Histoire militaire

Affiche pour le recrutement.

Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition : 1983-28-590

Affiche pour le recrutement.

PATRIOTISME ET ALLÉGEANCES DU 22e BATAILLON (CANADIEN-FRANÇAIS), 1914-1918

par Raphaël Dallaire Ferland

Raphaël Dallaire Ferland est étudiant à la maîtrise en histoire internationale à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), à Genève. Il a mené ses recherches sous la supervision du professeur Desmond Morton aux archives du Royal 22e Régiment, à Québec.

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Introduction

Le 27 avril 1916, le Major Georges P. Vanier, alors dans les tranchées de St-Éloi avec le 22e Bataillon (canadien-français), note dans son journal : « Le 28e anniversaire de ma naissance, les journaux annoncent une révolte à Dublin. Regrettable… ». L’année 1916 marque pour les Irlandais l’année de la Rébellion de Pâques, lors de laquelle des intellectuels soulevèrent le peuple contre l’autorité britannique, exprimèrent leur crainte de la conscription et proclamèrent l’indépendance de l’Irlande. Pour le 22e Bataillon, 1916 marque l’année de la bataille de Courcelette, qui consacra la réputation militaire de ce bataillon qui agissait « pour l’honneur de tous les Canadiens français1 ». Les nationalismes2 de deux peuples qui partagent tant allaient donc, cette année-là en Europe, dans des directions opposées : alors que les insurgés irlandais se battaient pour ne pas combattre au sein de l’Empire britannique, le 22e Bataillon se battait par quête de reconnaissance au sein de ce même empire et de son armée coloniale, le Corps expéditionnaire canadien (CEC).

Principalement fondée sur une analyse de journaux de guerre, cet article vise à cerner l’esprit patriotique et les allégeances présentes au sein du 22e Bataillon, la seule unité canadienne-française qui a été déployée au front durant la Première Guerre mondiale. Quels étaient les sentiments des Vandoos (l’équivalent de « 22 » en anglais) envers leur patrie canadienne, leur mère patrie d’adoption, l’Angleterre, leur mère patrie, la France, et leur nation canadienne-française?

Le Canada

Bien que la ville de Saint-Jean (Québec) soit choisie pour l’entraînement du 22e Bataillon en octobre 1914, le premier commandant du bataillon, le Lieutenant-colonel Frederick Mondelet Gaudet trouve qu’elle est trop proche de la ville de Montréal – et de tous les plaisirs qu’elle a à offrir – alors le bataillon est transféré à Amherst (Nouvelle-Écosse) en mars 1915.

Si à leur arrivée, les Vandoos trouvent les rues presque désertes et les magasins fermés3, il ne faut pas y voir une froideur inexorable entre Canadiens anglais et français. Selon le Capitaine Georges Francoeur, c’est le curé d’Amherst qui, ayant eu vent de la réputation festive du 22e Bataillon à Saint-Jean, « avait dit aux filles et à tout le monde de ne pas venir voir les soldats4 ». Peu à peu, les Néo-Écossais sortent de leurs chaumières, et tous les auteurs étudiés finissent par vanter l’hospitalité des gens d’Amherst5. Lors du départ du Saxonia, qui doit emmener le 22e Bataillon vers l’Angleterre, le maire prononce un discours faisant l’éloge des soldats canadiens-français. Selon Corneloup, « la fanfare de la ville jouait la Marseillaise, tandis que nos soldats, touchés de cette délicate attention, entonnaient le God Save the King6 » – remarquons que les Canadiens anglais, par diplomatie, associent les Canadiens français à la France, tandis que ces derniers associent leurs comparses anglophones à la monarchie britannique. Vanier semble particulièrement ému par cet instant patriotique proprement canadien : « The sight was impressive as we drew away to the sound of ‘O Canada’ played by our band. Quietly we left the wharf, the people waving flags, handkerchief [sic] and hats. It was the most “living” moment of our existence so far7»

Carte du front de l’Ouest – 1914-1918.

Direction – Histoire et patrimoine

Carte du front occidental – 1914-1918.

Arrivé au front, Francoeur témoigne d’une grande coopération entre les Vandoos et le reste du CEC. Lors d’une inspection le 2 octobre, le capitaine exprime sa gratitude envers les bons mots du commandant anglophone de la 5e Brigade, le Brigadier David Watson. Deux jours plus tard, lorsque le 22e Bataillon relève le Yorkshire Light Infantry Regiment, « les officiers furent des plus aimables pour nous, en nous donnant toutes les informations voulues8. » De telles preuves de coopération entre Canadiens français et anglais abondent chez tous les auteurs étudiés. Une guerre menée sur le même front, où la survie d’un bataillon dépend jusqu’à un certain point du reste de sa brigade, de sa division, de son corps d’armée, crée des liens solidaires entre Canadien français et anglais9. Le seul bémol que nos recherches décèlent provient du Major-général R.E.W. Turner, qui se plaint le 21 août 1916 que les Vandoos parlent peu au 75e Bataillon de Toronto. Le problème, peut-être attribuable à la barrière de la langue, est rapidement réglé après l’intervention du Lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay10. Bien entendu, Thomas-Louis Tremblay a l’esprit compétitif et note volontiers les bévues des autres bataillons11; mais rien n’indique que cette compétitivité ne s’exerce pas entre les unités anglophones, et peut s’expliquer par la diligence d’un Tremblay conscient de représenter toute une race par l’entremise de son bataillon. En réalité, les accrochages entre divisions (qui coopèrent moins directement que les bataillons d’une même division) semblent plus vicieux que ceux entre Canadiens français et anglais : les 23 et 24 juin 1916, Tremblay se plaint de la 1re Division qui accusait faussement la 2e Division d’avoir abandonné des tranchées du Mont Sorrel : « Des hommes du 25e Bn. [de la 2e Division] ont déjà envoyé à l’hôpital plusieurs hommes du 7e Bn. [de la 1re Division] à ce sujet. »

