORAD/USNORTHCOM

Un CF18 Hornet en avitaillement à l’appui de l’opération Podium, une composante de la sécurité aéroportée durant les Jeux d’hiver de 2010 à Vancouver.

Le problème est que le Canada ne peut pas influer sur les décisions ayant trait à la façon dont le système serait installé ou employé. À part le Canada, les principaux alliés des États-Unis (Australie, Japon, Royaume-Uni et membres de l’OTAN) participent tous dans une certaine mesure à la DMB. La prolifération susmentionnée est le facteur qui a le plus influé sur leur décision. Il reviendra au gouvernement du Canada de décider si celui-ci rejoindra le rang des pays qui collaborent au projet de DMB. Si jamais le gouvernement confirmait la participation du Canada, l’entente du NORAD offrirait un cadre suffisant pour le rôle que le Canada serait appelé à jouer.

NORAD/USNORTHCOM

Un F15E Strike Eagle, aux premières loges du dernier lancement dans l’espace de la navette spatiale Atlantis, le 8 juillet 2011.

La voie à suivre

Dans son livre De la performance à l’excellence, Jim Collins affirme que les entreprises qui excellent possèdent une caractéristique essentielle en commun, soit la capacité d’affecter leurs ressources essentiellement à leur champ de compétence18. Il est permis de penser que si le NORAD réussit depuis longtemps à remplir ses missions, c’est en grande partie parce qu’il est parvenu durant tout ce temps à maintenir le cap sur ses objectifs, « sans jamais perdre de vue sa mission », à toutes les étapes de son évolution. Depuis sa création, le NORAD s’est concentré sur ses missions d’alerte aérospatiale et de contrôle aérospatial, et il a su adapter son approche de façon à pouvoir devancer les attaques potentielles. Certes, le nombre de ses employés a diminué considérablement depuis les années 1960, où il était à son maximum, mais, de nos jours, le NORAD compte davantage sur les outils technologiques pour réaliser ses missions. Cela dit, nous pouvons nous attendre à ce qu’il continue de rechercher l’excellence dans ce qu’il fait. Pour y parvenir, il fera valoir l’importance de développer de nouvelles technologies et de nouveaux outils techniques et participera à leur développement, pour se donner les moyens nécessaires pour déceler et suivre les mouvements des bombardiers à long rayon d’action, pour mieux détecter les lancements de missiles et poursuivre les objets qui voyagent dans l’espace, pour identifier plus rapidement et intercepter plus efficacement les aéronefs qui pourraient poser une menace, qu’ils comptent parmi ceux qui pénètrent dans l’espace aérien de l’Amérique du Nord ou parmi la multitude d’aéronefs de l’aviation générale qui décollent à partir des divers terrains d’aviation situés au Canada ou aux États-Unis. Par exemple, le système d’alerte du Nord, dont la dernière mise à niveau remonte au début des années 1990, devra être remis en état ou remplacé vers 2020. L’infrastructure radar actuelle, qui est rattachée aux sites de l’ancienne ligne DEW, n’offre pas de couverture au-dessus des îles canadiennes de l’Arctique. Il faut régler certaines questions difficiles en lien avec la rentabilité avant d’entreprendre une mise à niveau du système d’alerte du Nord et d’en augmenter la portée, et le NORAD défendra sans doute la pertinence de développer des systèmes qui permettront de reculer les frontières de la défense aérienne le plus au nord possible, comme en témoigne son projet de modernisation et de mise à niveau des systèmes vieillissants de radars d’alerte aux missiles balistiques basés au sol. Ce projet visera la modernisation du système radar d’alerte à éléments en phase (PAVE PAWS), du système d’alerte avancée pour les missiles balistiques (BMEWS) et du système radar de mise sur objectif périmétrique (PARCS)19.  Dans le même ordre d’idées, le NORAD est convaincu qu’il serait opportun, aux fins de la réalisation de sa mission d’alerte maritime, d’incorporer aux systèmes en place les capacités de surveillance dont les équipements de pointe sont dotés, comme les radars haute fréquence à ondes de surface, auxquels Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC) s’intéresse actuellement20.

