LA TECHNOLOGIE MILITAIRE

US Air Force/Alamy Stock Photo/ERD553.

Un MQ‑9 Reaper en plein vol à la base aérienne Holloman d’Alamogordo, au Nouveau‑Mexique, le 1er avril 2015.

Les risques de santé mentale liés aux opérations des aéronefs télépilotés

par Mark Sandner

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Le major Mark Sandner, CD, officier de systèmes de combat aérien, est actuellement détaché auprès du VX-1 Air Test and Evaluation Squadron, à la base aéronavale Pax River, au Maryland (États-Unis). Il a récemment terminé le Programme d’études aérospatiales de l’Aviation royale canadienne (ARC) au Collège de l’aérospatiale William Barker V.C. de l’ARC, à la 17Escadre Winnipeg, et il a souvent utilisé des aéronefs télépilotés (ATP) dans le cadre de son affectation en Australie, de 2015 à 2017.

Introduction

Au cours des dernières décennies, le recours aux systèmes d’aéronef sans pilote (UAS) a pris un grand essor au sein des forces armées aux quatre coins du monde. Les États-Unis et le Canada sont parmi les nombreux pays qui ont utilisé des UAS dans leurs opérations militaires, et la tendance continuera de croître dans les années à venir. Dans Protection, Sécurité, Engagement : la politique de défense du Canada, l’acquisition d’aéronefs télépilotés (ATP) armés est définie comme une priorité. Les répercussions pour les membres des Forces armées canadiennes (FAC) et leurs familles sont encore inconnues. Par contre, les FAC, en étudiant les effets des opérations des ATP sur les militaires d’autres pays, peuvent recueillir des données précieuses sur la façon optimale de mettre en œuvre ces ressources.

Au Canada, comme ce fut le cas dans d’autres pays, le renforcement d’une capacité d’ATP permanente, qui sera exploitée par l’Aviation royale canadienne (ARC), posera des défis aux FAC dans le domaine de la santé mentale. De nombreuses recherches ont été menées au Canada sur les effets du combat sur la santé mentale des militaires en déploiement. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant des militaires qui participent aux opérations tout en demeurant en sol canadien. Selon les résultats des quelques recherches menées par les Forces aériennes des États-Unis (USAF), les opérateurs d’ATP, qui sont éloignés du champ de bataille physique, courent particulièrement le risque de souffrir de problèmes de santé mentale et de santé émotionnelle. Pourquoi? En raison des images explicites et souvent dérangeantes auxquelles ils sont exposés dans l’exercice de leurs fonctions, ainsi que de l’épuisement physique et mental causé par des opérations en continu et aussi en raison de l’absence d’une période de décompression et de circonstances qui s’y prêtent. En conséquence, la force mentale des opérateurs d’ATP est souvent mise à rude épreuve.

L’USAF, le plus grand utilisateur d’ATP armés, a vécu les conséquences directes de la situation et, à mon avis, a vu juste en déterminant que le suivi accru et le traitement des opérateurs d’ATP permettaient non seulement de protéger la santé mentale de ce groupe important de militaires, mais également d’améliorer leur efficacité au combat, qui est un atout essentiel sur le champ de bataille moderne. Le Canada, s’il considère l’utilisation éventuelle d’ATP, devrait suivre les opérateurs d’ATP de la même façon que les militaires au combat pour faire en sorte que les avantages offerts par les ATP soient exploités au maximum.

UAS et ATP mis en contexte

Le gouvernement du Canada a récemment adopté le terme « aéronef télépiloté », ou ATP, de manière à mieux exprimer les changements apportés au système de classification de ce type d’aéronef par les alliés du Canada. Selon l’ARC, le terme « […] reflète [aussi] plus précisément le mode d’utilisation des systèmes1 ». Dans le contexte de l’article, les ATP peuvent être armés ou non, et sont utilisés dans des scénarios de combat. Les États-Unis ont un programme bien établi d’ATP au sein de leur département de la Défense (DoD) alors que le Canada, ayant toujours loué les ATP à diverses entreprises en prévision du combat, ne possède pas encore de ressources spécialisées. Le projet du système d’aéronef télépiloté (SATP), dirigé par le ministère de la Défense (MDN) du Canada, changera la situation dans les cinq à dix prochaines années, période durant laquelle l’ARC constituera un escadron pour utiliser les ATP nouvellement acquis.

Les ATP moyenne altitude et longue endurance (MALE) sont envisagés. Pour faire fonctionner un ATP MALE type, il faut deux militaires qui travaillent de pair. Cette équipe opérationnelle est au pays alors que l’ATP se trouve dans la zone d’opérations. Le premier opérateur assume le rôle de télépilote; il réalise les mouvements au sol de l’ATP, il supervise le décollage et l’atterrissage de l’ATP et il remplit la fonction de pilote surveillant, sensiblement comme un pilote d’avion traditionnel. Le télépilote peut programmer au préalable des itinéraires dans l’ATP ou encore le piloter manuellement selon les exigences de la mission. Au sein de l’USAF, les télépilotes constituent un nouveau groupe professionnel en soi, distinct du groupe des pilotes d’aéronefs traditionnels. En effet, l’USAF a établi qu’il ne fallait pas nécessairement qu’un pilote breveté possédant les qualifications de vol aux instruments tienne les commandes d’un ATP type car les manœuvres à exécuter sont différentes. Les ATP n’exécutent aucune acrobatie aérienne et ne volent jamais en formation, par exemple2. L’autre opérateur, l’officier de la charge utile, contrôle la charge utile, notamment la caméra électro-optique et infrarouge et/ou le radar embarqué dans l’aéronef, et se sert d’un marqueur laser pour diriger les armes embarquées.