Lieutenant-Colonel Thomas-Louis Tremblay

Canada. Department of National Defence/Library and Archives Canada/PA-002666

Le lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay

Si l’on peut parler de patriotisme canadien chez les Vandoos, il s’agit surtout d’une appartenance passive : sans exception, les auteurs parlent de leur patrie du Canada, jamais du Québec. Si nous disons « passive », c’est qu’elle les motive rarement au combat12. Le Canada est pour eux une terre d’attache où dérive leur nostalgie, surtout lors des grandes fêtes. Le jour de Noël 1915, Francoeur tente de capturer l’humeur de son peloton : « Tous nous avons laissé dans notre cher Canada une famille à qui nous pensons souvent et en ce jour nous aimerions bien être avec eux pour se rappeler des souvenirs. » Quant à Vanier, le réveillon qu’il décrit à sa mère (« we sang Canadian songs and ate Canadian dishes ») est de tradition proprement canadienne. Lors du jour de l’an, Francoeur raconte : « nous avons bien pensé à notre beau Canada, et nous nous demandons si la nouvelle année nous réserve, un retour prochain au pays – ou bien une croix de bois13! » Comme pour tous les auteurs étudiés, c’est au pays que Francoeur rêve de rentrer, c’est là, et non au Québec, où les proches furent laissés.

Pour les Canadiens français, le Canada représente un rêve de confort, où leurs proches attendent leur retour dans des chaumières fumantes. C’est ce qu’en témoigne la Ballade des Chaussettes, composée par un Canadien français qui, aux dires de Francoeur, fit fureur dans les tranchées :

[…] Elles iront à Berlin, vos chaussettes
Nous les avons, vos chaussettes canadiennes
Et nous savons comment les porter
Marquant le pas, chantant « Ô Canada »
C’est notre sang qui doit les escorter […]14
 

Comme il est de mise lors de contacts entre étrangers, les Vandoos se font « ambassadeurs de bonne volonté » dans leurs rencontres avec les Européens. Plusieurs – tels que Francoeur et son peloton lorsqu’ils rencontrent un fermier belge et ses deux filles le 10 janvier 1916 – décident de se faire ambassadeurs canadiens : « Il y a une brune et une blonde, elles parlent bien français et nous avons pu causer longuement de leur pays et de notre Canada. ».

Si l’on doit finalement mentionner la joie unanime des auteurs à leur retour au pays, laissons le dernier mot à Arthur J. Lapointe : « Quant je m’éveille ce matin, nous sommes en face de Halifax. Une moëlleuse [sic] couche de neige couvre tout le pays environnant. Mon cœur déborde de joie devant cette terre que je n’avais jamais cru revoir15. »

Réfection des tranchées, 22<sup>e</sup> Bataillon, juillet 1916.

Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-000253

Réfection des tranchées, 22e Bataillon, juillet 1916.

La Grande-Bretagne

On ne peut parler de patriotisme ou d’allégeance ostensible envers la « mère patrie d’adoption » des Vandoos. La rhétorique monarchique n’est jamais utilisée comme discours motivationnel avant une bataille, et apparaît rarement dans les journaux personnels. Si l’on ne retrouve pas d’hostilité ouverte à l’égard de la Couronne, on ne trouve pas d’engouement non plus. L’indifférence de Lapointe à son arrivée en Angleterre sert de témoignage exemplaire : « Penché à la fenêtre, je regarde ce pays qui m’est inconnu, mais un épais brouillard jette un voile de mélancolie sur tout ce qui s’offre à mon regard. Quel contraste avec notre départ du Canada16! »

Ce sentiment d’aliénation s’exacerbe lors des permissions que reçoivent les soldats, d’une durée de dix jours par année. À Londres, des associations protestantes où l'on ne parle que l’anglais se chargent de l’hospitalité des Canadiens17 – on comprend pourquoi plusieurs préfèrent la capitale française à la capitale anglaise. En outre, plusieurs Vandoos mentionnent une surveillance constante envers cette nouvelle expérience qu’était un bataillon francophone dans l’armée coloniale18. Tremblay raconte qu’à Dover (Angleterre), ses frères d’armes et lui sont arrêtés, questionnés, puis suivis par des soldats impériaux sur motocyclette; il analyse la chose ainsi : « À Dover, nous sommes devenus des suspects parce que nous parlions français19. »

De tous les auteurs étudiés, seul Vanier – dont la mère est Irlandaise et qui condamne la Rébellion de Pâques – exprime son sentiment d’appartenance à la Grande-Bretagne. Le 5 août 1915, il décrit ainsi la visite du premier ministre canadien Robert Borden au camp d’East Sandling : « this gathering of Canadian officers come from every part of the Dominion and belonging to every walk of life, united in the Mother Country and proclaiming the solidarity of the English peoples20. » Vanier ne fait pas la distinction entre la « mère patrie » et la « mère patrie d’adoption », particularité attribuable à sa double identité canadienne-française et britannique (la République d’Irlande sera proclamée plus tard). De tous les auteurs étudiés, lui seul réfère aux troupes impériales comme de ses brothers-in-arms21.