Le NORAD a joué un rôle qui est resté sensiblement le même au fil des années, même si sa mission a constamment évolué. Il faut se rappeler qu’au début, sa mission était axée sur la dissuasion, de même que sur la détection et l’interception de bombardiers soviétiques, mais qu’elle a été rapidement élargie pour inclure la détection de missiles et l’alerte aux missiles, puis que ces fonctions ont aussi été appliquées au trafic aérien interne et enfin, beaucoup plus tard, au trafic maritime. La singularité de l’entente binationale privilégie le recours au NORAD pour contrer les menaces qui concernent le Canada et les États-Unis. Il serait par conséquent intéressant de pousser plus loin la réflexion et de s’interroger sur les possibilités de confier de nouvelles tâches au NORAD. L’Arctique est un domaine d’intérêt qui vient immédiatement à l’esprit.

Bureau d’édition de la 17e Escadre, Winnipeg

L’immensité de l’Arctique canadien ressort spectaculairement de la superposition des régions du Nord et de l’Europe centrale.

Agence spatiale canadienne (ASC)

RADARSAT 2-01.

La région arctique a toujours été au cœur des préoccupations du NORAD, car elle constitue la route la plus directe entre la Russie et l’Amérique du Nord. Toutefois, un nombre grandissant d’acteurs souhaitent utiliser l’espace aérien et les voies maritimes internationaux de l’Arctique pour raccourcir les distances, optimiser les déplacements effectués à des fins commerciales ou vivre de nouvelles aventures. Pour le NORAD, la région arctique est intéressante, du point de vue du domaine aérospatial et du domaine maritime. Cependant, elle est immense, éloignée et relativement peu habitée. Le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut couvrent à eux seuls un territoire plus vaste que tout le continent européen. La ZO du NORAD dans l’Arctique englobe tout ce territoire, plus l’Alaska. Les autoroutes sont rares dans la région. Par conséquent, le transport se fait par la voie aérienne, ainsi que par la voie maritime en été. En outre, le littoral de l’Arctique compte pour une grande partie des 220 000 kilomètres susmentionnés. Les anses qui y sont formées peuvent toutes servir de cache pour le passage de marchandises de contrebande ou de clandestins. Trouver une méthode efficace de surveillance au-dessus de cette région pose un défi de taille.

Il est évident que pour pouvoir obtenir l’effet escompté des opérations de surveillance de l’Arctique, il faudra pouvoir compter sur des ressources spatiales du type du satellite Radarsat III, mis au point par le Canada. Une constellation de satellites de ce type permettrait d’assurer une surveillance presque continuelle de la zone extracôtière de l’Arctique. Toutefois, la couverture par satellite ne peut suffire à elle seule : il faut aussi assurer une surveillance aérienne et disposer de radars côtiers pour assurer une surveillance maritime dans la région si l’on veut acquérir une CDM en temps réel.

Conclusion

Le NORAD célèbrera bientôt son 54e anniversaire. Depuis sa création, il a joué un rôle remarquablement constant, malgré tous les changements apportés à sa mission, redéfinie et élargie à plusieurs reprises, et l’évolution des approches opérationnelles qu’il a employées au fil des années. Le nombre des hommes et des femmes qui portent l’insigne du NORAD est passé de quelques centaines de milliers à environ 7000, mais il reste que les chefs des gouvernements comptent toujours autant sur le commandant du NORAD, qui est responsables des fonctions d’évaluation des menaces et d’alerte, et qui veille à ce que son aéronef de contrôle aérospatial et d’alerte puisse être mis à leur disposition en tout temps.

Le terme NORAD évoque souvent bien plus que les missions ciblées qui sont confiées à cette organisation. Comme en témoigne la fréquence avec laquelle il est cité dans les discours des chefs nationaux, l’accord du NORAD représente ce que le Canada et les États-Unis peuvent accomplir de mieux lorsqu’ils poursuivent des objectifs communs. Les intéressés tireront sans doute des leçons de l’expérience de l’organisation binationale du NORAD, qui pourra être appliquée à d’autres domaines suscitant un intérêt commun, comme l’Arctique, la cyberguerre et les projets de partenariat Par-delà la frontière. Entre-temps, les hommes et les femmes qui sont au service du NORAD continueront de monter la garde.