Le télépilote et l’officier de la charge utile contrôlent l’ATP au moyen de données satellites et sont en mesure de recueillir des images avec les capteurs et de les relayer aux soldats qui se trouvent au sol et aux centres de commandement qui ont besoin du renseignement. Ils peuvent donner des commandes en temps quasi réel à l’ATP et à ses capteurs, ce qui permet d’apporter des changements tactiques pendant le vol et ainsi de réaffecter rapidement l’ATP à d’autres zones d’opérations. Bien qu’il incombe aux officiers supérieurs dans la chaîne de commandement de déterminer l’objectif, la décision finale de larguer ou non les armes appartient au télépilote, qui après avoir évalué les dangers, envoie la commande à l’ATP.

Les équipages d’ATP MALE peuvent accomplir des ensembles de missions très variés. La plupart des missions des ATP qui sont médiatisées comportent des frappes de précision contre des objectifs militaires, mais les ATP peuvent également assumer des fonctions aux particularités moins mortelles3. Dans un avenir rapproché, les ATP doivent remplacer la presque totalité des aéronefs pilotés de renseignement, surveillance et reconnaissance (RSR)4. L’acquisition d’ATP, et l’augmentation des dépenses associées, implique la disponibilité du personnel nécessaire pour assurer l’exploitation, la maintenance et le soutien de ces aéronefs. Aux États-Unis, la hausse des opérations menées par des ATP militaires a ajouté un fardeau aux escadrons concernés de l’USAF et à d’autres organisations du DoD. Le nombre d’opérations à l’échelle internationale qui nécessiteront ou privilégieront l’aide d’ATP devrait aussi s’accroître, ce qui exigera du personnel supplémentaire. En 2018, par exemple, l’USAF devait former environ 400 télépilotes de plus5. En raison du manque de télépilotes, les opérateurs d’ATP ont vu leur charge de travail augmenter et leurs quarts de travail se prolonger, et la situation durera le temps que la pénurie se résorbe. Il faut quatre mois à l’USAF pour donner une formation complète aux officiers de la charge utile alors qu’il lui faut près d’un an pour former un télépilote, ce qui signifie que pendant la même période, de deux à quatre fois plus d’officiers de la charge utile peuvent être formés. Voilà comment s’explique le manque de télépilotes et non d’officiers de la charge utile6!

Photo du MDN KA2003-D058D.

Lancement d’un UAV CU‑161 Spewer.

Bien que la nouvelle politique de défense du Canada, Protection, Sécurité, Engagement, accorde la priorité à l’acquisition et à l’utilisation d’ATP MALE, le Canada possède une expérience limitée du modèle actuel en vertu duquel un opérateur en sol canadien contrôle un ATP à l’étranger. Le MDN a acquis cette expérience avec deux seuls ATP MALE : le CU-161 Sperwer, de 2003 à 2009, et le CU-170 Heron, de 2009 à 2012. Ces ATP, tous deux utilisés dans le cadre de missions en Afghanistan, permettent une observation directe aux opérateurs, lesquels sont déployés auprès de la plateforme à proximité des zones de combat. Le Sperwer a frayé la voie à une utilisation accrue des ATP au sein de l’ARC et à l’entrée en service du CU-170 Heron, qui a été utilisé en Afghanistan dans la Force opérationnelle (FO) Erebus. Le Sperwer et le Heron, qui sont avant tout des plateformes de surveillance, ont fourni des éléments clés du renseignement aux forces de la coalition afin qu’elles protègent les soldats de la coalition en patrouille, mais également afin qu’elles jettent les bases d’opérations ultérieures. Lorsque la FO Erebus a été dissoute, la flotte d’ATP Heron a été remise à son propriétaire, l’entreprise Israeli Aerospace Industries, et les opérateurs d’ATP ont chacun repris leur profession au sein de l’ARC et depuis, l’ARC n’a piloté aucun ATP dans un contexte opérationnel sous la direction du gouvernement du Canada.

Photo du MDN AR2010‑0129‑01 par le sergent Daren Kraus.

Un UAV CU‑170 Heron à l’aérodrome de Kandahar, en Afghanistan, le 9 juin 2010.

Grâce au projet du SATP, le Canada se dotera d’ATP semblables au Reaper qui pourront l’aider à atteindre ses objectifs stratégiques. Il faudra préparer le terrain pour ce qui est de l’instruction, de la tactique et de l’administration en amont de la mise en œuvre du projet. Ainsi, il faudra notamment comprendre la charge de travail prévue et trouver des solutions aux facteurs de stress uniques associés à l’utilisation d’un ATP dans un environnement de combat. C’est en se fondant sur l’expérience de pays qui utilisent des ATP depuis un certain temps, particulièrement les États-Unis, que le travail de préparation sera réalisé puis mis en œuvre.

Complexités opérationnelles des ATP

Les États-Unis se servent d’ATP depuis plus de vingt ans. À l’heure actuelle, le Groupe des opérations de la 49e Escadre à la Base aérienne Holloman au Nouveau-Mexique est le cœur des opérations des ATP de l’USAF. En effet, il mène des opérations en continu dans diverses régions du monde en plus d’assurer la formation locale de tous les télépilotes et officiers de la charge utile. Les opérateurs d’ATP travaillent dans une zone non transparente d’opérations militaires où la sécurité nationale est la priorité. En conséquence, les équipages d’ATP font inévitablement l’objet de l’attention négative des médias, en particulier si les opérations entraînent des pertes civiles7. Les frappes des ATP, qu’il s’agisse de frappes de précision ou autres, sont généralement mal vues et suscitent des pressions diplomatiques et politiques qui sont exercées sur le pays d’origine, tant à l’interne qu’à l’externe. Ainsi, les opérateurs d’ATP MALE subissent une forte pression pour prendre les bonnes décisions. Voilà la raison pour laquelle le personnel et l’environnement de travail de la Base aérienne Holloman ont fait l’objet d’études sur les facteurs de stress psychologiques menées par l’École de médecine aérospatiale de l’USAF (USAFSAM).