Le major Georges Vanier, vers 1918.

Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA 002777

Le major Georges Vanier, vers 1918.

Dans son journal du 2 septembre 1915, Vanier décrit une inspection royale comme d’un « Spectacle émouvant. Le plus beau jour de ma vie militaire. » Il n’est pas le seul Vandoo à se montrer impressionnable lors des visites royales22. Cependant, bien qu’un respect passif envers les traditions britanniques ait pu contribuer à l’intégration du 22e Bataillon à l’esprit du CEC, on ne les pratiquait pas activement. Si Thomas-Louis Tremblay se battit maintes fois pour le droit d’envoyer son bataillon se couvrir de gloire au champ d’honneur, il ne se battit jamais pour les faveurs royales. Il mentionne le 14 août 1916 qu’alors que les 24e et 25e bataillons se querellent pour obtenir la visite de Georges V, il n’a « pas fait la moindre démarche, d’ailleurs elle eut été inutile. »

Quant aux rapports entre l’armée impériale et le 22e Bataillon, ils semblent moins solidaires qu’entre les Canadiens anglais et français. Aucun auteur – sauf Vanier, ci-haut – n’offre de tels récits de coopération. Au contraire, Tremblay rapporte des accrochages : le 17 juillet 1916, il raconta qu’à Dickebush (Flandres), un parti d’Anglais raille des signaleurs du 22e Bataillon : « “Look at the darn Colonials.” Le Sgt. Lavoie a arrêté les sept “blokes” au grand amusement de sa section […] C’est un bon homme et un vrai “canayen” que ce Lavoie. » Similairement, Tremblay raconte dans son entrée du 2 au 16 janvier 1918 qu’un soldat « a déjà assommé avec ses poings trois “policemen” Anglais [sic] à Bailleul qui parlaient en mal du 22e; il se ferait tuer pour son bataillon ». Pour Tremblay, l’honneur du bataillon passe avant la douceur envers les impériaux.

Malgré les efforts de la propagande canadienne, c’est plutôt envers la France, mère patrie des Vandoos, qu’il faut chercher les envolées patriotiques les plus soutenues.

Des officiers du 22<sup>e</sup> Bataillon donnent à boire à un cheval, sous l’œil attentif d’un chien.

Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-002764

Des officiers du 22e Bataillon donnent à boire à un cheval, sous l’œil attentif d’un chien.


La France

Le prélude de cette section va au Capitaine Francoeur, 13 septembre 1915 : « Nous sommes en route pour la France, le cœur rempli d’ardeur guerrière, et avec la ferme volonté de vaincre ou de mourir. Le devoir nous appelle, nous devons obéir […] Que Dieu te protège, France! »

Les frères d’armes de Francoeur partagent absolument son euphorie. Le journal de Vanier pour le 14 septembre 1915 contient ce qui suit : « Il m’est resté de ce passage [de l’Angleterre vers la France] une impression indélébile. Enfin en France […] c’est inespéré! ». D’après son entrée du lendemain, l’enthousiasme est contagieux au sein du 22e Bataillon : « Les hommes […] sont très mal dans un wagon à bagages […] sans siège, sans lumière… ils ne s’en plaignent pas, tout au contraire ils ont quitté la gare du Havre en chantant la Marseillaise et ‘Au Canada’ [sic]. »

Une fois déployés au front, dans la campagne française, les Vandoos se rendent vite compte que cet idéalisme semble être unidirectionnel, puisque plusieurs paysans français ignoraient l’existence des Canadiens français. Si tous les auteurs mentionnent ce choc culturel, Vanier pousse la réflexion plus loin : « … the people hardly understand how we happen to speak French and wear khaki. Very many of the French inhabitants were ignorant of our political existence as a race apart in Canada […] We have opened their eyes and their hearts23. » Si Francoeur se présente comme un ambassadeur du Canada, Vanier positionne le 22e Bataillon comme un ambassadeur de la race canadienne-française.

Le 17 septembre à St-Omer, le 22e Bataillon reçut un interprète envoyé par un quartier général français, qui fût évidemment renvoyé24. Malgré cela, les cahiers personnels analysés ici ne témoignent pas d’une indifférence des Français envers leurs cousins d’Amérique, mais bien d’une certaine ignorance, qui ne saurait d’ailleurs s’appliquer à toute la France : Tremblay, le 11 mars 1916, rapporte : « Nous avons reçu la visite d’un parti de dix officiers français. Ils s’intéressent beaucoup à nos hommes qui leur rappellent leurs Picards, leurs Normands. » Au final, l’hospitalité française prend la place de la surprise initiale, et les marraines – des françaises qui encourageaient les Vandoos par des correspondances épistolaires et qui pouvaient les recevoir lors de leurs permissions – s’avèrent plus cordiales que les permissions à Londres marquées par la barrière de la langue25.

