Critiques de livres

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Couverture de livre - Defence & Discovery ~ Canada’s Military Space Program 1945-74

Defence and Discovery:
Canada’s Military Space Program, 1945-1974

par Andrew B. Godefroy

Vancouver: UBC Press, 2011
238 pages, 32,95 $

ISBN : 978-0-7748-1960-2

Critique de Randall Wakelam

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Lorsqu’on demande aux Canadiens ce qu’évoque pour eux l’histoire militaire de leur pays, ils ont tendance à répondre le Corps canadien à la bataille de Vimy, la Marine royale canadienne à la bataille de l’Atlantique ou le leadership de l’Aviation royale canadienne (ARC) dans le cadre du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth. Ils sont moins enclins, beaucoup moins enclins, à mentionner le rôle qu’ont joué les scientifiques et les décideurs de la défense dans l’apport du Canada à la sécurité et à la défense de l’espace au cours des 30 premières années de la guerre froide. L’ouvrage de M. Andrew Godefroy, Defence and Discovery, vient remédier à la situation. Alliant sa fascination de toute une vie pour l’espace à son savoir-faire acquis à la Direction du développement de l’espace des Forces canadiennes, M. Godefroy a rédigé un récit captivant sur les contributions importantes du Canada à la défense à l’« ultime frontière ». Qui plus est, sa recherche étoffe la collaboration du Canada à la défense de l’Alliance durant les premières décennies de la guerre froide, époque où la conquête de l’espace était largement perçue comme opposant les deux superpuissances et ne laissant que peu, voire pas, de place aux pays satellites (sans vouloir faire de jeu de mots!). Enfin, l’auteur nous fait prendre conscience du fait que, dans l’ère moderne, la défense doit constituer un effort de collaboration entre les fonctionnaires, les scientifiques, les technologues et les militaires.

Comme l’explique l’auteur, l’ouvrage est structuré par sujets et par ordre chronologique, mais avant tout selon une suite logique. M. Godefroy débute par un bref historique de la mobilisation des scientifiques durant la Seconde Guerre mondiale, qui a mené, aux premiers jours de la réorganisation d’après-guerre, à la création du Conseil de recherches pour la défense (CRD), sous l’égide de M. Omond Solandt (Ph.D.). Les domaines d’intérêt du CRD sont vastes, mais M. Godefroy se concentre principalement sur l’espace, et nous transporte de l’étude de la haute atmosphère, à la fuséologie et aux satellites — dont le plus connu, l’Alouette, à la première tentative — non négligeable — du Canada en matière de défense antimissile, et enfin, au changement de cap opéré dans le secteur spatial pour passer de la défense aux télécommunications et aboutir à une politique officielle du cabinet. L’un des thèmes sous-jacents de l’ouvrage, qui ne sera pas étranger à ceux qui ont servi dans les Forces canadiennes ces dernières décennies, est la migration par les chercheurs de la défense des besoins en matière de défense vers la recherche scientifique pure – la science comme fin en soi. Un deuxième thème est l’absence générale de politique nationale cohérente ou de plan sur les besoins militaires et même civils concernant l’utilisation de l’espace jusqu’à la fin des années 1960. M. Godefroy démontre qu’à partir de ce moment, et même encore aujourd’hui, les exigences militaires ont habituellement été minimisées, tandis que l’attention a continué d’être rivée sur les communications et la recherche.

L’ouvrage est bien illustré et montre aux lecteurs les scientifiques et les diverses technologies qui sont au cœur du récit. Au fil des pages, M. Godefroy trace le portrait des principaux acteurs clés et établit des liens entre les efforts qu’ils ont déployés et les préoccupations et les programmes du pays et de l’Alliance. Une mise en garde pourrait toutefois s’imposer : le lecteur moyen risque d’éprouver de la difficulté à comprendre les passages scientifiques. Il aurait été utile d’incorporer un glossaire et peut-être davantage d’explications scientifiques. Le message de l’auteur passe néanmoins très bien, même pour les non-scientifiques. L’ouvrage compte également un index exhaustif et une liste de sources, de même qu’une liste chronologique et un tableau d’abréviations.

La majeure partie de l’ouvrage s’appuie sur l’utilisation soutenue de sources primaires, mais M. Gedofroy a également dû, par nécessité, avoir recours à diverses sources atypiques. Dans une brève note sur les sources utilisées, l’auteur fait sa propre mise en garde en affirmant qu’il existe peu de documentation sur la science et la technologie canadiennes; il informe également les lecteurs qu’une grande quantité de documents sont classifiés pour des raisons de sécurité du pays ou de l’Alliance.

C’est précisément pour ces raisons que M. Godefroy affirme n’avoir que survolé la question de l’apport canadien à la sécurité spatiale. Il n’a peut-être pas tort, mais il est clair que son ouvrage constitue un premier survol important et éclairant. Il nous permet de comprendre qu’au xxie siècle, la sécurité spatiale est susceptible de devenir un secteur d’activités de défense de plus en plus important.


Le Colonel (retraité) Randall Wakelam, CD, Ph.D., est un ancien pilote d’hélicoptère tactique très expérimenté. Il est professeur adjoint pour le programme d’études supérieures sur la conduite de la guerre au Collège militaire royal du Canada.