Les opérateurs d’ATP ne travaillent pas dans un environnement qui adhère au cycle de déploiement normal des forces militaires de combat. En règle générale, les forces de combat passent de deux à six mois à se préparer au déploiement et effectuent une rotation de quatre à six mois dans un théâtre de combat, après quoi ils ont droit à un congé avant de reprendre leurs fonctions habituelles. En revanche, les opérateurs d’ATP au sein de la 49e Escadre à Holloman assument au quotidien le double rôle de combattant et de civil, et la ligne de démarcation entre la vie opérationnelle et la vie personnelle est très mince. Chaque jour, ils se rendent au travail sur le champ de bataille. Chaque jour, depuis le poste de contrôle au sol (PCS) connecté à un ATP en mission quelque part dans le monde, ils peuvent surveiller un endroit pendant des jours, parfois des semaines, pour observer l’activité civile et les interactions quotidiennes des militaires et au besoin, pour procéder à des frappes cinétiques dans le but de neutraliser les objectifs. Les facteurs de stress au combat sont apparents. Les opérateurs d’ATP, après avoir passé souvent des semaines à observer certains objectifs, et à noter les interactions personnelles d’objectifs potentiels avec leur famille, sont déchirés par un conflit interne qui est alimenté par un sentiment de remords ou de culpabilité relativement au fait de tuer une personne qu’ils ont observée longuement8. Wayne Chappelle, Ph. D., chef du Programme de psychologie aérospatiale et opérationnelle à l’USAFSAM, a défini ce sentiment de « conflit existentiel9 » comme étant « la culpabilité et les remords ressentis par l’opérateur qui se perçoit comme un tireur d’élite aérien, voit le dommage collatéral causé par ses frappes et est attaché psychologiquement aux combattants » [TCO]. Le conflit existentiel est une des raisons principales pour lesquelles les opérateurs d’ATP courent un risque élevé de problèmes de santé mentale comme le trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Le TSPT est un état psychologique grave qui peut se développer chez une personne qui a vécu de manière répétée des événements stressants sur le plan mental et affectif, lesquels « […] se traduisent par des sentiments intenses de peur, de désespoir ou d’horreur10 » [TCO]. Les personnes qui présentent une forme de TSPT ont des souvenirs envahissants (« flashbacks »), des cauchemars, des symptômes d’évitement ou d’hypervigilance et des accès de colère. Il n’est pas rare qu’elles présentent deux ou trois de ces symptômes à leur retour d’une opération de combat. Toutefois, un diagnostic de TSPT est établi lorsque « le nombre, la gravité et la constance11 » [TCO] de ces symptômes ont de lourdes conséquences sur leur vie. La norme militaire au Canada et aux États-Unis est de surveiller si les militaires déployés présentent des symptômes de TSPT. Les opérateurs d’ATP sont exposés à des événements tout aussi stressants dans l’exercice de leurs fonctions quotidiennes au pays. Il est donc raisonnable d’insister pour que leur santé mentale fasse l’objet du même suivi.

Des études sur la santé mentale concernant les opérateurs d’ATP indiquent clairement que le travail de ces derniers comporte des facteurs de stress pouvant nuire à leur santé mentale12. Les facteurs de stress qui ont un effet néfaste sur le bien-être d’une personne peuvent être relativement futiles comme des heures de travail prolongées, des horaires de travail par quarts ou des tâches secondaires. Ces facteurs en soi n’entraîneraient pas des symptômes liés au TSPT, mais on croit que c’est le cas si l’on y ajoute des facteurs de stress au combat. Pour les opérateurs d’ATP, ces facteurs de stress au combat peuvent être associés au soutien des opérations militaires, à l’utilisation d’armes contre des cibles ennemies et à l’observation d’images explicites et dérangeantes par l’objectif de la caméra d’un ATP. Bien que les opérateurs d’ATP ne courent pas un danger physique sur le terrain, « […] l’exposition constante à des opérations de combat peut accroître le risque de détresse clinique et de TSPT13 » [TCO].

L’exposition accrue à des facteurs de stress au combat influence grandement la santé mentale des opérateurs d’ATP. Selon plusieurs études réalisées auprès de membres des Forces terrestres des États-Unis [U.S. Army], l’« action de tuer » et la « responsabilité de l’action de tuer » étaient « […] associées à un plus grand nombre de symptômes liés au TSPT et à d’autres problèmes de comportement affectif14 » [TCO]. En 2010, Shira Maguen, Ph. D., spécialiste en santé mentale à l’Université de la Californie, et ses collègues se sont penchés sur les effets de l’action de tuer directement et indirectement sur la santé mentale des vétérans de la guerre en Iraq. Au moyen de deux sondages, ils ont interrogé 2 797 militaires ayant participé à un déploiement en Iraq de 2005 à 2006. Ces sondages, le test de dépistage du TSPT en soins primaires (PC-PTSD) et le questionnaire sur la santé du patient (PHQ-9), ont été conçus pour diagnostiquer respectivement le TSPT et la dépression15. Les chercheurs ont également évalué d’autres éléments comme l’abus d’alcool ainsi que l’hostilité et la colère après le déploiement. Ils ont conclu que 40 p. 100 des militaires interrogés ont indiqué avoir tué ou avoir été responsables de tuer au cours de leur déploiement et qu’il s’agissait de facteurs de prévision importants des symptômes liés au TSPT et de l’abus d’alcool, et ce, même après avoir appliqué des mesures de contrôles de l’exposition au combat. Ils ont également conclu que tuer quelqu’un au combat est un « […] élément déterminant des problèmes de santé mentale16 » [TCO].