Outre leur hospitalité, les Français impressionnent nos auteurs par leur valeur militaire. Vanier écrit : « The French are splendid, their dash and determination are wonderful and I feel like saluting every man and woman I meet from the most gallant and boldest nation in the world […] if we had more like them in Canada we would be a noble, a better race26. » Le 5 décembre 1915, Tremblay raconte qu’un officier français vient fournir les actualités sur les opérations françaises depuis le début de la guerre : « nous sommes à même de juger la part infime sur terre que nous avons eue, et combien Joffre et l’armée françaises sont grands. » Notons donc que le nationalisme canadien-français de Vanier et Tremblay admet la supériorité de la France, qui est un modèle à suivre. D’un point de vue individuel, Tremblay parvient à honorer ce modèle, puisqu’il apprend le 29 mai 1917 qu’il obtiendra la Légion d’honneur : « c’est précisément la décoration à laquelle je tiens le plus. » La plus haute distinction honorifique française lui importe donc plus que la Croix Victoria, distinction militaire suprême de l’armée britannique. Pour Vanier, cette admiration s’étend à la classe paysanne française : « Plus je [la] vois […] plus mon admiration pour la nation française et ma foi dans le triomphe de la civilisation latine grandissent27. » Dans son journal du 27 mars 1918, il explicite la raison de cette admiration : « Le contact avec ces pauvres gens en fuite devant la barbarie […] est exaltant; on estime comme un grand privilège de pouvoir contribuer, même dans la plus faible mesure, à la défaite et à l’expulsion des sauvages. » Ainsi, un idéalisme pour la France né avant la guerre grandit sur le front européen lorsque Vanier entre en contact avec les peuplades de la nation chérie.
 

Dans les tranchées. Le 22<sup>e</sup> Bataillon d’infanterie, en juillet 1916.

Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-000262

Dans les tranchées. Le 22e Bataillon d’infanterie, en juillet 1916.


Le sens du devoir semble donc canalyser le patriotisme des Canadiens français pour leur mère patrie. Le journal de Vanier contient, pour le 17 septembre 1915 : « Never in my wildest flights of imagination could I have foretold that one day I would march through the country I love so much in order to fight in its defence. » Il livre un discours similaire dans une lettre à sa mère datée du 27 janvier 1916, où il cite en plus la guerre de 1870 pour montrer que les destins de la France et du 22e Bataillon sont enchevêtrés. En outre, ce sens du devoir ne s’applique pas qu’aux officiers. Lapointe écrit le 3 juin 1917 le récit d’une messe célébrée à l’église de Petit-Servins :

L’émotion est très visible chez les civils qui assistent à la messe militaire, quand un de nos gars se met à chanter d’une voix chaude et pénétrante le cantique « Dieu de clémence, ô Dieu vainqueur, sauvez, sauvez la France ». Le bataillon reprend ensuite en chœur, et à travers les voix qui montent puissantes et emplissent le vaisseau, il y a comme un sanglot.

Cette dévotion pour une patrie autre que la sienne provoque son effet sur la populace de France. Alors que les Vandoos traversent en chantant Bully-Grenay, à la veille d’une offensive, les villageois viennent à leur rencontre, les embrassent et leur souhaitent « Bon succès contre les sales Boches ». Le Capitaine Henri Chassé résume : « C’est un magnifique et charmant spectacle que de voir la vieille France applaudir la jeune France, prête à mourir pour elle28. » Ces Canadiens français sont réceptifs aux témoignages de gratitude d’un peuple pour lequel ils clament ostensiblement se sacrifier. On conçoit aussi qu’une telle scène avait de quoi stimuler l’ardeur guerrière des hommes : lors de l’annonce de leur départ des Flandres le 10 novembre 1917, Lapointe rapporte que « L’heureuse nouvelle de notre retour en France est accueillie avec une immense joie. » Le patriotisme envers la France semble affecter positivement le moral des troupes.

Concluons que l’admiration, l’amitié et le sens du devoir développés pour le peuple de la France sont un fil conducteur des récits de nos auteurs durant toute la durée de la guerre – ils ne sont pas dus qu’à un sursaut d’enthousiasme momentané suscité par la traversée vers la mère patrie. Lors de son retour au pays, Lapointe conclut son journal ainsi : « malgré les horribles cauchemars qui parfois viennent troubler mon sommeil, j’ai la consolation d’avoir été utile à mon pays, et d’avoir payé ma dette de reconnaissance à la vieille France29. »

Affiche pour le recrutement.

Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition : 1983-28-789

Affiche pour le recrutement.