Lockheed Martin, photo n° LM-2416287739

F35.

 

 

NOTES

  1. George Gaines et General Victor Renuart, « The Enduring Value of North American Aerospace Command », dans Joint Force Quarterly, juillet 2009.

  2. www.lawa.org.

  3. Au sujet du NORAD, à l’adresse suivante : http://www.norad.mil/french/about_french.html.

  4. Ibid.

  5. CBC News, article publié en ligne, « Jet leaves Halifax after false hijack alert », le 3 juin 2005, à l’adresse http://www.cbc.ca/news/canada/story/2005/06/03/airplane-diverted050603.html.

  6. Doug Muder, « Flies vs. Hammers: How Asymmetric Warfare Works », article publié en ligne à l’adresse www.dailykos.com, le 31 juillet 2006.

  7. Le nombre des personnes qui ont perdu la vie le 11 septembre 2001, durant des attaques menées par 19 terroristes répartis à bord de quatre aéronefs, était de 2965 (les chiffres sont tirés du site Wikipedia). Le nombre de personnes qui ont perdu la vie durant l’attaque contre Pearl Harbour, qui a été menée le 7 décembre 1941 par 353 aéronefs qui avaient décollé depuis six porte-avions, était de 2388 (les chiffres sont tirés du site Web établi à la mémoire du navire américain Arizona, qui se trouve à l’adresse http://www.nps.gov/usar/phcas.html).

  8. Brad W. Gladman, « Strengthening the Relationship: NORAD expansion and Canada Command », dans le Journal of Military and Strategic Studies, été 2006, p. 2 et 3.

  9. Propos tirés de l’allocution que le Lieutenant-général André Deschamps a prononcée durant la réunion du Comité permanent de la Défense nationale de la Chambre des communes, tenue le 28 octobre 2010.

  10. Agence de la protection de l’environnement des États-Unis, à l’adresse http://www.epa.gov/oia/trade/transport.html.

  11. R. J. Sutherland, « Canada’s Long Term Strategic Situation », dans l’International Journal, vol. 17, no 3 (été 1962), p. 208

  12. Gouvernement du Canada, Groupe de travail interministériel sur la sûreté maritime, Stratégie de la connaissance du domaine maritime du Canada, gouvernement du Canada, Ottawa, 2011, p. 2.

  13. Gouvernement du Canada, « Protéger une société ouverte : la politique canadienne de sécurité nationale », Ottawa, Bureau du Conseil privé, avril 2004.

  14. Gouvernement du Canada, Le projet des Centres d’opérations de sécurité maritime, à l’adresse http://msoc-cosm.gc.ca/index-fra.asp, site consulté le 23 février 2012.

  15. Alan Stephenson, « Securing the Continent: Where is NORAD Today? », dans Strategic Studies Working Group Papers, Canadian Defence and Foreign Affairs Institute, novembre 2011, p. 7.

  16. Accord du NORAD, 2006.

  17. Independent Working Group on Missile Defense, the Space Relationship, & the Twenty-First Century Report, Cambridge, Massachusetts, 2007.

  18. J. C. Collins, De la performance à l’excellence, Paris, Pearson Education France, 2009.

  19. Military and Aerospace Electronics, « Air Force eyes upgrades to PAVE PAWS, BMEWS, and PARCS ballistic missile warning radar », article publié à l’adresse http://www.militaryaerospace.com/articles/2012/02/air-force-to-upgrade-pave-paws-and-bmews-and-parc-radar-systems.html, le 1er février 2012.

  20. Canada Newswire, « Raytheon Canada awarded contract for NextGen HFSWR », article publié à l’adresse http://www.newswire.ca/en/story/905377/raytheon-canada-awarded-contract-for-nextgen-hfswr, le 13 janvier 2012.

Deux F22 Raptor survolent l’Alaska lors de l’exercice interarmées Vigilent Eagle, le 8 août 2010.