Même si cette étude a été menée auprès de soldats des Forces terrestres des États-Unis, et non d’opérateurs d’ATP, il n’en demeure pas moins que ces derniers sont habités par le sentiment de culpabilité existentielle qui est engendré par l’action de tuer, car ils sont à la fois témoins de l’action de tuer et responsables de saisir la commande ultime de faire feu. Il est parfaitement possible que les opérateurs d’ATP, qui exécutent à répétition ce genre de travail, courent un risque élevé de TSPT ou d’autres troubles de santé mentale.

Les opérateurs d’ATP se heurtent également à l’absence d’une période de décompression. Cette période de transition s’insère entre le déploiement opérationnel et le retour à un environnement de travail normal sans combat et se déroule dans un tiers lieu, où les militaires ne sont ni en congé de réaffectation ni en déploiement opérationnel. Pour les militaires déployés, la décompression dure entre une et trois semaines et joue un rôle important dans la santé mentale17. La décompression permet aux militaires de mettre en contexte les expériences récentes et de s’adapter à la vie sans combat, et surtout, elle donne l’occasion aux professionnels de la santé mentale d’assurer le suivi des militaires vulnérables. Il a été démontré que la décompression réduit le nombre de troubles de santé mentale chez les militaires18 et assure une transition en douceur entre le combat et le retour à la vie normale. Par exemple, à partir de 2003, les militaires canadiens qui revenaient d’Afghanistan passaient une période de décompression sur l’île de Chypre, où ils assistaient à des séances sur la santé mentale, participaient à des activités récréatives et avaient la possibilité de discuter de leurs expériences avec des coordonnateurs du soutien social aux victimes de stress opérationnel (SSVSO)19. Même si elle ne permet pas de repérer tous les militaires qui devraient recevoir de l’aide en matière de santé mentale après leur participation à des opérations de combat, la décompression est une période de transition importante pour les militaires qui présentent du stress psychologique.

DVIDS/Airman Autumn Vogt/5084333.

Responsables militaires et de la défense néerlandais sur l’aire de trafic devant un MQ-9 Reaper à la base aérienne Holloman, au Nouveau‑Mexique, le 1er février 2019, pendant l’instruction de leurs pilotes de MQ‑9 et de leurs opérateurs de capteurs.

Recherche sur le personnel

Dans le domaine militaire, un intérêt accru s’est manifesté à l’égard de l’environnement de travail unique des opérateurs d’ATP. L’USAFSAM a réalisé plusieurs études sur la santé mentale des opérateurs d’ATP. En 2012, le psychologue Wayne Chappelle, Ph. D., et ses collègues du Bureau de la recherche scientifique de l’USAF ont publié une étude, « Prevalence of High Emotional Distress, Symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder in U.S. Air Force Active Duty Remotely Piloted Aircraft Operators » [La prévalence de la détresse émotionnelle grave et des symptômes de trouble de stress post-traumatiques chez les opérateurs d’aéronefs télépilotés en service actif dans les Forces aériennes des États-Unis], qui demeure l’une des plus importantes sur le sujet20. Ils soutiennent que les opérateurs d’ATP qui sont confrontés à des situations de combat tous les jours au travail n’ont pas la possibilité de vivre une décompression ou de quitter leur mode de vie de combattant. À la fin de chaque quart de travail, ils reprennent leur vie de civil et les contraintes nationales en matière de sécurité les empêchent de discuter de leur journée de travail avec des membres de leur famille ou des amis. Chaque jour, ils doivent effectuer la transition vers un mode de vie de civil, ce qui ne leur permet pas de vraiment absorber et assimiler les détails des missions auxquelles ils participent.

L’étude menée par Chappelle en 2012 visait à « déterminer les sources principales de stress professionnel déclarées par les intéressés [au moyen de] questionnaires d’autoévaluation normalisés pour établir les taux de détresse clinique et de trouble de stress post-traumatique (TSPT)21 » [TCO]. En tout, 1 421 membres de l’USAF ont participé à l’étude, soit 670 opérateurs d’ATP et 751 militaires non combattants stationnés dans une base sans être exposés au combat. Dans le cadre de l’étude, les participants devaient répondre au sondage en 45 questions OQ-45.2 pour « […] évaluer pendant une semaine les symptômes de détresse émotionnelle, notamment les difficultés dans les relations interpersonnelles, les rôles sociaux et la qualité de vie en général22 » [TCO]. Ils devaient aussi remplir le questionnaire en lien avec la version militaire de la liste de vérification de l’état de stress post-traumatique (PCL-M) conçu pour évaluer « […] les symptômes d’hypervigilance, d’évitement et de reviviscence d’événements et de stimulus relatifs à un événement de type militaire stressant23 » [TCO].