Canada français

Complétons une formule suggérée précédemment : alors que les Vandoos voyaient le Canada comme leur terre natale, la nation canadienne-française était celle pour laquelle ils combattaient. À son départ d’Amherst le 21 mai 1915, Tremblay exprime cette formule tout en l’insérant dans une continuité historique : « Nous ne voyons plus la belle terre du Canada, et sommes plus décidés que jamais à prouver que le sang canadien-français coule dans nos veines aussi limpidement et chaudement que celui que possédaient nos aïeux. » Si Francoeur faisait parfois exception à la règle en parlant de se battre pour le Canada, son patriotisme envers le Canada français était plus emphatique : « Si nous pouvons bientôt avoir l’occasion de montrer à tous les alliés ce que peut faire un régiment Canadien-Français [sic] dans une charge à la bayonnette [sic], nous sommes prêt et n’attendons que l’ordre d’aller de l’avant, et alors tous les pays connaîtront notre valeur30. » Le 22nd Infantry Battalion (French-Canadian),en sanctionnant son appartenance dans son appellation, avait fourni aux Vandoos un sens à leur combat. En outre, Tremblay souhaitait rendre collectives ses opinions personnelles en les diffusant à l’ordre du jour :

J’ai confiance que les Canadiens français défendront toutes leurs tranchées avec une vigueur désespérée et tiendront bon à tout prix, même au prix de la mort. N’oublions pas que nous représentons toute une race et que bien des choses – l’honneur même du Canada français – dépendent de la manière dont nous nous conduirons. Nos ancêtres nous ont légué un brave et glorieux passé que nous devons respecter et égaler. Maintenons nos anciennes et belles traditions31.

Voilà le mandat que s’était donné Tremblay lors de sa nomination comme commandant du 22e Bataillon32.

En route vers le front, des membres du 22<sup>e</sup> Bataillon se reposent dans un cratère creusé par l’explosion d’un obus, en septembre 1917.

Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-002045

En route vers le front, des membres du 22e Bataillon se reposent dans un cratère creusé par l’explosion d’un obus, en septembre 1917.


    
Et ce mandat, il eut le sentiment de l’avoir rempli lors de la victoire à Courcelette. Avant la bataille, un conseil de guerre fût tenu aux quartiers-généraux de la division. Le lieutenant-colonel dut réclamer « l’honneur de conduire son bataillon à Courcelette. Il obtient satisfaction33. » Au moment de lancer l’attaque décisive, il parcourt la tranchée à cheval et livre ce discours devant ses troupes :

Nous allons à l’assaut d’un village qui s’appelle Courcelette. Ce village nous allons le prendre, et quand nous l’aurons pris, nous allons le garder jusqu’au dernier homme. C’est notre première grande attaque, il faut qu’elle soit un succès pour l’honneur de tous les Canadiens Français que nous représentons en France34.

Les instants précédant un assaut ne sont pas le temps de faire de l’éducation politique : le seul objectif est de stimuler l’ardeur guerrière des troupes. Si Tremblay choisit de parler d’honneur canadien-français, c’est parce qu’il croit le sujet capable de galvaniser ses hommes, qu’il les juge réceptifs à sa fierté pour sa « nationalité ». Le 22e Bataillon n’était pas obligé de courir le premier vers Courcelette : si le commandant insiste pour l’y mener, il est d’avis que les bénéfices compenseront le sacrifice de vies humaines35.

Si ce patriotisme canadien-français comporte un sens du devoir et une fierté de participer aux grands enjeux de l’Occident, il ne s’agit pas que d’une satisfaction personnelle, mais d’une volonté ostensible de reconnaissance – cela explique l’indignation de Tremblay du 18 septembre face au désintéressement de son supérieur, le commandant de la 7e Brigade d’infanterie canadienne, le Brigadier Archibald Cameron « Batty Mac » Macdonell, en regard des événements de Courcelette, ainsi que de son appréciation sonore des compliments des généraux et des ovations offertes par les autres troupes du CEC. Notons que Tremblay écrit se sentir très malade moins de 24 heures après avoir été relevé de Courcelette – le 23 septembre, il est évacué pour le traitement de ses hémorroïdes et ne revient que cinq mois plus tard. On peut se questionner sur les forces qui lui permirent de prendre part à la bataille, qu’il mena de front plutôt que de rester en retrait, à l’abri des balles. Tremblay et Vanier, alors tous deux convalescents, sont avides de voir les échos des exploits du 22e Bataillon dans la presse française et britannique : Tremblay énumère « le London Times du 21 et 25 sept.; le Manchester Guardian, le Miroir, le Standard, le Daily Mail etc., etc. Leur version de l’attaque n’est pas tout à fait juste […] Le point important, c’est que le bataillon est mentionné comme unité qui s’est distinguée au front sur les journaux anglais36. »

Le très honorable Georges Philias Vanier est devenu gouverneur général du Canada après avoir mené une carrière remarquable en tant que soldat et que diplomate.

Gouverneur général du Canada, portrait de Georges P. Vanier par Charles Fraser Comfort, 1967, Courtoisie de CCN

Le très honorable Georges Philias Vanier est devenu gouverneur général du Canada après avoir mené une carrière remarquable en tant que soldat et que diplomate.