Le sondage OQ-45.2 a révélé que la note totale des opérateurs d’ATP, en tant que groupe, est considérablement plus élevée que celle des militaires non combattants. En effet, après avoir tenu compte des variables opérationnelles, comme le grade, les années de service et les heures hebdomadaires de travail, la note moyenne des opérateurs d’ATP est de 45,2 alors que celle des militaires non combattants est de 36,9. Une note supérieure à 63 indique un niveau clinique élevé de détresse émotionnelle et donc, est source de préoccupation. Vingt pour cent des opérateurs d’ATP et onze pour cent des militaires non combattants ont obtenu une note totale supérieure à 63. Le questionnaire PCL-M a révélé des résultats semblables. Les personnes interrogées qui obtiennent une note totale supérieure à 50 présentent un risque accru de TSPT. Ainsi, les personnes interrogées ont été séparées en deux groupes : celles qui ont obtenu une note supérieure à 50 et celles qui ont obtenu une note inférieure à 50. Les opérateurs d’ATP ont obtenu une note considérablement supérieure (11 p. 100) aux militaires non combattants (2 p. 100) et sont considérés comme étant davantage susceptibles de souffrir de troubles qui s’apparentent au TSPT24. La régression logistique réalisée dans l’étude de Chappelle a permis de conclure que : « Les opérateurs d’ATP, en tant que groupe, étaient 3,5 fois plus susceptibles que les militaires non combattants d’obtenir une note de 50 ou plus au PCL-M25 » [TCO]. En outre, les opérateurs d’ATP qui travaillaient plus de 50 heures par semaines (et aux prises avec des facteurs de stress psychologiques accrus et de l’épuisement physique), étaient 2,9 fois plus susceptibles de présenter des symptômes de type TSPT que les militaires non combattants qui travaillaient autant d’heures26.

DVIDS//Airman 1st Class William Rio Rosado/6189935.

Équipage d’un MQ-9 Reaper qui maintient l’état de préparation au combat pendant l’épidémie de COVID‑19, le 15 avril 2020.

Les niveaux de stress émotionnel mis en évidence par l’étude de Chappelle sont inquiétants, et la prévalence du stress émotionnel chez les opérateurs d’ATP ne devrait pas être surprenante compte tenu de la nature de leur travail. Chappelle a noté que le personnel attribuait aussi les niveaux élevés de stress aux heures prolongées de travail (plus de 50 heures par semaine) et au travail par quarts. Il est évident que les opérateurs d’ATP doivent faire preuve d’une grande maturité émotionnelle en raison du niveau de stress élevé qu’ils subissent au travail. Le fait que les opérateurs d’ATP sont plutôt relativement jeunes et manquent généralement de la maturité nécessaire pour bien gérer le stress vient exacerber la situation. Les images bouleversantes, conjuguées avec le stress lié à l’échec d’une mission et aux heures prolongées de travail, font qu’il est « […] raisonnable de penser que le personnel qui vit une grande détresse émotionnelle est davantage susceptible d’affronter des problèmes de rendement27 » [TCO].

Il n’existe aucune donnée détaillée sur la santé mentale des opérateurs d’ATP d’autres pays, à l’exception d’Israël. Pays en conflit perpétuel, Israël a élaboré un programme efficace d’ATP pour défendre ses frontières. Naturellement, l’armée d’Israël a soulevé des questions sur le bien-être mental des opérateurs d’ATP. Shiri Gal, Ph. D., et ses éminents collègues israéliens ont récemment mené une étude dans un double objectif : « […] d’abord, analyser la présence de symptômes d’anxiété, de dépression et de TSPT28 » [TCO] et « […] puis, analyser les facteurs qui pourraient faire contribuer l’émergence de ces symptômes29 » [TCO]. À ce jour, il s’agit de la première étude de ce type menée au sein des Forces aériennes d’Israël.

L’étude de Gal portait sur 41 opérateurs d’ATP, dont la majorité possédait plus de trois années d’expérience dans leur poste ainsi que de l’expérience de la conduite de la guerre. Selon cette étude, les opérateurs d’ATP ne couraient pas un risque plus élevé que d’autres militaires de présenter des symptômes de TSPT, ce qui concorde avec les résultats de Chappelle. Cependant, ils présentaient un niveau élevé de stress émotionnel, comme la dépression et l’anxiété, et le niveau s’accentuait avec l’ancienneté des opérateurs30. Autrement dit, plus un opérateur est en fonction depuis longtemps, plus il est susceptible de présenter des symptômes de TSPT31. Toujours selon cette étude, le niveau moyen de dépression chez les opérateurs chevronnés était « […] deux fois plus élevé que chez les opérateurs comptant moins d’ancienneté32 » [TCO]. Bien que l’étude menée en Israël comportait plusieurs contraintes, particulièrement en ce qui concerne le bassin de participants, elle a permis de démontrer que le stress émotionnel engendré par le combat n’a pas seulement un effet sur les jeunes opérateurs. Les opérateurs supérieurs, qui doivent assumer des responsabilités croissantes à l’égard des troupes et prendre des décisions de vie ou de mort, affrontent aussi des niveaux accrus de stress émotionnel dans l’environnement de travail des ATP. Les auteurs de l’étude ont conclu que « […] l’étude et le suivi des effets de l’exposition au champ de bataille sur les opérateurs d’UAV [ATP] sont très utiles pour prévenir la psychopathologie33 » [TCO]. Chappelle a tiré une conclusion semblable.

Éléments du SATP à prendre en considération par le Canada

Équipage d’un « Reaper » durant l’instruction.

DVIDS//Airman 1st Class William Rio Rosado/6189716.

Selon les études menées aux États-Unis et en Israël, les opérateurs d’ATP ne courent pas un plus grand risque de TSPT que les militaires en déploiement. Toutefois, ce risque est plus élevé pour les opérateurs d’ATP que pour les militaires non combattants qui sont affectés dans les mêmes bases qu’eux à un PCS, et ne fait qu’augmenter avec l’exposition34. Les militaires en déploiement font face à des facteurs de stress uniques. Ils vivent et ressentent le conflit auquel ils participent, sans avoir le temps de décompresser ou encore de se détendre avant la fin de leur mission. L’action de tuer, ou le fait de soutenir cette action, constitue un facteur important pour prédire la santé mentale des militaires en déploiement35. De ce fait, les militaires concernés font l’objet d’un suivi particulier. Pour ce qui est du TSPT, les opérateurs d’ATP ne courent pas les mêmes risques physiques que les militaires en déploiement, mais les études suggèrent qu’ils ne sont certainement pas immunisés aux traumatismes de la guerre et qu’ils nécessitent assurément un suivi plus étroit que les militaires qui ne travaillent pas avec des ATP.

La conclusion selon laquelle « […] 20 p. 100 des opérateurs d’ATP déclarent éprouver une grande détresse émotionnelle36 » [TCO] devrait intéresser le Canada. Les tâches confiées aux opérateurs d’ATP dans l’environnement de combat actuel sont exigeantes et requièrent des compétences très précises ainsi que la force mentale nécessaire pour observer et analyser des situations souvent difficiles. Les facteurs de stress supplémentaires associés à ces tâches causent un stress émotionnel plus élevé que la moyenne, ce qui se répercute à la maison et sur le rendement au travail. Les opérateurs d’ATP qui se heurtent à de tels problèmes devraient recevoir un meilleur soutien en matière de santé mentale que celui dont disposent les autres militaires qui effectuent également leur travail au pays37.

Au Canada, aucune étude n’a été réalisée sur la santé mentale des opérateurs d’ATP. Les études qui sont menées dans d’autres pays qui recourent aux ATP sont cruciales pour la création d’unités « locales » au sein de l’ARC. En effet, l’ARC occupe une position unique à cet égard puisque même si elle est en retard sur ses alliés dans le développement d’un programme d’ATP, elle a maintenant la possibilité d’analyser les opérations d’autres pays et de prendre les mesures nécessaires pour éliminer les facteurs de stress uniques qui ont déjà été cernés pour les opérateurs. La question des facteurs de stress psychologiques uniques auxquels sont confrontés les opérateurs d’ATP en est un excellent exemple. Si l’ARC adopte un programme d’ATP semblable à celui de l’USAF, il est raisonnable de s’attendre à ce que les mêmes problèmes de santé mentale se posent. Or, grâce à l’adoption d’une démarche proactive de prévention et à la mise en œuvre des mesures nécessaires quand les unités d’ATP seront créées, il est probable que le nombre de problèmes de santé mentale et leur gravité soient moindres pour le Canada que pour son « voisin du Sud ».

À l’heure actuelle, le projet du SATP est à l’étape d’analyse des options. Le Canada prévoit faire l’acquisition d’ATP au début des années 2020. Ainsi, pour établir un programme visant à mieux gérer les problèmes de santé mentale cernés, il faudra réaliser le travail préparatoire avant la livraison des aéronefs. Je crois que le personnel chevronné qui travaille maintenant au projet du SATP a bien défini l’incidence sociale élevée de la mise en œuvre d’opérations menées par des ATP dans les FAC38. L’analyse de rentabilité du SATP fait état de preuves fournies par l’USAF qui laissent supposer que les effets psychologiques sur les membres du personnel d’équipage et leur famille sont imputables à la nature même des opérations des ATP. L’analyse de rentabilité a déjà permis de cerner plusieurs problèmes qui découlent de la souplesse accrue des opérations en continu des ATP, mais ne précise pas qu’il faudra prendre des mesures pour remédier aux effets psychologiques. La section suivante présente plusieurs recommandations pour les opérations des ATP à venir au Canada qui pourraient aider à réduire les effets sur le personnel qui participe à de telles opérations.

Dans l’étude de Chappelle, les opérateurs d’ATP nous apprennent que « […] les heures prolongées de travail et les quarts de travail sont les principales sources de stress contribuant à l’épuisement39 » [TCO]. Lorsqu’une personne est épuisée mentalement et physiquement au travail, elle est plus exposée au stress émotionnel et peut souffrir des problèmes de santé mentale décrits précédemment. Chappelle a constaté que les personnes qui travaillent la nuit ou 51 heures et plus par semaine risquaient davantage de souffrir d’épuisement. Dans son programme d’ATP, le Canada doit bien tenir compte des heures hebdomadaires de travail des opérateurs et comprendre les risques de santé mentale associés aux semaines de travail prolongées. À noter également que plus les opérateurs d’ATP sont soumis à de longues heures au travail, plus ils sont exposés à des images parfois dérangeantes ou inquiétantes du champ de bataille qu’ils pourraient devoir analyser ou surveiller des heures durant. Comme l’étude l’a révélé, une telle situation peut avoir des effets néfastes sur la santé mentale et il s’agit d’une autre raison pour laquelle la semaine de travail des opérateurs d’ATP devrait être raccourcie. La réussite d’un programme d’ATP passe par la constitution d’un plus grand nombre d’équipes afin de disposer de suffisamment de remplaçants et de maintenir un volume de travail raisonnable.

DVIDS//Airman 1st Class William Rio Rosado/6189930.

Un opérateur de capteurs de MQ‑9 Reaper en plein vol dans le cadre d’une mission d’entraînement à l’extérieur de la base aérienne Creech, au Nevada, le 15 avril 2020.

Toutes les bases des FAC sont dotées de professionnels de la santé formés pour prendre en charge les militaires atteints de troubles mentaux. Par contre, les professionnels de la santé qui possèdent les cotes de sécurité adéquates qui leur permettent de discuter avec les militaires des missions sensibles et des résultats de ces missions se font plutôt rares. Sans une cote de sécurité élevée, ces professionnels ne sont pas en mesure de discuter pleinement des questions en jeu avec les opérateurs d’ATP, car leurs tâches quotidiennes sont généralement confidentielles. Chappelle a recommandé d’intégrer des psychologues possédant la cote de sécurité « très secret » dans les unités opérationnelles des ATP, ce qui « […] permettrait d’accroître la divulgation et la compréhension des questions organisationnelles qui influent sur les taux d’épuisement élevés40 » [TCO].