Dès lors, la fierté du bataillon se cristallise autour de la bataille de Courcelette, qui devient le modèle à suivre. À son retour de convalescence, le 14 février 1917, Tremblay réaffirme son mandat : « Je reprends la direction de mon bataillon plein de confiance dans l’avenir, réalisant […] plus que jamais mes lourdes responsabilités, déterminé à préserver le lustre de l’étoile de Courcelette ». (Par coïncidence, la devise complète du Royal 22e Régiment aujourd’hui est « Je me souviens du passé, j’ai confiance en le futur. ») Ainsi, Lapointe rapporte le 14 août 1917 un discours de Tremblay d’avant la bataille de la Côte 70, en ajoutant un commentaire qui témoigne de l’influence morale qu’avait le commandant sur ses troupes :

Demain, vous vous battrez comme vous vous êtes battus à Courcelette et à Vimy et là-bas au pays, les nôtres seront fiers de vous. Notre commandant n’est pas très éloquent, mais tous les soldats du 22ème connaissent sa bravoure légendaire et chaque parole de sa bouche a pour nous tous une signification37.

Le brigadier-général Thomas-Louis Tremblay, plus tard durant la guerre.

Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-004284

Le brigadier-général Thomas-Louis Tremblay, plus tard durant la guerre.

 

De la même manière, c’est après son retour de convalescence que Tremblay commence à faire mention des old originals, c.-à-d. les vétérans de Courcelette, qu’il montre volontiers en exemple aux nouvelles recrues. Il faut comprendre qu’en son absence, sous le commandement intérimaire du Major Arthur Édouard Dubuc, la discipline s’était relâchée, notamment à la suite de l’injection de 220 nouveaux hommes et officiers en septembre 1916 – pour combler les pertes de Courcelette – et 380 en octobre de la même année – pour combler les pertes de la tranchée Régina. Ces renforts arrivèrent trop rapidement pour qu’on leur inculque l’esprit de corps possédé par les old originals, un esprit cultivé depuis les débuts de l’entraînement à Saint-Jean, un an auparavant. Or, Morton constata que sept soldats canadiens qui furent fusillés durant la Première Guerre étaient canadiens-français, et que cinq appartenaient au 22e Bataillon – il s’agit d’une surreprésentation. Gagnon analysa la question, et remarqua que tous les cas de peine capitale passaient d’abord par la recommandation d’un commandant, dans ce cas : Thomas-Louis Tremblay. C’est donc pour redresser l’indiscipline née durant ses cinq mois de convalescence, pour préserver la réputation payée par le sang des hommes morts au combat, que Tremblay recourut à l’exécution des déserteurs et des criminels38. Il ne faut pas sous-estimer les conséquences qu’aurait eu un échec du 22e Bataillon au front européen, eu raison de sa nature expérimentale en tant que premier bataillon francophone : y aurait-il aujourd’hui autant d’unités canadiennes-françaises dans les Forces armées canadiennes, le bilinguisme y serait-il aussi répandu, si le 22e Bataillon avait jeté l’opprobre sur la nation canadienne-française? Pour revenir à notre sujet d’étude, la question de l’exécution et l’insistance pour mener le bataillon au front39 montrent que le nationalisme de Tremblay ne s’articulait pas qu’en discours et en pensées, mais se traduisait par des décisions et des actions concrètes, voire parfois radicales.

Pour l’année 1917, le nationalisme des Vandoos s’exprime principalement en réaction aux nouvelles des protestations des Canadiens français contre l’enrôlement obligatoire, qui culmineront par les émeutes de Québec en 1918. Il ne faut donc pas concevoir ces soldats comme étant ignorants de la situation politique canadienne. Le 7 février 1917, Lapointe rapporte : « je connais des gens qui là-bas au pays […] cracheront de mépris en songeant à nous, et répéteront […] que nous n’avions pas de raison d’aller nous faire casser la tête pour la France et l’Angleterre. Cependant si ces pays avaient été abandonnés à leurs seules ressources, que serait-il arrivé? » Sans croire que le 22e Bataillon est venu sauver à lui seul la France et l’Angleterre, Lapointe est conscient que sa présence compense pour l’indifférence des Québécois face à la situation en Europe. Le 27 novembre 1917, Tremblay raconte son altercation truculente avec Max Aitken Lord Beaverbrook à propos d’articles de presse ignominieux sur le 22e Bataillon dans les journaux britanniques. Le reste de l’entrée du Journal de guerre désamorce les critiques de Beaverbrook, fait l’apologie du 22e Bataillon, avoue que le Canada anglais aimerait que les Canadiens français s’enrôlent en plus grand nombre, mais affirme surtout que « Le 22e sauve à l’heure actuelle la réputation du Québec. » Un amendement majeur vient de s’ajouter au mandat traditionnel de Tremblay : en plus de représenter la nation canadienne-française, le 22e Bataillon doit compenser pour la faible contribution québécoise à l’effort de guerre des nations alliées. Le 5 août 1918, fidèle à son habitude, Tremblay proteste auprès du Général à propos du rôle secondaire que s’apprête à jouer le 22e lors d’une attaque à Amiens. Il finit par avouer : « La situation pratique au pays est peut-être la cause de [mon] désappointement ! ! » Tremblay écrit ces lignes quatre mois après l’émeute anti-conscription du 1er avril, lors de laquelle quatre civils québécois furent tués par des troupes d’Ontario.