Bien qu’une période de décompression complète, à l’instar du personnel déployé, soit peu raisonnable sur le plan financier, l’adoption d’activités de contrôle et de phases de décompression aiderait les opérateurs d’ATP à faire face aux expériences quotidiennes. Les membres des unités d’ATP devraient avoir la possibilité de participer à une phase de réintégration loin de l’environnement opérationnel du déploiement en garnison. La mise en place d’un tel programme donnerait aux opérateurs un bloc de temps libre où ils n’auraient pas à subir les rigueurs de la vie opérationnelle et où ils pourraient faire une pause pour assimiler leurs récentes expériences opérationnelles. Pendant une phase de décompression, les militaires peuvent effectuer des tâches secondaires moins stressantes, tout en continuant à contribuer à la mission. Un régime de travail par roulement, dans le cadre duquel les membres se préparent à assumer leurs fonctions, exécutent leurs tâches ou se reposent, permettrait non seulement aux opérateurs d’ATP d’avoir un répit dans leurs activités stressantes, mais constituerait également un rythme de travail plus attrayant pour les membres des unités d’ATP.

La décompression pour les militaires déployés a connu un succès au Canada ainsi que dans d’autres pays alliés. Des études menées au Royaume-Uni suggèrent que les militaires qui ont passé une semaine ou moins dans une base après leur déploiement étaient « […] moins susceptibles de déclarer que leur santé était mauvaise ou passable41 » [TCO]. Bien que ces études portent sur le personnel militaire de retour d’opérations de déploiement, le concept qui consiste à bénéficier d’un soutien psychosocial accru sans devoir accomplir de tâches régulières pourrait très facilement être adapté aux opérations des ATP. Ce soutien a également recueilli les faveurs des troupes. Bryan Garber, Ph. D., chef de la Section de la recherche et de l’analyse au sein de la Direction de la santé mentale des Services de santé des Forces canadiennes, a indiqué que la majorité des soldats qui ont participé à la décompression à leur retour d’Afghanistan approuvaient le processus et le considéraient comme utile pour la réintégration42.

Opérateur d’UAV canadien à son poste de travail.

Photo du MDN IS2009‑0082.

Conclusion

Le Canada devrait prendre en considération les recommandations formulées dans l’article pour établir ses capacités d’ATP. Le recours aux ATP par les armées du monde entier ne fera qu’augmenter à mesure que de plus en plus de pays auront accès à la technologie, et il ne fait aucun doute que la situation donnera lieu à de nouveaux travaux de recherche et études dans le domaine de la santé mentale des opérateurs d’ATP. Des discussions approfondies devraient être tenues afin de bien faire la distinction entre les effets psychologiques des opérations RSR des ATP menées sur une plateforme quelconque et ceux des opérations qui utilisent des armes. Ainsi, il serait possible de mieux orienter les efforts visant à protéger les Canadiens des effets psychologiques de l’environnement opérationnel des ATP. L’ARC a la chance de tirer profit de son expérience acquise avec les ATP, ainsi que de celle de ses alliés, pour mettre en œuvre adéquatement de telles ressources au sein de l’organisation le moment venu. Grâce à ses opérations en Afghanistan, et aux expériences de son personnel intégré à l’armée d’autres pays alliés des quatre coins du monde, le Canada dispose de quelques opérateurs chevronnés qui depuis, assument d’autres fonctions dans les FAC. Ces opérateurs possèdent non seulement des connaissances détaillées sur les opérations et les tactiques des ATP, mais également une compréhension approfondie des facteurs de stress liés à la santé mentale auxquels ils ont fait face dans les opérations des ATP pendant un conflit. Ils devraient être désignés comme ressources clés au moment de la mise en place éventuelle des unités d’ATP au sein de l’ARC.

Ne pas prendre de mesures pour remédier aux problèmes uniques de santé mentale auxquels pourraient être confrontés les futurs opérateurs d’ATP du Canada risque de provoquer des niveaux indésirables de blessures liées au stress mental et de symptômes de type TSPT. Cela pourrait avoir un effet sur la capacité de l’ARC de faire la guerre et de projeter les intérêts du Canada dans le monde entier. Cela aurait aussi un effet sur la vie personnelle des opérateurs, conduisant éventuellement à toute une série de problèmes familiaux. Le bien-être des familles des militaires est au cœur de la politique de défense du Canada, Protection, Sécurité, Engagement, et de ce fait, le bien-être psychologique des opérateurs d’ATP devrait être pris en compte et considéré comme une condition nécessaire aux opérations futures.

Page couverture de la politique « Protection, Sécurité, Engagement. »

Défense nationale/Gouvernement du Canada.