« Over the Top », peinture qui représente le 22<sup>e</sup> Bataillon d’infanterie du Canada à Neuville-Vitasse, sur la ligne fortifiée Drocourt-Quéant, en août 1918.

Musée canadien de la guerre, 19710261-0056, par Alfred Bastien, collection d’art militaire Beaverbrook, © Musée canadien de la guerre

« Over the Top », peinture qui représente le 22e Bataillon d’infanterie du Canada à Neuville-Vitasse, sur la ligne fortifiée Drocourt-Quéant, en août 1918.

 

Conclusion

La présence des Vandoos sur le front européen eut l’effet ultime de briser l’isolement et l’indifférence du Québec face aux grands enjeux internationaux : dès le débarquement en France, les Canadiens français ne se battaient pas pour la survivance de leur peuple, mais s’efforçaient de bâtir leur gloire en contribuant à l’effort de guerre des nations alliées. Tremblay, Vanier, Lapointe, Francoeur et certains de leurs frères d’armes affirmaient ouvertement leur patriotisme et leurs allégeances nationales. Une contribution de cette étude est donc d’avoir suggéré une rupture dans le « nationalisme de résistance » du Canada français – qui s’exprimait notamment dans les sentiments anti-conscriptionnistes –, en raison du « nationalisme participatif » que l’on retrace dans les journaux de guerre du 22e Bataillon (canadien-français). Dans le tumulte des nationalismes exacerbés et parfois impériaux qui comptent parmi les causes de la Grande Guerre, ce « nationalisme participatif », qui reconnaissait d’ailleurs la supériorité de la France, contrastait par son aspiration à l’épanouissement et à la reconnaissance plutôt qu’à la dominance.

Le 22<sup>e</sup> Bataillon d’infanterie du Canada traverse le Rhin à Bonn, en décembre 1918.

Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-003778

Le 22e Bataillon d’infanterie du Canada traverse le Rhin à Bonn, en décembre 1918.

 

NOTES

  1. Du moins, c’est la vision de son commandant Thomas-Louis Tremblay, telle qu’il l’exprima lors du discours qu’il prononça devant ses troupes juste avant la bataille de Courcelette. Tremblay, Thomas-Louis et Marcelle Cinq-Mars (éd.). Journal de guerre (1915-1918). Québec, Athéna Éditions (Collection Histoire militaire) et Musée du Royal 22e Régiment, 2006, entrée du 15 septembre 1916.

  2. Si le terme « nationalisme » est utilisé dans cet article en référence au sens de l’honneur et du devoir envers le Canada français, les penseurs qui faisaient la promotion de l’idée d’une telle nation (p. ex. l’abbé Lionel Groulx) n’étaient pas alors proéminents dans la sphère publique. Les auteurs contemporains, et plus précisément les auteurs des journaux de guerre étudiés ici, parlaient davantage en termes de fierté et de patriotisme.

  3. Joseph Chaballe, Histoire du 22e bataillon canadien-français, Tome I : 1914-1919. Montréal, Les Éditions Chanteclerc ltée, 1952, p. 42.

  4. Témoignage conservé dans Les archives audio de la Première Guerre mondiale : Georges Francoeur. http://www.veterans.gc.ca, consulté le 11 août 2011.

  5. Tremblay, le 20 mai 1915 : « Nos hommes et nos officiers ne se gênent pas pour dire que notre séjour a été plus agréable à Amherst que dans la province de Québec. »

  6. Claudius Corneloup, L’Épopée du vingt-deuxième. Montréal, La Presse, 1919, p. 17.

  7. Georges Vanier, Lettre à sa mère, 21 mai 1915.

  8. A/R22ER, FPA69, Georges-Ulric Francoeur, Journal de Guerre, 1915-1916, 4 octobre 1915.

  9. Après Courcelette, Corneloup (p. 61) écrit : « Tranquillement, mais émus, les hommes du 22ième et du 25ième, les premiers, français, les seconds, anglais, tous canadiens, ne voulaient plus se séparer. »

  10. Le 21 août, Tremblay écrit : « J’ai donné des instructions en conséquence. Le résultat est plutôt amusant. Un soldat qui ne blasphème pas raconte sa petite affaire dans environ trois minutes, celui qui parle en charretier dure environ six minutes. Plusieurs “trois trente sous” [surnom du 75e] se tiennent les côtes ce soir. »

  11. Voir notamment l’entrée du 14 mai 1916 sur le laxisme du 20e Bataillon concernant la réparation d’un parapet, ou encore l’entrée du 6 juin 1916 sur l’insouciance du 12e York Battalion of Infantry concernant les missions de reconnaissance.

  12. Il convient toutefois de mentionner deux aberrations à cette tendance, provenant toutes deux du journal de Francoeur. Le 5 octobre 1915, il écrit que les Boches « auraient à se bien tenir si jamais nous avons ordre d’aller de l’avant, ils apprendront ce que peuvent faire des jeunes Canadiens. » Le 24 octobre, lors d’une messe à l’église de Locre, le capitaine Doyon, aumônier du bataillon et membre d’une Église soucieuse de conserver l’ordre politique établi, explique aux troupes « que si l’on doit mourir, que notre mort serve à la Patrie. »

  13. Georges Francoeur, Journal de guerre, 31 décembre 1915.  Cette opinion trouve d’innombrables échos, par exemple : Francoeur, Journal de guerre, 26 décembre 1915, 17 janvier 1916; Georges Vanier, Lettre à sa mère, 23 mai 1915.

  14. Cité dans Francoeur, Journal de guerre, date inconnue en 1916. Vu la propagation du « pied de tranchée », on comprend pourquoi le fantasme de confort a été canalisé dans une chansonnette concernant des chaussettes sèches.

  15. A.J. Lapointe, Souvenirs d’un soldat du Québec : 22ème Bataillon, 1917-18 (4e édition). Drummondville, Les Éditions du Castor, 1944, 6 février 1919.

  16. Ibid., p. 21.

  17. Corneloup, p. 65 : « Son caractère, son sentiment, sa race, sa religion même lui interdisaient l’entrée; et même s’il eût osé braver le destin, avec quel haussement d’épaules et de pitié ce “French Canadian” était servi! »

  18. Ibid., p. 33 : « Appartenant à une autre race […] ce bataillon […] semblait perdu au milieu de cette formidable armée levée par l’Angleterre […] aucun bataillon […] ne fût plus surveillé, ne fût plus critiqué. »

  19. Tremblay, Journal de guerre, 18 juillet 1915.

  20. Georges Vanier, Lettre à sa mère, 5 août 1915.

  21. Georges Vanier, Lettre à sa mère, 14 septembre 1915.

  22. Le 27 octobre, lors de la visite du roi Georges V, du roi Albert de Belgique, du Maréchal Ferdinand Foch et du Général Joffre, Francoeur raconte : « Nous avons été tellement surpris de les voir et nous étions tellement occupés à les regarder passer, que je me demande si nous avons présenté les armes, je ne le crois pas. »

  23. Georges Vanier, Lettre à sa mère, 14 septembre 1915.

  24. Robert Speaight, Georges P. Vanier : Soldat, diplomate, gouverneur général. Montréal, Éditions Fides, 1972, p. 40.

  25. …et ce, malgré l’ahurissement du célibataire Thomas-Louis lorsqu’il découvre que sa marraine envers qui il avait conçu tant d’attentes, est une grosse dame âgée! Pour d’autres mentions de l’hospitalité française : Vanier, Lettre à sa mère, 14 septembre 1915; Vanier, Journal de guerre, 15 septembre 1915 et 17 novembre 1915. Pour une autre mention de l’ignorance française, cette fois venant non pas d’un milieu rural, mais plutôt parisien, voir le Journal de guerre de Francoeur, 14 mars 1916.

  26. Georges Vanier, Lettre à sa mère, 30 septembre 1915. Voir aussi l’entrée de son journal du 16 septembre 1915.

  27. Georges Vanier, Lettre à sa mère, 14 janvier 1918.

  28. Lapointe,14 août 1917; Henri Chassé, cité dans Speaight, p. 66.

  29. Lapointe, 1919 (inséré en préface du journal).

  30. Georges-Ulric Francoeur, Journal de guerre, 20 décembre 1915.

  31. Cité dans Speaight, p. 53.

  32. Lors de sa nomination, le 26 février 1916, il réitère ce mandat : « Je suis peut-être le plus jeune commandant de Bn qui soit au front. Mon bataillon représente toute une race, la tâche est lourde. Cependant j’ai confiance en moi-même et je me sens estimé par mes hommes. Mes actes seront guidés par notre belle devise “Je me souviens” ».

  33. Corneloup, p. 51.

  34. Tremblay, Journal de guerre, 15 septembre 1916.

  35. Le 18 septembre, Tremblay écrit : « Malheureusement la proportion des tués est grande peut-être 40 %. Nous avons payé cher notre succès; nous nous consolons en pensant que ces sacrifices ne sont pas faits en vain; que notre nationalité en bénéficiera un jour. »

  36. Tremblay, Journal de guerre, 27 septembre 1916. Voir aussi Vanier, Journal de guerre, 21 septembre 1916; Lettre à sa mère, le même jour; Lettre à sa mère, 24 septembre 1916.

  37. Le journal du 22e Bataillon poursuit le compte-rendu du discours de Tremblay: « Tonight the eyes of French-Canada are turned towards us, and I expect every man to do his duty, and more than his duty, that the hopes of those who have put their trust in us may not be disappointed. » Appendix « M » to August War Diary, p. X, août 1917.

  38. Desmond Morton, The Supreme Penalty: Canadian Deaths by Firing Squad in the First World War, cité dans Gagnon, Jean-Pierre. Le 22e bataillon (canadien-français) 1914-1919. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1986, p. 279, qui traite de la question dans les p. 279-308.

  39. Outre Courcelette, Tremblay insiste pour mener son bataillon au front de l’attaque sur la crête de Vimy, mais le brigadier-général souhaite donner la chance à d’autres bataillons de se démarquer comme l’avait fait le 22e Bataillon à Courcelette (cf. Journal de guerre, 27 mars 1917). Le 1er juillet 1917, Tremblay mentionne que malgré sa promotion comme brigadier-général, il continue d’exercer son influence pour que « son » bataillon mène une mission à Lens.