Notes

  1. Gouvernement du Canada, « Nouvelles | Aviation royale canadienne | Article de nouvelles | Mise à jour et nouveau nom du projet de système interarmées de surveillance et d’acquisition d’objectifs au moyen de véhicules aériens sans pilote ».
  2. Les pays ont examiné différemment la question de savoir qui devrait prendre les commandes des ATP. Les États-Unis ont développé un nouveau groupe professionnel de télépilotes, alors que pour le moment, l’Australie a choisi d’exiger une formation complète de pilote pour ses télépilotes. Lorsque le Canada a utilisé les ATP Heron en Afghanistan, des officiers de systèmes de combat aérien (OSCA) ont tenu les commandes avec beaucoup d’efficacité et ont démontré qu’il n’était pas nécessaire de détenir un brevet de pilote pour contrôler un ATP dans l’espace aérien militaire. Au Canada, la question demeure de savoir si des OSCA continueront d’assumer ce rôle ou si ce rôle reviendra à des pilotes.
  3. Les ATP peuvent également livrer des cargaisons pour les troupes ou les missions humanitaires, fournir des services de géocartographie et servir de nœuds de réseaux téléphoniques mobiles sans fil pour le secours aux sinistrés. Les missions de ce type s’appliquent aussi bien au monde civil qu’au monde militaire.
  4. Valavanis et Vac Valavanis, P. Kimon et George J. Vachtsevanos (éd.), Handbook of Unmanned Aerial Vehicles, Dordrecht, Pays-Bas : Springer, 2015, Vachtsevanos, Handbook of Unmanned Aerial Vehicles, p. 92.
  5. Barber, « Air Force Has Shortage of Drone Pilots as It Faces ‘War for Talent’ », TCA Regional News, Chicago, https://search-proquest-com.uml.idm.oclc.org/docview/2004088842/citation/DBBE0475E7AE4333PQ/1, consulté le 20 février 2018.
  6. « U.S. Air Force Remotely Piloted Aircraft Pilot Career Information », gouvernement des États-Unis, https://www.airforce.com/careers/detail/remotely-piloted-aircraft-pilot, consulté le 28 juin 2018.
  7. Mayer, « The U.S. Air Force Remotely Piloted Aircraft Pilot Career Information », gouvernement des États-Unis, https://www.airforce.com/careers/detail/remotely-piloted-aircraft-pilot, consulté le 28 juin 2018.
  8. Wayne Chappelle, Kent McDonald, Billy Thompson et Julie Swearengen, « Prevalence of High Emotional Distress and Symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder in US Air Force Active Duty Remotely Piloted Aircraft Operators (2010 USAFSAM Survey Results) », School of Aerospace Medicine, Wright Patterson AFB OH Aerospace Medicine Department, 2012, p. 2.
  9. Scott Fitzsimmons et Karina Sangha, « Killing in High Definition », San Francisco, International Studies Association Annual Convention, du 3 au 6 avril 2013.
  10. Chappelle et al., p. 3.
  11. Ibid.
  12. Ibid.
  13. Ibid, p. 2.
  14. Ibid, p. 3.
  15. Shira Maguen, Barbara A. Lucenko, Mark A. Reger, Gregory A. Gahm, Brett T. Litz, Karen H. Seal, Sara J. Knight et Charles R. Marmar, « The Impact of Reported Direct and Indirect Killing on Mental Health Symptoms in Iraq War Veterans », Journal of Traumatic Stress, 2010, https://doi.org/10.1002/jts.20434, p. 87.
  16. Ibid, p. 89.
  17. Hughes Hacker, G.H. Jamie, N. Mark Earnshaw, Neil Greenberg, Rod Eldridge, Nicola T. Fear, Claire French, Martin P. Deahl et Simon Wessely, « The Use of Psychological Decompression in Military Operational Environments», Military Medicine 173, no 6 (juin 2008), p. 534-538, https://doi.org/10.7205/MILMED.173.6.534., p. 534.
  18. Ibid, p. 538.
  19. Michel Rossignol, « Afghanistan : les militaires et les traumatismes liés au stress opérationnel (PRB 07-20F) », http://publications.gc.ca/collections/collection_2007/lop-bdp/prb/PRB0720-f.pdf, consulté le 15 avril 2018.
  20. Chappelle et son équipe ont été à l’avant-garde des études sur les opérations des ATP et ont publié de nombreux rapports sur les questions liées à la santé mentale des opérateurs d’ATP. Les rapports de Chappelle ont généré plusieurs autres études sur le même sujet.
  21. Chappelle et al., p. 1.
  22. Ibid, p. 5.
  23. Ibid.
  24. Wayne Chappelle, Tanya Goodman, Laura Reardon et William Thompson, « An Analysis of Post-Traumatic Stress Symptoms in United States Air Force Drone Operators », Journal of Anxiety Disorders 28, no 5 (juin 2014), p. 480-487, https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2014.05.003, p. 6.
  25. Ibid, p. 6.
  26. Ibid, p. 8.
  27. Chappelle et al., « Prevalence of High Emotional Distress and Symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder in US Air Force Active Duty Remotely Piloted Aircraft Operators (2010 USAFSAM Survey Results) », p. 10.
  28. Shiri Gal, Leah Shelef, Idit Oz, Nirit Yavnai, Erez Carmon et Shirley Gordon, « The Contribution of Personal and Seniority Variables to the Presence of Stress Symptoms among Israeli UAV Operators », Disaster and Military Medicine 2, https://doi.org/10.1186/s40696-016-0028-1, p. 2, consulté le 29 novembre 2016.
  29. Ibid, p. 2.
  30. Ibid, p. 4.
  31. Ibid.
  32. Ibid.
  33. Ibid.
  34. Chappelle et al., Journal of Anxiety Disorders 28, no 5 (juin 2014), p. 480 à 487, https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2014.05.003, p. 480.
  35. Maguen et al., p. 86.
  36. Chappelle et al., « Prevalence […] », School of Aerospace Medicine, Wright Patterson AFB OH Aerospace Medicine Department, 2012, p. 10.
  37. Chappelle et al., p. 12.
  38. Gouvernement du Canada, Défense nationale, « Business Case - Remotely Piloted Aircraft Project », 11 novembre 2017. Base de données des investissements pour les capacités, gouvernement du Canada, p. 71.
  39. Chappelle et al., « Prevalence […] », 2012, p. 1.
  40. Wayne Chappelle, Kent McDonald, Lillian Prince, Tanya Goodman, Bobbie N. Ray-Sannerud et William Thompson, « Assessment of Occupational Burnout in United States Air Force Predator/Reaper ‘Drone’ Operators », Military Psychology 26, no 5-6 (septembre 2014), p. 376 à 385, https://doi.org/10.1037/mil0000046, p. 383.
  41. Hughes et al., p. 537.
  42. Ibid.